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Fables, contes et légendes

Lundi 6 avril 2009 1 06 /04 /Avr /2009 13:58
 
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Les histoires de J'ha : fables, contes et légendes
Par Camus


J’ha entend un marchand crier dans la rue :
— Qui veut les acheter, une poule et ses sept poussins ! J’ha sort vite de la maison et s’écrie en les voyant :
— Comme ils sont mignons ! Que faut-il vous payer pour cette poule et ces poussins si beaux ? Le marchand est un géant noir et qui n’est autre que le chef d’une bande de quarante voleurs.
— Toute la monnaie que tu possèdes, est le prix de cette volaille, lui répond il. J’ha ne se laisse pas prier, il court chercher la tirelire de sa maman et la donna au vendeur.

Sa mère revenue de ses courses, s’attendrit en voyant la poule et ses petits.

— Comme ils sont attendrissants ! J’espère que tu ne les as pas payé cher ? Mais en entendant les conditions du marché, elle se frappe les cuisses, se griffe les joues et se désole du manque d’intelligence de son fils.
— Hélas ! Mon argent ! N’ai-je pas travaillé pour chaque franc ? N’ai-je pas subi des affronts de mes patrons pour chaque centime gagné ? N’ai-je pas travaillé sous le soleil brûlant et sous la pluie froide pour cet argent ? Et quand est amassé un petit pécule n’est-ce pas avec un manque de sagesse, que mon fils a tout gaspillée ? Vas, sors de cette maison et ne reviens plus. Je ne veux plus t’entretenir, disparais ! Adieu, sors de ma vie !

J’ha s’en va et avec lui sont mis a la porte, sa poule et ses poussins. Il se promène un peu partout, ne sachant quoi faire de sa personne, très contrarié de la conduite maternelle. Fatigué et ennuyé, il s’installe dans un coin, et se met à réfléchir à son sort et plongé dans ses pensées, il s’endort d’un profond sommeil, la poule et les poussins posés dans le capuchon de son burnous.

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Mais voila que vient a passer le marchand voleur qui l’a roulé auparavant, et avec un sourire ironique au coin des lèvres, il décide de tromper encore une fois ce naïf J’ha et lui vole sa volaille. Il emporte la poule et ses poussins chez lui, les égorge, les pose dans un plateau, les arrose abondamment d’huile d’olive, les sous poudre de sel et d’harissa et les emmène au four de la ville. Cependant J’ha se réveille, découvre le vol et erre triste et nerveux dans les rues, sans but précis. Il aperçoit bientôt son voleur, son plateau soulevé sur la paume de sa main, et il décide de le suivre. Le bandit arrive au four et donne ses instructions à l’enfourneur.

— Quand ce sera cuit, je viendrai prendre le plateau, mais si j’envoie quelqu’un a ma place, il te pincera l’oreille comme signe que je l’ai envoyé.

J’ha a écouté le dialogue et après une heure il revient au four, pince l’oreille de l’employé du four, prend les poulets cuits, et avant de quitter les lieux, il écrit avec un bout de charbon sur le mur du four :


Vous avez volé ma poule et ses sept petits,


Attendez ma vengeance qui est en route,


Vous n’avez été ni noble ni gentil,


Mon prochain coup sera dur, pas de doute.


Signé : J’ha fils de J’ha.


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Il retourne à la maison chez sa mère qui a déjà regretté son renvoi et sa colère. Elle fait des remontrances à ses ongles d’avoir griffé ses joues, à ses mains qui ont tapé ses cuisses et a sa langue coupable du congé de son fils adoré, elle est contente de le revoir et les deux se réjouissent de leurs retrouvailles et du repas. Peu après il sort, et va aux nouvelles. Pendant ce temps, l’un des brigands arrivé au four ne trouve ni poule, ni poussins, mais seulement l’inscrïption sur le mur. Il pousse un juron, pose des questions et devant l’air agressif de l’enfourneur qui a sa pèle a la main, il retourne sur ses pas raconter a son chef le déroulement des événements. J’ha le suit et arrive au refuge des bandits, caché par un bois aux confins de la ville.

Le lendemain il achète des bagues, des bracelets et des colliers de couleurs vives, attrayantes chez les Noirs et monté sur son âne, il revient a la maison abritant les quarante et un voleurs. Ces derniers sont justement en sortie professionnelle et seule la femme du chef est la. J’ha lui propose une bague, qu’elle prend a travers l’huis de la porte.

— Elle est trop petite ! Dit elle. J’ha lui propose une autre, mais elle est trop grande.
— Ouvre, tu peux me faire face, je ne te mangerai pas ! Il faudrait que j’essaie moi-même la bague. Sitôt a l’intérieur, il assomme la pauvre femme, choisit parmi les richesses accumulées pendant des années, ce qu’il y avait de plus précieux et pas trop encombrant et en remplit les paniers de son âne, non sans avoir écrit auparavant sur le parterre de la cour :

Vous avez volé ma poule et ses sept petits,


Attendez ma vengeance qui est en route,


Vous n’avez été ni nobles ni gentils,


Mon prochain coup sera dur, pas de doute.


Signé : J’ha fils de J’ha.

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Et sans perdre de temps, il retourne chez sa mère et étale devant elle ses richesses.


Les brigands arrivés au repaire, voient le cadavre de la malheureuse, enfoncent la porte et découvrent le vol et l’inscrïption de J’ha et jurent de se venger, des que l’occasion se présentera. Ils font le serment :

"Nous caquerons sur sa tombe, après l’avoir liquidé."

Le lendemain, J’ha se déguise en femme et vient frapper a la porte des voleurs, et demande l’hospitalité pour une journée ou deux. Les bandits pensent que leur chef étant privé de femme, il serait bon de trouver une personne pour faire la cuisine, le ménage et garder le logis en leur absence.

— Tu peux rester tant que tu veux, si tu acceptes d’épouser l’un de nous.
— Pourquoi pas, si c’est un honnête homme ? Sitôt dit, sitôt fait, bonne affaire se disent les hôtes, et tous ensemble s’affairent a préparer le mariage de J’ha avec leur chef. Comme ils sont nombreux, les fonctions sont départagées, l’un coupe le bois, l’autre fait chauffer le hammam, le troisième et le quatrième s’affairent a la cuisine, certains préparent les tables, les amateurs d’art préparent des guirlandes et chacun donnant du sien le mariage a lieu le soir et bientôt le chef Graunait se retire dans sa chambre avec son "épouse".

