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9 février 2009 1 09 /02 /février /2009 16:44

Pirkei Avot

 

"Ben Zoma disait : Quel est le véritable héros…"

 

Par le Dr. Reuven (Roger) Cohen

 

Sur un texte de Sénèque :

"Pas un ne se demande s'il vit bien, mais s'il aura longtemps à vivre. Cependant tout le monde est maître de bien vivre ; nul, de vivre longtemps."

(Sénèque, Lettres à Lucilius, Livre Troisième, Lettre 22, 17, Paris, 2007).  

 

Marcel avait la meilleure Boulangerie et Pâtisserie de la rue des Rosiers.

On se pressait, dès les premières heures de la journée, devant sa porte, et le  vendredi, le dernier de la queue devait patienter plus de dix minutes avant d'être servi, tant les clients achetaient de halot et de gâteaux pour le Shabbat. Le commerce marchait bien, la clientèle était fidèle, la patronne satisfaite derrière sa caisse, les serveuses au comptoir sympa et rapides. Tout était donc pour le mieux dans le meilleur des mondes, si Marcel ne souffrait d'un gros défaut qui lui rendait la vie difficile et faisait de celle de ses ouvriers un véritable cauchemar : Marcel était coléreux. Et malgré les prières de sa femme et les conseils de ses docteurs, il se refusait d'avaler ces médecines qui "abrutissent", selon lui, les coléreux. Il soutenait qu'il était coléreux comme un autre est paresseux, et qu'il avait de bonnes raisons de l'être. "Que les ouvriers et toi-même ne traînent pas, répondait-il, et que vous exécutiez mes ordres à la lettre ! Comment veux-tu faire marcher ce bazar sans cela ? Il faut un capitaine à bord, un seul !"   

Pure invention de sa part. Imagination quasi maladive, puisque la Boulangerie se mettait au garde-à-vous chaque fois qu'il ouvrait la bouche.

En vérité, ses colères le prenaient soudain et sans raison. Il explosait alors comme un volcan. Oui, mais les volcans en général annoncent leur irruption. Certains signes précurseurs permettent aux humains et aux animaux de fuir, de chercher refuge. Mais  au pétrin ou au comptoir, point d'abri face à la surprise ! Il fallait courber la tête, se recroqueviller sur soi-même et attendre que passe la tempête. Il fallait de plus se protéger que les projectiles, que dans sa rage il ne manquait pas de projeter, ne t'atteignent. Miro le jeune mitron, en avait fait les frais quand, paralysé par la peur, il reçut une miche qui venait de sortir du four. Il fallut toute la douceur et le billet que lui glissa Rose, la patronne, pour qu'il ne se rende en pleurs chez ses parents.   

La chose ne pouvait pas continuer ainsi. La révolte grondait à la Boulangerie et les ouvriers avaient annoncé à Madame Rose qu'ils "montaient au feu" et qu'ils allaient se plaindre à leur syndicat. Rose, en pleurs, leur demanda deux ou trois jours de délai pour régler ce problème, et qu'en aucun cas la Boulangerie n'en souffre.

 

Mais la Boulangerie en souffrait déjà. Toute une fournée avait brûlé lors d'une irruption, et le lendemain, les clients s'étaient plaint  que le pain avait un goût légèrement aigrelet, comme si le levain avait tourné.

Rose se souvint alors "de la mayonnaise qui tourne". Sa mère lui avait raconté que lorsque la ménagère est fâchée, sa mayonnaise tourne. Des énergies négatives agissent alors sur les mets préparés par elle. "C'est ce qui nous arrive avait dit Rose à Marcel". Mais celui-ci la traita de superstitieuse et de psychologue de deux sous et lui demanda de le laisser tranquille. De peur qu'il n'explose de nouveau, elle se tut et décida d'aller consulter son oncle, le Rabbin, que Marcel respectait plus que tout autre.

 

Le Rabbin l'écouta avec attention. "Envoie-le moi, Rose, ma fille, lui répondit-il".

"Il ne voudra pas venir et explosera en sachant que je suis venir prendre conseil auprès de vous, lui dit-elle".

"Dis-lui que je voudrais lui parler d'affaires. Il viendra." 

Il vint.

"Comment vont les affaires Marcel, Lui demanda-il ?"

"Très bien, mon oncle, lui répondit Marcel."

"Dis-moi, mais réfléchis bien avant de répondre. Qu'est-ce qui va mieux, les affaires ou ta santé ?"

Il se dandina sur son siège, hocha plusieurs fois de la tête, et à la fin il répondit : "Les affaires, mon oncle. Ces derniers temps je suis un peu tendu et porté à m'énerver pour un oui ou pour un non !"   

"Alors que tu ne sais pas combien de temps t'est donné à vivre, car aucun de nous ne peut le savoir, tu fais passer les affaires avant ta santé, avant que de bien vivre. Et alors que les affaires se portent bien, elles, tu leur consacres ta santé, tandis qu'elles-mêmes ne font rien pour toi ! On appelle cela du 'Fétichisme', de 'L'Avoda Zara'! Et cela pourquoi ? Parce que tu n'es pas capable de surmonter ton avidité du gain, tes bas instincts et tes colères ! Sais-tu ce que disait Ben Zoma à ce sujet ?

 

Il disait : 'Quel est le véritable héros ? C'est celui qui sait vaincre ses passions'. (Pirkei Avot, Chap. 4, 1).


 

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commentaires

camus 18/02/2009 14:47

Tres juste, comme il a raison !
Bisous.

gisèle 18/02/2009 03:18

une autre citation, de Sénèque :

La colère n'a rien de grand ni de noble. Il n'y a vraiment grand que ce qui, en même temps, est calme.

gisèle 18/02/2009 03:15

une citation de Gandhi :

Colère et intolérance sont les ennemis d'une bonne compréhension.

Souvent la colère va de pair avec l'intolérance et les deux causent l'amertume, la peur à ceux qui en sont victimes.