Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
20 février 2009 5 20 /02 /février /2009 12:05

Quelle friponne !...


Il était une fois...  

Ainsi on commençait

A raconter un conte en Tunisie :

Quoi qu’il arrive,

C’est Dieu qui l’a voulu,

De la soie chez nous,

Et du lin chez vous.

Chez l’ennemi,

Des rats et des souris.


Je vais vous raconter une histoire, que me racontait ma maman, mais elle n’était pas la seule, mon oncle Hmino aussi la racontait, de même que mon beau-père, Yeouda Bouni. Seulement voila, nous n’avons jamais écouté ce conte en entier, car des fois nous arrivions à la maison au beau milieu de l’histoire, ou bien nous étions obligés de sortir avant la fin ou bien,  nous tombions dans les bras de Morphée avant  l'épilogue. Grâce au livre : Contes et légendes de Ghzala, par Myriam Houri-Pasoti le puzzle est rétabli. Un conte tunisien classique.

Je vous raconte ce récit de mémoire, n’ayant plus  le bouquin sous la main.



Le sultan Haroun el Rachid et son ministre, Jaffar el Barmki, habillés comme des simples citoyens se promènent dans la capitale de l’Empire. Leurs accoutrements leur permettent de se rendre compte, si l’ordre règne partout.

Dans le jardinet d’une maisonnette, un vieillard bêche de bon cœur sa terre. Les deux personnages s’arrêtent et s’adressent au jardinier.
— Salem Alek, ô mon père ! Le vieil homme continue son travail, comme si rien n’était.
— Que le salut soit sur toi, ô mon père ! S’écrient-ils.
— Salem alekoum ! Bredouille le vieillard sans lever la tête. (Il aurait dut dire : et sur vous le salut et la clémence de D. et sa bénédiction. Ou Alekem es salem ou rahmet Allah ou berkatou. )

— Dis-moi, ô grand-père, ce petit jardin te mangera, ou tu en mangeras ?
— Tu as du temps à perdre, c’est pour ça que tu m’embrouilles avec tes futilités ? Riposte l’homme âgé.


Le Sultan n’insiste pas et retourne au palais. Le lendemain il envoie chercher le vieux bêcheur, tout étonné, étant honnête habitant de la ville. Des qu’il se présente devant le haut dignitaire, il s’entend poser cette question, déjà entendue la veille.

— Je désire que tu répondes a cette devinette : ton jardinet te mangera, ou tu en mangeras ?
— Je ne comprends pas Seigneur, le sens de votre énigme.
— Tu as trois jours pour être plus instruit et de m’éclairer par une répartie. Sinon, tu seras décapité.

Le vieux, l’âme en deuil, jeûne a midi, refuse le repas du soir. Sa fille inquiète le supplie de se confier a elle. Ce qu’il fait, le cœur gros.
— Ce n’est que ça ? Manges, dors et sois tranquille. A expiration des trois jours tu seras pourvu d’une réponse qui le satisfera.


Le matin du troisième jour, la fille habilla son père convenablement, et l’envoya chez le Sultan.
— Tu diras à Haroun el Rachid : Si je vis suffisamment, j’en mangerai, si je meurs, je laisserai qui en mangera. C’est ainsi que fait le vieil homme. Le Sultan enchanté, lui demande qui l’a si bien conseillé.

— C’est la Friponne de sept ans , Seigneur.
— Qui est-elle ?
— Ma fille.
— Et elle n’a que sept ans ?
— Non Seigneur, mais nous sommes habitués à la nommer ainsi, parce que, il y a onze ans, quand sa maman est morte, nous étions émerveillés pour sa vivacité et son intelligence dans l’entretien et la tenue de la maison, malgré son jeune age, sept ans a peine. Le nom est resté.


— Eh bien réplique le Sultan, puisqu’elle est si vive de pensée, nous mettrons à l’épreuve son esprit. Dans trois jours tu reviendras, tel est mon désir, nu et vêtu, riant et pleurant, cavalier et piéton. De plus tu conduiras des ânes qui porteront sur leurs têtes des marmites de viande cuite sans feu, faute de quoi, tu perdras ta belle tête, qui ira rouler sur le sol à tes pieds. Voila une bourse pour payer les préparatifs de ma requête.


L’homme retourne chez lui, de mauvaise humeur, et le moral au plus bas. Il jeûne e a midi et refuse le repas du soir. Sa fille, inquiète, le supplie de se confier a elle. C’est ce qu’il fait le cœur gros.

— C’est encore le Sultan. Tu aurais mieux fait de ne pas me conseiller de prime abord. En ce moment, mes soucis seraient finis, préalablement. Quelles réclamations, il a ! Nu et vêtu, cavalier et piéton, de la viande cuite sans feu...


La fille, avec beaucoup de patience se fait rapporter mot a mot les instructions du Sultan.