A peine entrés, J’ha sort une matraque cachée sous sa fouta et frappe le chef Graunait, il le ligote et le suspend a une poutre. Sans perdre une minute, il amasse tout ce qu’il trouve de précieux a porté de la main, enroule le tout dans son sari dont il attache les bouts, et a l’aide de son bâton, il en fait un baluchon, et profitant de l’obscurité, il s’enfuit, mais avant de partir il écrit avec un morceau de charbon sur le mur de la maison :


Vous avez volé ma poule et ses sept petits,


Attendez ma vengeance qui est en route,


Vous n’avez été ni nobles ni gentils,


Mon prochain coup sera dur, pas de doute.


Signé : J’ha fils de J’ha.

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J’ha arrive chez sa mère, qui est déjà folle d’inquiétude et il étale devant elle son nouveau butin, la rassure, lui promet d’être prudent, les rennes de cette épopée étant entre ses mains, elle n’a rien a craindre.


Cependant les brigands veulent savoir ou en est leur chef, ils s’approchent de la porte nuptiale et demandent à haute voix de ses nouvelles. Sa réponse ne se fait pas attendre :

— Ana maa’lek ! Crie-t-il. Ce qui veut dire : je suis suspendu. Ses subordonnés comprennent :
— Ana maa’nek, autrement dit : je suis enlacé.

Deux fois encore, on lui pose la même question, et on reçoit la même réponse qui est mal interprétée. On le laisse donc "à ses ébats". Mais comme le temps passe et qu’il ne montre pas "patte blanche", on décide de demander une nouvelle fois ce qui se passe, et comme réplique, il les supplie avec l’énergie du désespoir de le secourir :

— Ana maa’lek, je suis suspendu. Cette fois-ci, une fine oreille l’entend distinctement et la porte est enfoncée. Graunait libéré, est contusionné et mal en point. Les bandits trouvent l’inscrïption de J’ha et refont le serment d’en finir avec lui.

Le lendemain J’ha déguisé en médecin, se rend au refuge des quarante et un voleurs et leur propose ses services.

— Je suis le docteur Salah, si vous avez des bobos, des maux de ventre, une fracture vous aurez besoin de mes services. J’ha est invité aussitôt a donner ses soins au chef Graunait. Après un examen approfondi, J’ha ordonne :
— Chauffez le hammam et laissez moi seul avec le malade. J’ai besoin aussi de vingt bouteilles d’huile. Le traitement sera douloureux, et chaque fois que vous entendrez votre chef crier, répondez tous en chœur : "Bonne guérison". Sous aucun prétexte, je ne veux être dérangé.

J’ha entre au hammam, et Graunait y est introduit aussi. Sitôt la porte fermée et verrouillée de l’intérieur, le faux médecin donne un grand coup de gourdin au malheureux patient qui pousse un grand cri auquel les voleurs répondent à l’unisson :


— Nos souhaits de bonne guérison.


J’ha renverse le contenu d’une grande bassine d’eau bouillante sur son malade qui pousse un cri affreux auquel les brigands répliquent :


— Nos souhaits de bonne guérison.


J’ha donne ensuite le coup de grâce, a l’aide de sa massue. Un léger cri, et c’est la fin. Il n’y a pas de répartie à cette plainte, les personnes à l’écoute, étant arrivées à la conclusion logique qu’un gémissement si faible est le signal du rétablissement proche. J’ha verse de l’huile parterre, et cassant les bouteilles en mille morceaux, il éparpille les segments. Il déverrouille la porte et invite les quarante naïfs à aller visiter leur chef.


— Monsieur Graunait est complètement rétabli et il vous attend dans son bain. Les innocents crédules, font irruption à l’intérieur et glissent sur le sol mouillé d’huile, la vue n’est pas si bonne a cause du brouillard du a la vapeur blanche. Ils tombent l’un sur l’autre et forment une belle pyramide. Ils poussent des cris de douleur en se blessant sur les bouts de verre cassés, pendant que J’ha tourne la clef dans la serrure. Avant de partir, Docteur J’ha fait un razzia sur tout ce qu’il peut emporter de la richesse inestimable et fourre le tout dans les paniers de son âne. Et prenant un morceau de charbon, il calligraphie des jolies lettres qui en devenant des phrases donnent :


Vous avez volé ma poule et ses sept petits,


Je vous ai montré de quel bois je me chauffe,


Vous verrez, mon châtiment sera terrifiant,


Vous n’avez pas d’envergure ni de voleurs l’étoffe,


Ceci n’est que le début d’un match horrifiant.


Signé : J’ha fils de J’ha.

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La maman J’ha accueille son fils avec un soupir de soulagement.

— Je n’ai pas besoin de tous ces trésors J’ha. Je suis folle d’inquiétude. Ils finiront par t’avoir. Prenons la poudre d’escampette.
— Maman chérie, ne t’angoisses pas. Demain, ils ne me rechercheront point, pour la bonne raison qu’ils vont enterrer leur chef et son épouse. Veux tu m’aider a mettre au pied le prochain acte ?
— Oui fils, que faut-il faire ?
— Je vais creuser une tombe au cimetière, je m’allongerai dedans. Tu viendras pleurer ma mort, en rappelant la poule et les sept poussins. Des que l’attention des quarante voleurs sera attirée, tu repartiras, je m’occuperai du reste. Sois tranquille maman adorée.

Le lendemain comme prévu, les malfaiteurs viennent ensevelir leurs morts. Entendant des sanglots ils se retournent et voient la maman de J’ha éplorée.

— Mon petit, tu as pris a cœur cette histoire de poule et de ses sept poussins. Tu es vaincu, terrassé par tant de chagrin et de projets de vengeance. Pourquoi tant d’entêtement mon chéri ?

Les brigands, entendant qu’il s’agit d’une poule et de sept poussins, comprennent que J’ha est parti a l’au-delà.

— Chère Dame, vos pleurs ne réveilleront pas ce défunt. Allez vous reposer chez vous, nous nous occuperons de nos décédés et du votre, proposent-ils.

Dès que la maman est partie, les compères décident de se venger, comme promis. N’ont-ils pas fait le serment de caquer sur son tombeau ? Le premier se déculottant se met en position de faire ses besoins sur la tombe ouverte, le postérieur tourné vers le trépassé. J’ha qui l’attend, sort d’une petite niche un fer rougi et marque le cambrioleur dans la partie grasse de son arrière train. Le brûlé pousse un cri effrayant :

— Même sa tombe est brûlante.

