Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
23 janvier 2009 5 23 /01 /janvier /2009 08:37
 

Fayza Abdel Wahab  raconte l’histoire de son père

 
 

Fayza Abdel Wahab, la fille de l’arabe tunisien que Yad Vashem n’a pas encore reconnu comme un ‘Juste parmi les Nations’ mais qui a déjà obtenu la reconnaissance du Musée américain de l’Holocauste, raconte la vie de son père.

Au Musée de l’Holocauste, elle dit : je suis optimiste, cependant je ne crois pas aux miracles. Je crois que si l’ont rassemble des gouttes d’eau on crée un océan, je crois au dialogue, à la dignité ; je ne sais pas mais il me semble que le dialogue peut commencer ici...

 

le nom de mon père était Haled Abdel Wahab. Il était propriétaire d’une ferme à Mahdiya, une petite bourgade située sur la côte tunisienne. Lorsque les Allemands ont envahi la Tunisie, il a compris qu’une certaine famille juive était menacée ; en tout cas, les familles se connaissaient toutes car la bourgade n’était pas si grande.

Une nuit il alla à leur cachette et les emmena tous, ils étaient 24, plusieurs familles et les cacha pendant toute la durée de l’occupation. La cachette se trouvait dans la ferme de mon père.

 Lorsque je lui ai demandé s’il y avait eu des Allemands en Tunisie, s’ils y étaient arrivés – parce que je n’en savais rien – il m’a répondu qu’il y avait eu des Allemands en Tunisie : « J’avais pris chez moi plusieurs familles, je les avais cachées, des familles Juives ». Je lui avais dit, bon, mais ce n'était pas vraiment grand chose, il y avait des Juifs en Tunisie qui vivaient avec les Arabes, avec des Italiens et d’autres étrangers, nous étions tout d’abord Tunisiens et ensuite des Musulmans ou des Juifs ; nous avions les mêmes coutumes, nous mangions la même nourriture, cela me paraissait donc presque normal. Je pensais que ce n’était pas grand-chose mais je ne comprenais pas qu’il avait risqué sa vie en les cachant. Lui-même ne m’avait pas parlé du risque, pour lui c’était tout à fait normal.

 

Je suis sûre qu’il aurait été ravi d’apprendre qu’il a été reconnu ‘Juste parmi les Nations’. Je suis très fière de lui, et même une reconnaissance symbolique est une grande chose. J’espère que la chose permettra aux hommes de mieux se connaître.

 Je suis contre toute négation, je veux que les hommes regardent la réalité en face, même si c’est parfois difficile ; qu’ils ouvrent les yeux. Si on ferme les yeux en se disant « Je ne veux aucun rapport avec ces gens », on ferme la porte à tout dialogue, tu vois, et c’est fini. Tu n’as plus aucun espoir. Mais si tu ouvres le cœur, la tête, les yeux à autrui, et que tu dis : « OK, j’accepte, même s’il est difficile d’accepter certaines choses, j’accepte qu’on puisse commencer à évoluer à partir d’ici ». Pour moi c'est important.

Et mon père, son rêve était de voir ces deux personnes qui étaient chez lui revenir le voir dans son village, après tous ces malheurs ; je ne sais pas, mais il me semble porter en moi son appel. Lorsque vos parents n’ont pas terminé quelque chose, vous voyez, c’est vous qui devez les terminer. Je porte en moi mon père, ce qu’il a fait, je le porte de la meilleure façon. Du moins c’est ce que je pense. 

Août 2007. Sources :    http://www.amit4u.net

 

Partager cet article

Repost 0
Published by Camus - dans nouvelles
commenter cet article

commentaires

oualid viviane 08/04/2014 14:03

je suis trés touchée par ce témoignage il y a des gens bons partout je suis native d'Algérie nous avons quitter notre pays comme beaucoup de pieds noirs c'est une blessure qui ne cicatrisera jamais.Nous étions si heureux avant les évènements nous vivions en parfait accord avec les arabes nous nous aimions et nous respections la politique en a voulu autrement quel désastre les algériens nous ont manqués comme nous leur avons manqués .De ça je suis sure Merci de reprendre le flambeau de votre paa l'amour apporte plus que la haine BRAVO !!

Camus 08/04/2014 16:06

Je suis aussi touché que vous Viviane, c'est la raison pour laquelle j'ai édité cet article. C'est émouvant que des Justes comme celui dont parlons nous fassent couler une larme de bonheur.