— N’aies crainte, père, manges et dors et continues ta routine quotidienne. A expiration des trois jours, tu seras pourvu de la clef de l’énigme.


Puisant dans la bourse attribuée par Haroun el Rachid, elle achète du tulle, trois agneaux de lait, un bouc un sac de chaud vive et trois terrines avec leurs couvercles.

La Friponne de Sept Ans se met au travail. Dans le tulle, elle confectionne un habit a la taille de son père. Elle assaisonne les agneaux de lait et les place dans les trois marmites couvertes et bien fermées au centre d’une bassine dans laquelle elle met de la chaux vive. Elle verse de l’eau sur la chaux vive qui se met à bouillonner, la viande tendre des agneaux se mit à cuire, dans les terrines.


Elle cherche des loqueteux, passant dans la rue, leur pose des questions banales, et parmi tout le petit monde a qui le questionnaire est posé, elle choisit trois, si peu intelligents, qu’ils ne savent pas distinguer les jours de semaine, ou spécifier le mois de l’année, ou designer l’heure qu’il est. Elle leur promet une pièce d’or, s’ils cheminent jusqu’au palais royal, avec les marmites sur leur tête, sans en verser une goutte de leurs contenus.


Elle installe son père affublé de son costume de tulle, sur le bouc, de façon que monté sur sa monture, ses pieds sont sur le sol et qu’il marche sur ses propres jambes. Dans sa main elle pose un oignon coupé en deux, et lui recommande de penser à des choses drôles qui font rire, par leur bouffonnerie. Derrière lui, les trois hommes par elle choisis sont alignés, les terrines calées sur leurs têtes a l’aide de coussinet. Elle suit du regard ce curieux cortège, et rassurée, entre chez elle, mettre de l’ordre dans la maison, ce carnaval ayant provoqué une confusion, dans le logis.


Cependant le souverain est en attente, guettant l’arrivée du vieil homme, curieux de voir le produit de ses demandes. La mascarade le fait pouffer et il tombe sur son arrière train à force de rire. Puis il déguste la viande, la trouve succulente, pose des questions sur le mode de cuisson, questionne les trois hommes sur la façon dont ils ont été embauchés. Il trouve marrant l’examen qu’ils ont passé, ensuite il s’adresse au vieillard :
— C’est la Friponne De Sept Ans qui a tout inventée ?
— Oui, Seigneur.
— C’est elle qui a cuisiné cette viande ?
— Oui, Seigneur.
— Qui a cousu ton habit ?
— Elle, Seigneur.
— Fais lui savoir que je désire l’épouser. Je serais heureux, si elle accepte.


La jeune fille agrée a la demande, mais a condition qu’on rédige un contrat.

— Qu’on écrive, dit le Sultan, que si elle se mêle dans des affaires de gouvernement, elle sera rejetée. (Le Sultan sait que sa condition est irréalisable .Quand une condition ne peut être réalisée on dit : condition du célibataire a la veuve, "redeviens jeune fille, je t’épouserai, Kouni Sbya, ou nakhdek.)
— Qu’on écrive, dit La friponne De Sept Ans, que si je suis répudiée, j’ai le droit de prendre de ce palais, ce a quoi je tiens le plus.


Deux jours plus tard, le souverain lui envoie deux femmes avec des pièces de soieries, afin de préparer son trousseau. Les matronnes prélèvent des corbeilles, deux tissus leur plaisant spécifiquement, l’un bleu turquoise et l’autre bleu ciel, pour leurs besoins particuliers. Arrivées devant la petite maison, elles frappent a la porte. La jeune fille répondit :

— Monte sur le maçon, lève le forgeron, pousse le menuisier. Ma sagesse est sur mes genoux, je ne peux pas courir.


Les deux femmes étonnées, tapent de nouveau sur la porte. Elles reçoivent la même réponse. Consternées, elles retournent au palais, et répètent au Sultan les paroles incohérentes, à leur avis, entendues à la maisonnette. Le Sultan explique :
— Le maçon est la marche du seuil, le forgeron est le loquet, le menuisier est la porte, la sagesse est sa chevelure. Elle vous a dit, de monter sur la marche, de lever le loquet, de pousser la porte et d’entrer, elle est en train de se coiffer, elle ne peut pas se lever et ouvrir.


Les deux matronnes retournent sur leurs pas, frappent à la porte, reçoivent la même déclaration, lèvent le loquet et entrent. Elles sont accueillies avec politesse et beaucoup d’égards, par la jeune fille qui vient de finir de tresser ses longs cheveux. Elle leur offre à boire, leur sert des petits gâteaux, et les charge, après avoir fait son choix, d’un message pour le Sultan :

A la mer, manquent deux voiles,

Au ciel,  deux étoiles,

Mais pour l’amour de D.

Ne nuis à aucune des deux.