Le deuxième en s’accroupissant le derrière nu, subit le même sort, tout comme le troisième, le quatrième et ainsi de suite. Les bandits s’enfuient peureux comme des lapins...


J’ha sorti de sa tombe se rend directement chez le bey, porter plainte.

— Son Altesse, je viens demander justice. Mon père, paix à son âme, possédait quarante esclaves. A sa mort, les impies ont prit la clef des champs.
— Tu sais ou les trouver ?
— Oui Son Altesse, ils habitent la même maison aux confins de la ville, et vivent de vols et cambriolages. Le bey envoie les chercher avec un mandat de se présenter à son jugement. Quand ils sont la, le bey leur expose la plainte.
— C’est un menteur Son Altesse, il nous poursuit sans raison, s’écrient-t-ils tous ensemble. Le souverain demande a J’ha de prouver ses dires.
— Ce n’est pas difficile, Son Altesse, mon père les marquées de son nom sur la fesse droite.
— Contrôlez ! Ordonne le bey à ses commissaires. L’examen prouve que J’ha a dit vrai.
— Ces esclaves t’appartiennent, proclame le haut juge. Justice est faite.
— Monseigneur, répond J’ha modestement, mes moyens ne sont plus ce qu’ils étaient. Je ne peux plus les entretenir. Je vous en fais cadeau.
— Fort bien ! Accepte le haut dignitaire. Mais en échange, je t’offre une oliveraie au Sahel, une villa a Nabeul, et un bâtiment a Tunis, Avenue de Paris.
— Mais non ! Non ! Non ! Proteste le modeste J’ha.
— Telle est ma volonté décide le bey.

Et si c’est sa volonté, que faire a part accepter ? Et s’il vous arrive la même chose, je vous conseille d’obéir.


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                                                                                                      Fin
Par Camus - Publié dans : Fables, contes et légendes - Communauté : Souvenirs de Tunisie
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Mercredi 18 mars 2009 3 18 /03 /Mars /2009 08:55

Hemhem,  Zemzem ou Catoussat Ermadi.


Qui n’a pas entendu ce conte de la bouche de sa maman ? Une chèvre avait trois chevreaux : Hemhem, Zemzem et la Chatte Cendrée, ainsi surnommée, pour  la couleur de son poil, rappelant la cendre.

 

Tous les matins, en sortant de la maison, la chèvre recommandait à ses petits, de fermer le verrou et de n’ouvrir à personne. Tous les soirs elle revenait et demandait en chantant, à ses biquets :


Ouvrez, ouvrez moi mes petits,

Nous allons dîner de bon appétit.

Et elle frappait sur la porte, en fredonnant :


J’apporte dans mes mamelles du lait,

Des sacs d’herbe sur mon dos sont attachés,

Et dans mes cornes de l’eau de la source puisée.


Alors, les cabris tiraient les verrous, couraient à leur maman, plein de joie.

Or une ghoula(a) habitant le quartier, remarqua les habitudes de la chèvre, espionna son manège, et apprit par cœur les paroles chantées par la chèvre mère, et marqua son horaire d’arrivée.



Un soir la ghoula imitant la maman appela les chevreaux en chantant :


Ouvrez, ouvrez moi mes petits,

Nous allons dîner de bon appétit.

Et elle frappa sur la porte, en fredonnant :


J’apporte dans mes mamelles du lait,

Des sacs d’herbe sur mon dos sont attachés,

Et dans mes cornes de l’eau, de la source puisée.


Hemhem et Zemzem voulurent ouvrir en courant, mais la toute petite, ne reconnaissant pas la voix essaya de les retenir. Ils ne l’écoutèrent point, la traitant de petite chevrette effrayée, ils tirèrent le verrou.

La Chatte Cendrée, apeurée sauta sur une haute étagère, tandis que la ghoula entrait dans la maison et elle avala d’un coup les deux malheureux cabris. La ghoula se posta devant la petit chèvre, mais craignant ses cornes prêtes à cogner, elle s’assit a table et pas encore rassasiée elle mangea encore un grand plat d’assida(b), bien assaisonnée d’ail et de piments, avec une belle sauce épaisse garnie de hareng fumé.

Ensuite elle sortit du logis. Peu de temps après, la chèvre revenant a sa demeure, demanda joyeusement de lui ouvrir, en chantant :


Ouvrez, ouvrez moi mes petits,

Nous allons dîner de bon appétit.

Et elle frappa sur la porte, en fredonnant :


J’apporte dans mes mamelles du lait,

Des sacs d’herbe sur mon dos sont attachés,

Et dans mes cornes de l’eau, de la source puisée.


La Chatte Cendrée, reconnaissant le timbre de la voix de sa maman, tira le verrou et ouvrit les portes. Elle raconta à sa mère, ce qui s’est passé auparavant. La chèvre ne perdant pas de temps, aiguisa ses cornes et sautant sur la terrasse voisine tapa de ses pattes sur le toit. On lui demanda :


Qui est sur ma chambre et réveille ma colère ?

Trouble mon repos et celui de ma belle mère ?

Et dans mon dîner, fait tomber de la poussière ?

La chèvre répondit :


Celui qui a mangé mes petits,

Je le combattrais sans répit.

En duel, je le convoque,

Je le tues, pas d’équivoque !

On lui répliqua :


Je ne suis que Cot-Cot la poulette,

Je me nourris de graines et de miettes.

Je ne mange pas la viande de chevrettes.


La chèvre, s’en alla et sur autre toit de ses pieds frappa. On lui demanda :


Qui est sur ma chambre et réveille ma colère ?

Trouble mon repos et celui de ma belle mère ?

Et dans mon dîner, fait tomber de la poussière ?

La chèvre répondit :


Celui qui a mangé mes petits,

Je le combattrais sans répit.

En duel, je le convoque,

Je le tues, pas d’équivoque !

On lui répliqua :


Je suis le Bébé, la jeune brebis,

D’herbe et de feuilles me nourris.

Je ne mange pas de viande, mon amie.


La chèvre alla de toit en toit et se trouva au dessus de la maisonnette de l’ânesse, de la vache et de la jument, aucune d’elles n’étant carnivore, elles étaient en dehors de tout soupçon.

Enfin elle se trouva sur le toit de la ghoula. Elle tapa de ses pattes. On lui demanda :

Qui est sur ma chambre et réveille ma colère ?...


La chèvre répondit :


Celle qui a mangé mes petits,

Je le combattrais sans répit.

En duel, je le convoque,

Je le tues, pas d’équivoque ! 

