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29 janvier 2009 4 29 /01 /janvier /2009 19:42
Pirkei Avot* : Rabbi Tarphon disait…

Par le Dr. Reuven (Roger) Cohen
 
Sur un texte de Friedrich Nietzsche : "What is good ?" (The Antichrist, 2). 


Le ton de la conversation montait et frisait la querelle. Ce qui avait commencé par un dialogue amical et un tant soit peu pédagogique entre le père de Dan et son professeur principal Roni, "Son Educateur" (c'est ainsi que nous le nommons dans nos lycées), tournait au vinaigre.


Roni soutenait que les valeurs humanistes, qui le guidaient dans son rôle d'Educateur et dans ses conversations avec Dan, étaient de loin plus importantes dans sa formation et pour son avenir que ses notes en mathématiques et en anglais.
"Je lui enseigne, comme aux autres élèves de sa classe, ce qu'est le Bien, l'attitude responsable et la bonne décision à prendre face aux dilemmes moraux."
Haïm ne l'entendait pas de cette oreille. Selon son entendement, Roni se devait de soutenir Dan dans ces matières qui assurent ce diplôme, le Bac, sans lequel dans la Société d'aujourd'hui, on est moins que rien.


Au lieu de consacrer ses heures d'entrevue avec Dan en diatribes stériles sur sa conduite, ses relations avec les autres Profs et les autres élèves de sa classe, pensait Haïm, Roni ferait mieux, en tant que Prof de Math., de l'aider à rattraper son retard.
"Et puis, qui peut éduquer par "le verbe" au Bien absolu, lui demandait Haïm ? Le Rabbin, le Philosophe, le Législateur ? Le Bien ne s'enseigne pas en quelques leçons à l'école. Et la conduite de Dan ne changera pas au bout de quelques conversations. Tandis que ses progrès en maths, oui. Ce n'est pas comme la propagande ! Il ne s'agit pas là d'un lavage de cerveau !"


La conception de Haïm était tangente à celle que soutint le grand écrivain que fut "Samekh" Izhar. Son "retournement" sur ce sujet avait fait scandale. Il avait, un beau matin, soutenu que l'Ecole était faite pour enseigner et non pour éduquer. Le tollé que sa déclaration avait soulevé avait causé une tempête parmi les pédagogues, de loin bien plus importante encore que celle qu'avait causée Victor Hugo parmi les critiques parisiens, avec son Ruy Blas en 1838. Une véritable querelle entre "Anciens et Modernes". Mais là, il ne s'agissait pas d'art, mais d'un fait de société.
Depuis que la Société israélienne avait traduit, de suite après la Guerre d'Indépendance, "La Volonté de Puissance", que Nietzsche avait empruntée à Schopenhauer, en volonté d'enrichissement et en volonté de faire carrière, "l'Esprit de l'Ecole" avait changé. Petit à petit, pour réussir dans la vie, les diplômes avaient pris le pas sur les conduites exemplaires, celles qui répondaient aux valeurs d'égalité, d'entraide, de don de soit.


Nietzche avait dit : "What is good ? All that enhances the feeling of power, the Will of Power, and power itself in man." (The Antichrist, 2, in Essential Thinkers Friedrich Nietzsche, London, 2005).


"Le Bien n'est pas affaire de discours mais de pratique. Il faut le considérer comme le résultat d'un entraînement. Il faut entraîner l'enfant à le pratiquer. Il se pratique pas à pas, et cette pratique se poursuit tout le long de la vie, jusqu'à un âge avancé, renchérissait Haïm. Et cette méthode pédagogique d'un autre âge dont tu te fais le mentor, ces longues conversations que tu mènes avec tes élèves, ne servent absolument à rien. Elles ne sont que temps perdu. Ce sont des pratiques qui me rappellent les méthodes de lavage de cerveau."





Dans son for intérieur, Haïm souhaitait, chose inacceptable dans l'Ecole d'aujourd'hui, que tous les Profs du Lycée participent à cette œuvre indépassable dans sa valeur sociale et humaine qu'est l'éducation de la jeune génération. Il souhaitait qu'ils s'y attellent par leur exemple personnel, par leur conduite. Qu'ils "éduquent" leurs élèves, dans le petit espace qui leur est dévolu. Seule cette voie pourrait porter les fruits attendus. Et les parents eux-mêmes n'en sont pas dispensés. Que personne ne se "défile". Que personne ne paresse sur ce point.


L'œuvre éducative dans son essence est un travail de longue haleine où chacun doit jouer son rôle. "Et que nul ne se leurre, ajouta-t-il. Que nul ne pense qu'il pourra, seul, la mener à bien. Ne joue donc pas le rôle du "commissaire", ce rôle bien connu dans les régimes totalitaires, dit-il à Roni, qui l'écoutait bouche bée. Souviens-toi que cette tâche repose sur nos épaules. Sur nous tous. Nous nous devons tous de pratiquer cet "enseignement" du Bien. Nous avec nos enfants. Vous avec vos élèves. Chacun dans son petit espace. Souviens-toi de ce que disait Rabbi Tarphon : Tu n'es pas obligé d'achever le travail, mais tu n'es pas libre de t'y soustraire ".


"Rabbi Tarphon disait : La journée est courte et le travail considérable. Les ouvriers sont indolents, cependant le salaire est important et le maître presse. Il disait : Tu n'es pas obligé d'achever le travail, mais tu n'es pas libre de t'y soustraire ". In "La Maxime des pères" (Chap. II, 20-21, Paris, 1983)

Pirké Avot* : Maximes de nos pères.





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