Le Sultan est ainsi averti qu’il manque deux mesures à deux pièces de soieries, sermonne les deux fautives confuses, qui nr seront pas punies, grâce a la fiancée si gentille.

Le mariage a lieu et La Friponne de Sept Ans quitte bientôt, la maisonnette pour le palais royal. Or le désœuvrement lui pèse et commençant à s’ennuyer, elle assiste derrière sa fenêtre, au spectacle de la rue. Ainsi elle remarque un jour, un groupement autour d’un paysan, très énervé. Elle fait appeler l’homme qui gesticule et lui demande la raison de sa colère.


— Ecoutez princesse ! Ma jument était pleine, et l’ânesse du voisin aussi. Elles devaient mettre bas, la même nuit. Alors, voila qu’à l’aube je trouve un ânon près de ma jument, tandis que près de l’ânesse du voisin je vois un beau poulain.

— C’est sans doute ton voisin qui a fait l’échange, la nuit ?
— Je pense la même chose que vous, j’ai fait appel à la justice du Sultan, mais voyez-vous, faute de témoins, le Souverain a décidé que chacun garde ce qu’il a trouvé, a coté de sa bête.
— Je comprends ton indignation. Veux tu faire ce que je vais t’ordonner ?
— Bien sur ! Mot à mot.
— Tu iras chez le Sultan et tu lui diras que tu possèdes un pré, au bord de la mer. Tu réclameras justice, étant donné que la nuit les poissons abordent et mangent de ton herbe. Haroun el Rachid fera la remarque, qu’on n’a jamais vu des poissons sortir de l’eau pour manger de l’herbe. Ce a quoi tu répondras : Et Sa Majesté, a-t-elle vu une ânesse donner la vie a un poulain ? Le paysan arrive à toute allure dans la salle du tribunal, et il s’écrie :


— Seigneur ! Ô Seigneur !
— Que se passe-t-il encore ?
— Les poissons sortent de l’eau Seigneur et mangent l’herbe de mon pré...
— Idiot ! Triple idiot ! A-t-on déjà vu des poissons sortir de l’eau et manger de l’herbe. Je vais bientôt te nommer bouffon de la cour !
— Ô Seigneur, et ma jument peut-elle engendrer un ânon ? Le Sultan qui est un homme juste et loyal, révise son jugement, à la grande joie du paysan qui reprend possession de son poulain. Mais le Souverain ayant de l’esprit reconnut la, une intervention de La Friponne De Sept Ans. Il appelle sa nouvelle épouse et lui ordonne de retourner chez son père, pour s’être mêlée dans les affaires du Sultan.


— C’est exact ! Je me suis mêlée d’un jugement qui n’était pas mon affaire. Mais en tant que femme du Seigneur, je demande à ne pas être renvoyée en plein jour. Que Sa Majesté attende la nuit, et je plierais a ses ordres.

Le Sultan accepte sa requête. Le soir il dîne seul, morose et sans entrain. Il est fâché d’avoir eut à réviser un jugement et de perdre la femme de sa vie.

Or, cette nuit c’est sa femme qui doit lui servir une infusion. Elle y ajoute quelques gouttes de narcotique, et bientôt le Sultan tombe dans un profond sommeil. La Friponne De Sept Ans, le fait transporter dans la maisonnette de son père, couché sur son divan.


Le matin en se réveillant, il s’étonne de se trouver dans une chambre qui n’est pas la sienne et qu’il ne connaît pas.
— Où sont mes serviteurs ? Ou suis-je ?
— Peu importe Seigneur, ne suis-je pas la a votre service ?
— Je t’ai ordonné de retourner chez ton père !
— Eh bien. J’y suis chez mon père. Et vous aussi. Pour m’en tenir a notre contrat, j’ai emporté ce que j’ai de plus cher : toi mon chéri.
— Friponne De Sept Ans, aucune femme n’a compté avant toi, aucune n’existera après toi. Viens, nous retournons au palais, mais ne te mêles plus de mes affaires.
— Et toi, petit chou, essaies de juger avec équité.


Le titre original de ce conte est : Maksoufa bent sheba’a shnin.


 

 

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Vivi Il Diavolo 21/11/2009 21:25


Quelle fille tenace !


Camus 23/11/2009 10:57


Une belle voix, un grand caractère !


sab 13/04/2009 09:24

j'ai pris grand plaisir à lire ce conte, merci Camus

Camus 22/02/2009 15:46

Allen Vivi, j'aime beaucoup ton blog. Porte toi bien. A bientôt.

Vivi el diavolo 22/02/2009 11:44

Fort possible qu'elle soit friponne ? Mai lui le Sultan ! Je le trouve bien capricieux.
Il mérite une dompteuse de cette envergure.

Camus 22/02/2009 08:50

Bon dimanche Morgane et Gisèle. Merci. Bises.