La ghoula répliqua :


Je suis la ghoula, que tout le monde redoute.

J’ai mangé Hemhem et Zemzem, pas de doute !

Si tu veux rencontrer tes petits, tout de suite,

Descends que je t’écorche et te mange vite.


La chèvre sauta dans la cour de la ghoula, la douleur et le malheur décuplant ses forces, elle attaqua la ghoula alourdie par son riche festin. De sa corne aiguisée, elle lui ouvrit le ventre, de bas en haut. Hemhem et Zemzem en sortirent et sautant à terre, ils dansèrent et chantèrent :


Nous avons mangé l’assida bien piquante

Dans une grande quaça’a(c), si abondante,

Dans le ventre de la ghoula que voici agonisante.

Leur maman leur fit des remontrances :


— Ouvrirez-vous les portes sans prendre des précautions ? Puis elle les emmena à la maison.

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Glossaire.

Ghoula(a) : La ghoula, au masculin ghoul, et au pluriel ghoual. Les ghoual sont des démons qui prennent des apparences humaines. Ils errent dans les campagnes et se nourrissent de chair humaine ou animale. Ils sont capables de jeûner longtemps, jusqu’à trouver une nourriture disponible. Quand la faim les tenaille, ils se contentent de manger des cadavres d’animaux et même, humains qu’ils cherchent dans les cimetières. (Vous n’êtes pas obligés de croire, mais les enfants en Tunisie y croyaient, jusqu’à l’âge de 11 ans.)

 L’assida(b). Bouillie dense de semoule de blé, servie arrosée d’une sauce piquante, salée ou sucrée, selon les besoins.

 La quaça’a('c ). Grande cuvette de bois, ou l’on prépare le couscous et qui sert aussi à servir la nourriture à la famille qui mange autour.


Inspiré par : Contes et légendes de Ghzala, de Myriam Houri Pasoti.
Par Camus - Publié dans : Fables, contes et légendes - Communauté : Souvenirs de Tunisie
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Dimanche 1 mars 2009 7 01 /03 /Mars /2009 11:00

Beaucoup de magie avec le conte de Msa'adâ, connue sous le pseudonyme auriculaire, ou essuibâ eseg'rouna.


Msa’adâ est si petite que les filles de la Hara Sgu’ira se portent volontaires à l’aider dans l’entretien de la maison, rien que pour le plaisir d’enfiler ses bottes et brodequins et se sentir déguisées en demoiselles et fêter Pourim durant tous les jours de l’année.

Msa’adâ est si petite qu’elle a reçu pour surnom " Essuibâ Ezg’rouna " ce qui veut dire auriculaire. En arabe tunisien ça sonne plus minuscule encore. Si elle chausse ses chaussures à hauts talons et qu’elle se dresse, sa taille arrive à un mètre environ... Le seul vœu de " Essuibâ Ezg’rouna " est de trouver un mari grand, beau, sportif ayant un regard à vous fendre l’âme. Une espèce qui rappelle Tom Cruse ou Richard Geer. Or les entremetteuses de La Hara la sous-estiment sans doute et ne lui proposent que des handicapés.


Ces prétendants sont d’habitude renvoyés à coup de balai et on voit souvent un défilé sortant de sa maison, tête basse ou clopin-clopant. Les courtiers matrimoniaux lui expliquent qu’être mariée à un sourd a ses avantages mais épouser un aveugle c’est beaucoup mieux, c’est toute la liberté des faits et gestes qui s’ensuit.


Ce qui fait le désespoir de son père Jacob. Jacob de son métier écrit des talismans porte-bonheur à ceux qui les demandent. Dans les bons jours les jeunes gens cherchant à séduire leurs belles viennent demander conseil à Jacob et ils doivent attendre assez longtemps pour être reçus.


— Ma fille si tu ne te marie pas vite, ma clientèle va penser que mes fétiches ne sont qu’une camelote. Si je n’arrive pas à marier ma propre fille, je passerai pour un vil saltimbanque. A quoi elle répond :

— Alors aides moi, prépares moi une amulette.


Jacob à ses procédés avec les amoureux transis n’arrivant pas à convaincre les jeunes filles qu’ils sont un bon parti.


— Ya ouldi, mon enfant va sous la fenêtre de ta belle et si elle étend du linge à sécher, prends un de ses sous-vêtement et apporte moi le. Je t’écrirai un enchantement et tu iras le brûler avec le dessous et tu éparpilleras les cendres sur le passage de la demoiselle. Le résultat est assuré.


Ou un autre truc façonné par Jacob :
— Vas cours et apportes moi un cheveu de la tête de la dulcinée, je t’écrirai une magie...

Mais les jouvencelles de la Hara en âge de se marier se tiennent sur leur garde depuis que leurs jolis soutiens-gorge et leurs petites culottes ont commencé à disparaître. De plus elles ne sortent plus qu’en bande, quand elles ont senti qu’on arrachait leurs cheveux a la sortie du Monoprix ou de la synagogue. Chez le coiffeur elles demandent de leur empaqueter la chevelure coupée, par precaution.. Aux grandes méthodes, les grands moyens. Si bien, que Jacob ressent bientôt la fuite de ses accoutumés.


La cervelle prompte de Jacob met au point un nouveau stratagème. Il demande à son preneur un œuf et il calligraphie tout autour de la coquille de son écriture fine qui remplit bientôt de bleu toute la blancheur de la coque. Ensuite il recommande :
— Vas mon fils, creuse un trou dans le chemin qu’emprunte ta bien-aimée et places y cet œuf magique. Si elle l’écrase de son talon, le tour est joué.


Mais cette astuce ne réussit qu’à énerver les donzelles. Un jour un garçon vient demander le remboursement de son paiement. Jacob n’arrivant pas à persuader le client qu’il ne peut pas souscrire à sa demande, le prie de revenir demain pour gagner du temps. Le lendemain l’accoutumé écoute Jacob lui dire :
— Comment ne crois-tu pas à mes possibilités prodigieuses ? Pour être gentil avec toi, tu auras une nouvelle relique à l’œil.
— Rends moi mon " flous " ou je reviens avec mes frères casser tout dans cette maison et tes bonbons aussi, disperseur d’œufs pourris, répond le désappointé. C’est alors qu’un petit diable habillé de noir sort de sous la table et attaque le malheureux à coups de frottoir. Le chagriné désenchanté s’esquive, les bras entourant la tête. C’est " Essuibâ Ezg’rouna " qui est venue au secours de son papa.


La fille de Jacob, " l’auriculaire " sent son célibat lui peser.  Ses amies sont toutes mariées et mères. Elle va se promener au souk et elle aperçoit le maraîcher Grand-Moise Ce garçon a une belle taille. Un vrai athlète. Un champion de basket ball. Et beau comme un dieu. Elle est éblouie. Elle achète vite six douzaines d’œufs et les tends à son père.
— Papa ! Ecris moi un charme sur chaque coquille. Je viens de trouver l’homme de ma vie.

Jacob sait très bien que ses astuces ne sont basées que sur le bluff, va trouver le rabbin Azria, l’entremetteur renommé qui est capable de marier un éléphant avec une autruche et lui explique le but de sa visite.
— Laisses moi m’occuper de ça, je ferai le nécessaire lui réplique le Rabbin-vedette. Envoies moi ta miniature pour le bal de Pourim et je m’arrangerai que le géant arrive aussi.


La même semaine c’est Pourim. Msa’adâ va danser toute la nuit et revient joyeuse à la maison.
— Papa ! Papa ! Crie-t-elle, il m’a demandée en mariage.

Peu de temps après sont célébrées les noces de " Essuibâ Ezg’rouna ", l’auriculaire avec Grand-Moise. Jacob tout fier est félicité de toutes part. Quand il trouve un moment libre il s’approche du Rabbin Azria et lui demande :
— Comment as-tu réussi ce record ? Tu as décidé Grand-Moise à demander ma fille en mariage.
— J’ai employé l’enchantement suprême, le meilleur des fétiches, le talisman magique : Une bouteille entière d'eau de vie, Boukha Bokobza.



Par Camus - Publié dans : Fables, contes et légendes - Communauté : Souvenirs de Tunisie
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Vendredi 20 février 2009 5 20 /02 /Fév /2009 12:05

Quelle friponne !...


Il était une fois...  

Ainsi on commençait

A raconter un conte en Tunisie :

Quoi qu’il arrive,

C’est Dieu qui l’a voulu,

De la soie chez nous,

Et du lin chez vous.

Chez l’ennemi,

Des rats et des souris.


Je vais vous raconter une histoire, que me racontait ma maman, mais elle n’était pas la seule, mon oncle Hmino aussi la racontait, de même que mon beau-père, Yeouda Bouni. Seulement voila, nous n’avons jamais écouté ce conte en entier, car des fois nous arrivions à la maison au beau milieu de l’histoire, ou bien nous étions obligés de sortir avant la fin ou bien,  nous tombions dans les bras de Morphée avant  l'épilogue. Grâce au livre : Contes et légendes de Ghzala, par Myriam Houri-Pasoti le puzzle est rétabli. Un conte tunisien classique.

Je vous raconte ce récit de mémoire, n’ayant plus  le bouquin sous la main.



Le sultan Haroun el Rachid et son ministre, Jaffar el Barmki, habillés comme des simples citoyens se promènent dans la capitale de l’Empire. Leurs accoutrements leur permettent de se rendre compte, si l’ordre règne partout.

Dans le jardinet d’une maisonnette, un vieillard bêche de bon cœur sa terre. Les deux personnages s’arrêtent et s’adressent au jardinier.
— Salem Alek, ô mon père ! Le vieil homme continue son travail, comme si rien n’était.
— Que le salut soit sur toi, ô mon père ! S’écrient-ils.
— Salem alekoum ! Bredouille le vieillard sans lever la tête. (Il aurait dut dire : et sur vous le salut et la clémence de D. et sa bénédiction. Ou Alekem es salem ou rahmet Allah ou berkatou. )

— Dis-moi, ô grand-père, ce petit jardin te mangera, ou tu en mangeras ?
— Tu as du temps à perdre, c’est pour ça que tu m’embrouilles avec tes futilités ? Riposte l’homme âgé.


Le Sultan n’insiste pas et retourne au palais. Le lendemain il envoie chercher le vieux bêcheur, tout étonné, étant honnête habitant de la ville. Des qu’il se présente devant le haut dignitaire, il s’entend poser cette question, déjà entendue la veille.

— Je désire que tu répondes a cette devinette : ton jardinet te mangera, ou tu en mangeras ?
— Je ne comprends pas Seigneur, le sens de votre énigme.
— Tu as trois jours pour être plus instruit et de m’éclairer par une répartie. Sinon, tu seras décapité.

Le vieux, l’âme en deuil, jeûne a midi, refuse le repas du soir. Sa fille inquiète le supplie de se confier a elle. Ce qu’il fait, le cœur gros.
— Ce n’est que ça ? Manges, dors et sois tranquille. A expiration des trois jours tu seras pourvu d’une réponse qui le satisfera.


Le matin du troisième jour, la fille habilla son père convenablement, et l’envoya chez le Sultan.
— Tu diras à Haroun el Rachid : Si je vis suffisamment, j’en mangerai, si je meurs, je laisserai qui en mangera. C’est ainsi que fait le vieil homme. Le Sultan enchanté, lui demande qui l’a si bien conseillé.

— C’est la Friponne de sept ans , Seigneur.
— Qui est-elle ?
— Ma fille.
— Et elle n’a que sept ans ?
— Non Seigneur, mais nous sommes habitués à la nommer ainsi, parce que, il y a onze ans, quand sa maman est morte, nous étions émerveillés pour sa vivacité et son intelligence dans l’entretien et la tenue de la maison, malgré son jeune age, sept ans a peine. Le nom est resté.


— Eh bien réplique le Sultan, puisqu’elle est si vive de pensée, nous mettrons à l’épreuve son esprit. Dans trois jours tu reviendras, tel est mon désir, nu et vêtu, riant et pleurant, cavalier et piéton. De plus tu conduiras des ânes qui porteront sur leurs têtes des marmites de viande cuite sans feu, faute de quoi, tu perdras ta belle tête, qui ira rouler sur le sol à tes pieds. Voila une bourse pour payer les préparatifs de ma requête.


L’homme retourne chez lui, de mauvaise humeur, et le moral au plus bas. Il jeûne e a midi et refuse le repas du soir. Sa fille, inquiète, le supplie de se confier a elle. C’est ce qu’il fait le cœur gros.

— C’est encore le Sultan. Tu aurais mieux fait de ne pas me conseiller de prime abord. En ce moment, mes soucis seraient finis, préalablement. Quelles réclamations, il a ! Nu et vêtu, cavalier et piéton, de la viande cuite sans feu...


La fille, avec beaucoup de patience se fait rapporter mot a mot les instructions du Sultan.

— N’aies crainte, père, manges et dors et continues ta routine quotidienne. A expiration des trois jours, tu seras pourvu de la clef de l’énigme.


Puisant dans la bourse attribuée par Haroun el Rachid, elle achète du tulle, trois agneaux de lait, un bouc un sac de chaud vive et trois terrines avec leurs couvercles.

La Friponne de Sept Ans se met au travail. Dans le tulle, elle confectionne un habit a la taille de son père. Elle assaisonne les agneaux de lait et les place dans les trois marmites couvertes et bien fermées au centre d’une bassine dans laquelle elle met de la chaux vive. Elle verse de l’eau sur la chaux vive qui se met à bouillonner, la viande tendre des agneaux se mit à cuire, dans les terrines.


Elle cherche des loqueteux, passant dans la rue, leur pose des questions banales, et parmi tout le petit monde a qui le questionnaire est posé, elle choisit trois, si peu intelligents, qu’ils ne savent pas distinguer les jours de semaine, ou spécifier le mois de l’année, ou designer l’heure qu’il est. Elle leur promet une pièce d’or, s’ils cheminent jusqu’au palais royal, avec les marmites sur leur tête, sans en verser une goutte de leurs contenus.


Elle installe son père affublé de son costume de tulle, sur le bouc, de façon que monté sur sa monture, ses pieds sont sur le sol et qu’il marche sur ses propres jambes. Dans sa main elle pose un oignon coupé en deux, et lui recommande de penser à des choses drôles qui font rire, par leur bouffonnerie. Derrière lui, les trois hommes par elle choisis sont alignés, les terrines calées sur leurs têtes a l’aide de coussinet. Elle suit du regard ce curieux cortège, et rassurée, entre chez elle, mettre de l’ordre dans la maison, ce carnaval ayant provoqué une confusion, dans le logis.


Cependant le souverain est en attente, guettant l’arrivée du vieil homme, curieux de voir le produit de ses demandes. La mascarade le fait pouffer et il tombe sur son arrière train à force de rire. Puis il déguste la viande, la trouve succulente, pose des questions sur le mode de cuisson, questionne les trois hommes sur la façon dont ils ont été embauchés. Il trouve marrant l’examen qu’ils ont passé, ensuite il s’adresse au vieillard :
— C’est la Friponne De Sept Ans qui a tout inventée ?
— Oui, Seigneur.
— C’est elle qui a cuisiné cette viande ?
— Oui, Seigneur.
— Qui a cousu ton habit ?
— Elle, Seigneur.
— Fais lui savoir que je désire l’épouser. Je serais heureux, si elle accepte.


La jeune fille agrée a la demande, mais a condition qu’on rédige un contrat.

— Qu’on écrive, dit le Sultan, que si elle se mêle dans des affaires de gouvernement, elle sera rejetée. (Le Sultan sait que sa condition est irréalisable .Quand une condition ne peut être réalisée on dit : condition du célibataire a la veuve, "redeviens jeune fille, je t’épouserai, Kouni Sbya, ou nakhdek.)
— Qu’on écrive, dit La friponne De Sept Ans, que si je suis répudiée, j’ai le droit de prendre de ce palais, ce a quoi je tiens le plus.


Deux jours plus tard, le souverain lui envoie deux femmes avec des pièces de soieries, afin de préparer son trousseau. Les matronnes prélèvent des corbeilles, deux tissus leur plaisant spécifiquement, l’un bleu turquoise et l’autre bleu ciel, pour leurs besoins particuliers. Arrivées devant la petite maison, elles frappent a la porte. La jeune fille répondit :

— Monte sur le maçon, lève le forgeron, pousse le menuisier. Ma sagesse est sur mes genoux, je ne peux pas courir.


Les deux femmes étonnées, tapent de nouveau sur la porte. Elles reçoivent la même réponse. Consternées, elles retournent au palais, et répètent au Sultan les paroles incohérentes, à leur avis, entendues à la maisonnette. Le Sultan explique :
— Le maçon est la marche du seuil, le forgeron est le loquet, le menuisier est la porte, la sagesse est sa chevelure. Elle vous a dit, de monter sur la marche, de lever le loquet, de pousser la porte et d’entrer, elle est en train de se coiffer, elle ne peut pas se lever et ouvrir.


Les deux matronnes retournent sur leurs pas, frappent à la porte, reçoivent la même déclaration, lèvent le loquet et entrent. Elles sont accueillies avec politesse et beaucoup d’égards, par la jeune fille qui vient de finir de tresser ses longs cheveux. Elle leur offre à boire, leur sert des petits gâteaux, et les charge, après avoir fait son choix, d’un message pour le Sultan :

A la mer, manquent deux voiles,

Au ciel,  deux étoiles,

Mais pour l’amour de D.

Ne nuis à aucune des deux.


Le Sultan est ainsi averti qu’il manque deux mesures à deux pièces de soieries, sermonne les deux fautives confuses, qui nr seront pas punies, grâce a la fiancée si gentille.

Le mariage a lieu et La Friponne de Sept Ans quitte bientôt, la maisonnette pour le palais royal. Or le désœuvrement lui pèse et commençant à s’ennuyer, elle assiste derrière sa fenêtre, au spectacle de la rue. Ainsi elle remarque un jour, un groupement autour d’un paysan, très énervé. Elle fait appeler l’homme qui gesticule et lui demande la raison de sa colère.


— Ecoutez princesse ! Ma jument était pleine, et l’ânesse du voisin aussi. Elles devaient mettre bas, la même nuit. Alors, voila qu’à l’aube je trouve un ânon près de ma jument, tandis que près de l’ânesse du voisin je vois un beau poulain.

— C’est sans doute ton voisin qui a fait l’échange, la nuit ?
— Je pense la même chose que vous, j’ai fait appel à la justice du Sultan, mais voyez-vous, faute de témoins, le Souverain a décidé que chacun garde ce qu’il a trouvé, a coté de sa bête.
— Je comprends ton indignation. Veux tu faire ce que je vais t’ordonner ?
— Bien sur ! Mot à mot.
— Tu iras chez le Sultan et tu lui diras que tu possèdes un pré, au bord de la mer. Tu réclameras justice, étant donné que la nuit les poissons abordent et mangent de ton herbe. Haroun el Rachid fera la remarque, qu’on n’a jamais vu des poissons sortir de l’eau pour manger de l’herbe. Ce a quoi tu répondras : Et Sa Majesté, a-t-elle vu une ânesse donner la vie a un poulain ? Le paysan arrive à toute allure dans la salle du tribunal, et il s’écrie :


— Seigneur ! Ô Seigneur !
— Que se passe-t-il encore ?
— Les poissons sortent de l’eau Seigneur et mangent l’herbe de mon pré...
— Idiot ! Triple idiot ! A-t-on déjà vu des poissons sortir de l’eau et manger de l’herbe. Je vais bientôt te nommer bouffon de la cour !
— Ô Seigneur, et ma jument peut-elle engendrer un ânon ? Le Sultan qui est un homme juste et loyal, révise son jugement, à la grande joie du paysan qui reprend possession de son poulain. Mais le Souverain ayant de l’esprit reconnut la, une intervention de La Friponne De Sept Ans. Il appelle sa nouvelle épouse et lui ordonne de retourner chez son père, pour s’être mêlée dans les affaires du Sultan.


— C’est exact ! Je me suis mêlée d’un jugement qui n’était pas mon affaire. Mais en tant que femme du Seigneur, je demande à ne pas être renvoyée en plein jour. Que Sa Majesté attende la nuit, et je plierais a ses ordres.

Le Sultan accepte sa requête. Le soir il dîne seul, morose et sans entrain. Il est fâché d’avoir eut à réviser un jugement et de perdre la femme de sa vie.

Or, cette nuit c’est sa femme qui doit lui servir une infusion. Elle y ajoute quelques gouttes de narcotique, et bientôt le Sultan tombe dans un profond sommeil. La Friponne De Sept Ans, le fait transporter dans la maisonnette de son père, couché sur son divan.


Le matin en se réveillant, il s’étonne de se trouver dans une chambre qui n’est pas la sienne et qu’il ne connaît pas.
— Où sont mes serviteurs ? Ou suis-je ?
— Peu importe Seigneur, ne suis-je pas la a votre service ?
— Je t’ai ordonné de retourner chez ton père !
— Eh bien. J’y suis chez mon père. Et vous aussi. Pour m’en tenir a notre contrat, j’ai emporté ce que j’ai de plus cher : toi mon chéri.
— Friponne De Sept Ans, aucune femme n’a compté avant toi, aucune n’existera après toi. Viens, nous retournons au palais, mais ne te mêles plus de mes affaires.
— Et toi, petit chou, essaies de juger avec équité.


Le titre original de ce conte est : Maksoufa bent sheba’a shnin.


 

 

Par Camus - Publié dans : Fables, contes et légendes - Communauté : Souvenirs de Tunisie
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Lundi 16 février 2009 1 16 /02 /Fév /2009 18:10

Zâïfrana a le dessus.

- Zâïfrana, je pars en voyage.

-  Que Dieu vous protège Seigneur, gardez vous bien et revenez en bonne santé.

- Tu n’as besoin de rien ?

- Seulement de provisions. Mais parlez moi de vos projets, sur quel navire naviguerez vous, qui seront vos matelots, sont ils expérimentés ?

Le Prince sans se faire prier parle longuement de son navire, de la date du départ et répond à toutes les questions, tous les détails possibles et imaginaires sont fournis à la jeune femme de même que le nom de l’armateur. Dès le départ du Prince Zâïfrana court chez ses  parents.


- Père ! Préparez-moi un navire !

Selon les instructions de leur maîtresse les servantes font des achats de tissus et de chaussures, pareillement qu’à la première fois ; les esclaves s’affairent aux emplettes d’aliments, d’épices, de boissons et tout ce qui serait nécessaire pour un long trajet. Son père s’occupe de l’armement d’un bateau et le meilleur équipage est enrôlé.

Le jour du départ arrive. Le fils du Sultan envoie des provisions à la matmoura et pendant qu’il prend la route du port vers son bateau, Zâifrana court se préparer et s’habiller se pressant de monter sur son bateau et de prendre le large. Les deux quittent le port en même temps, leurs navires sont identiques, mais tandis que celui du Prince est bleu le sien est rouge. Le fils du Sultan appareille, Zâïfrana donne l’ordre de larguer les amarres. Elle suit la même route que son mari et quand il s’arrête elle fait jeter l’ancre et quand il repart elle est derrière lui à trois encablures.

Au bout d’une semaine le navire du Prince stoppe en pleine mer, celui de notre amie s’immobilise aussi tout près. Le fils du Sultan l’aperçoit et se fait transborder. Etant d’anciennes connaissances ils peuvent brûler les étapes et ce qui devait arriver, arrive de nouveau. Le Prince amoureux ne quitte pour ainsi dire plus le navire de Zâïfrana jusqu’au jour où le temps passant vite, il doit retourner à son port d’attache. Les deux navires se suivent, faisant les mêmes escales. Au moment de la séparation Le Prince offre à Zâïfrana sa montre.


Sitôt descendue au port notre héroïne voilée se hâte d’arriver chez son père, change de vêtements et se dirige vers sa cave. Aux questions de ses parents elle répond qu’on en reparlera. Fidèle à son habitude le Prince vient la voir, dès qu’il lui est possible de se libérer de la réception organisée en son honneur. Il se penche vers le soupirail et demande :

- Zâïfrana, où en sommes-nous ?

- Je place ma confiance et mon espoir en notre Seigneur !

- Zâïfrana, ne t’es tu pas ennuyée ?

- Mes louanges à Dieu pour ce qu’il m’alloue !

- N’as-tu pas eu faim Zâïfrana ?

- J’ai mangé et il en reste Grâce à Dieu !

Ensuite elle s’informe de sa santé, de son voyage, demande s’il s’est bien passé et l’interroge sur ses loisirs en pleine mer. Son mari répond à toutes ses questions, toutefois il ne raconte rien concernant son aventure amoureuse et sur sa galante amie.


Les jours passent et les semaines aussi, Zâïfrana grossit et son ventre s’arrondit. Au bout de neufs mois elle met au monde un très beau garçon dont la chevelure est aussi noire que celle de son frère est blonde. Zâïfrana lui donne le nom Mahmoud aux cheveux de saphir. Le bébé grandit dans la maison de ses grands parents et la propre nourrice de sa maman s’occupe de lui. Des mois après ma mise au monde de son fils, Zâïfrana voit venir son époux et dans sa bouche une nouvelle :

- Zâïfrana, je pars en voyage, les affaires de l’Empire m’appellent.

- Que le Seigneur vous protège, mon Prince. Ayez soin de votre personne et revenez en bonne santé.

Zâïfrana lui pose des questions sur son trajet, son navire, son équipage. Son mari ne se fait pas prier et lui parle de son bateau, de son armateur, de son capitaine et encore maints détails car, nous l’avons vu, il aime parler surtout sur ses occupations personnelles. Le mari lui envoie une provision de pain, d’olives et d’eau puis s’en va vaquer à ses arrangements. Notre héroïne court chez ses parents et demande :


- Père j’ai besoin d’un bateau, le Prince repart en voyage et je vais le suivre.

Le riche paternel qui a une confiance aveugle en sa fille s’exécute et organise des préparatifs menés d’une main de maître.

Les deux quittent le port en même temps, leurs navires sont identiques, tandis que leurs couleurs sont différentes. Le fils du Sultan appareille, Zâïfrana donne l’ordre de larguer les amarres. Elle suit la même route que son mari et quand il s’arrête elle fait jeter l’ancre et quand il repart elle est derrière lui à trois encablures. Elle s’arrange de se trouver au bout de sa lorgnette et comme par hasard ils se rencontrent. Elle l’invite à son bord. Là il y a tout ce qu’il faut pour passer le temps agréablement, musique, boissons, friandises et une bonne nourriture.


Pourtant les deux s’intéressent à d’autres agréments, d’ordre romantique. Ils sont de vieilles connaissances et n’allant pas par quatre chemins, ils arrivent à l’aboutissement inévitable. Le jour de la séparation approche à grands pas et avant de se quitter le Prince offre son collier à sa femme.


Le temps passe, Zâïfrana a des envies, puis de vomissements, elle engraisse, le troisième mois elle maigrit et elle met au monde au bout de neufs mois une petite fille splendide aux cheveux roux bouclés, Aïcha aux cheveux de flamme, qu’elle met en nourrice chez sa propre nurse. Elle-même passe son temps dans la maison de ses parents et ne revient à son caveau que lors des visites de son mari. Un jour il vient lui annoncer son prochain mariage.

- Zâïfrana je suis promis à ma cousine et je dois l’épouser. Telle est la volonté du Sultan.

- Il faut obéir à la résolution du père.                                    

- C’est tout ce que tu as à dire ?

- Je mets mon espoir en Dieu et une confiance aveugle aussi.

- As-tu besoin de quelque chose ?                                     

- Du henné me réjouirait le cœur !

- Du henné ? Et tu comptes t’en servir ?

- Oui, ça me ferait plaisir !

Ensuite elle le questionne sur son habillement, ses chaussures et sur l’organisation de la noce. Bientôt le jour j arrive.

Il tient sa promesse et lui envoie du henné en plus des provisions, pain, eau et olives. Elle prend le henné en main, court chez ses parents, le pétrit, fait un bain dans le hammam familial et s’enduit les paumes des mains et les plantes des pieds, sachant que ce sera elle qui pénétrera ce soir dans la chambre nuptiale.


Elle habille ses enfants des costumes princiers qu’elle a fait préparer, met la bague reçue du Prince au doigt de Hamda aux cheveux d’or, place le collier au cou de Mahmoud aux cheveux de saphir et accroche la montre sur la robe de sa fille Aicha aux cheveux de flamme. Elle donne des instructions à ses garçons et confie la petite fille au soin d’un serviteur noir qui lui est fidèle. Elle donne des instructions à sers fils :


- Vous allez visiter le Palais du Sultan et vous assisterez à une fête. Cassez chaque miroir que vous verrez et chaque vase. Si vous voyez passer un serviteur avec des boissons, bousculez-le !

- Maman, on nous fera des reproches, font remarquer les enfants.

- Si quelqu’un vous réprimande vous lui direz : " Nous sommes dans la maison de notre père, vous n’avez pas de réclamations à nous faire ".

La fête bat son plein, les deux enfants princiers font leur entrée dans le Palais Royal suivis du serviteur noir tenant la petite Aicha dans ses bras. Dans le pêle-mêle des arrivants, nos amis ne sont pas interceptés. Ils font ce qu’ils ont été demandé de faire, bousculant les serviteurs qui culbutent, cassant à leur passage des vases, des vitrines et des miroirs. Les domestiques perdant la tête devant les réponses laconiques qu’ils reçoivent des deux enfants, vont se plaindre chez le Sultan :


- Sa Majesté, dieux jeunes diables font un boucan d’enfer dans le Palais, cassant, renversant et culbutant. A nos reproches, ils nous répondent que c’est la maison de leur père et que nous n’avons pas à nous en mêler.


- La maison de leur père ? Que dites-vous ? Amenez les ici !

Peu après, le trois enfants sont introduits chez le Sultan ainsi que le serviteur noir.

- Qui êtes-vous ? demande le Monarque. Le fidèle Noir répond :

- Sa Majesté, celui ci est Hamda aux cheveux d’or, celui là est Mahmoud aux cheveux de saphir et la petite que je tiens dans les bras est Aicha aux cheveux de flamme. Je suis leur serviteur et ils sont vos petits enfants. Ne reconnaissez-vous pas vos armures dans cette bague, dans ce collier ou dans cette montre ? Le fidèle serviteur fait une révérence et montre les bijoux au Souverain.


- J’admets avoue le Sultan. Pouvez-vous me mener chez leur mère ?

Peu de temps après, un carrosse royal s’immobilise près de la maison des parents de Zâïfrana. Le Souverain les connaît bien, car ils sont nobles. Le Sultan est attendu et il est reçut avec tout le respect qu’on doit à une si haute dignité. Le père raconte au souverain la demande en mariage du Prince et c’est Zâïfrana qui lui raconte toute son aventure, le mariage, l’emprisonnement et lui fait visiter la matmoura.


- Quel lâche ! Il se laisse marier à la fille de mon frère quand il a une femme si belle et pleine de qualités ? Vous êtes déjà ma fille pour ces beaux enfants que vous m’avez donnés. Venez avec moi, vous n’avez pas à vous en faire pour ma nièce, "mouch mektoub", ce n’est pas écrit ! Je lui trouverai un noble qui l’épousera dès ce soir.


Et les choses se passeront exactement comme le Sultan l’a décidé. L’estime et l’affection qu’il a pour sa bru allant et grandissant, grâce à sa sagesse et son habileté manuelle, son esprit, ses qualités d’âme, sa perfection et surtout pour les beaux petits enfants qu’elle lui a donnés. Sa beauté et sa longue chevelure n’étant qu’un ajout agréable à admirer et à orner la cour.


Fin

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