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1 mars 2009 7 01 /03 /mars /2009 11:00

Beaucoup de magie avec le conte de Msa'adâ, connue sous le pseudonyme auriculaire, ou essuibâ eseg'rouna.


Msa’adâ est si petite que les filles de la Hara Sgu’ira se portent volontaires à l’aider dans l’entretien de la maison, rien que pour le plaisir d’enfiler ses bottes et brodequins et se sentir déguisées en demoiselles et fêter Pourim durant tous les jours de l’année.

Msa’adâ est si petite qu’elle a reçu pour surnom " Essuibâ Ezg’rouna " ce qui veut dire auriculaire. En arabe tunisien ça sonne plus minuscule encore. Si elle chausse ses chaussures à hauts talons et qu’elle se dresse, sa taille arrive à un mètre environ... Le seul vœu de " Essuibâ Ezg’rouna " est de trouver un mari grand, beau, sportif ayant un regard à vous fendre l’âme. Une espèce qui rappelle Tom Cruse ou Richard Geer. Or les entremetteuses de La Hara la sous-estiment sans doute et ne lui proposent que des handicapés.


Ces prétendants sont d’habitude renvoyés à coup de balai et on voit souvent un défilé sortant de sa maison, tête basse ou clopin-clopant. Les courtiers matrimoniaux lui expliquent qu’être mariée à un sourd a ses avantages mais épouser un aveugle c’est beaucoup mieux, c’est toute la liberté des faits et gestes qui s’ensuit.


Ce qui fait le désespoir de son père Jacob. Jacob de son métier écrit des talismans porte-bonheur à ceux qui les demandent. Dans les bons jours les jeunes gens cherchant à séduire leurs belles viennent demander conseil à Jacob et ils doivent attendre assez longtemps pour être reçus.


— Ma fille si tu ne te marie pas vite, ma clientèle va penser que mes fétiches ne sont qu’une camelote. Si je n’arrive pas à marier ma propre fille, je passerai pour un vil saltimbanque. A quoi elle répond :

— Alors aides moi, prépares moi une amulette.


Jacob à ses procédés avec les amoureux transis n’arrivant pas à convaincre les jeunes filles qu’ils sont un bon parti.


— Ya ouldi, mon enfant va sous la fenêtre de ta belle et si elle étend du linge à sécher, prends un de ses sous-vêtement et apporte moi le. Je t’écrirai un enchantement et tu iras le brûler avec le dessous et tu éparpilleras les cendres sur le passage de la demoiselle. Le résultat est assuré.


Ou un autre truc façonné par Jacob :
— Vas cours et apportes moi un cheveu de la tête de la dulcinée, je t’écrirai une magie...

Mais les jouvencelles de la Hara en âge de se marier se tiennent sur leur garde depuis que leurs jolis soutiens-gorge et leurs petites culottes ont commencé à disparaître. De plus elles ne sortent plus qu’en bande, quand elles ont senti qu’on arrachait leurs cheveux a la sortie du Monoprix ou de la synagogue. Chez le coiffeur elles demandent de leur empaqueter la chevelure coupée, par precaution.. Aux grandes méthodes, les grands moyens. Si bien, que Jacob ressent bientôt la fuite de ses accoutumés.


La cervelle prompte de Jacob met au point un nouveau stratagème. Il demande à son preneur un œuf et il calligraphie tout autour de la coquille de son écriture fine qui remplit bientôt de bleu toute la blancheur de la coque. Ensuite il recommande :
— Vas mon fils, creuse un trou dans le chemin qu’emprunte ta bien-aimée et places y cet œuf magique. Si elle l’écrase de son talon, le tour est joué.


Mais cette astuce ne réussit qu’à énerver les donzelles. Un jour un garçon vient demander le remboursement de son paiement. Jacob n’arrivant pas à persuader le client qu’il ne peut pas souscrire à sa demande, le prie de revenir demain pour gagner du temps. Le lendemain l’accoutumé écoute Jacob lui dire :
— Comment ne crois-tu pas à mes possibilités prodigieuses ? Pour être gentil avec toi, tu auras une nouvelle relique à l’œil.
— Rends moi mon " flous " ou je reviens avec mes frères casser tout dans cette maison et tes bonbons aussi, disperseur d’œufs pourris, répond le désappointé. C’est alors qu’un petit diable habillé de noir sort de sous la table et attaque le malheureux à coups de frottoir. Le chagriné désenchanté s’esquive, les bras entourant la tête. C’est " Essuibâ Ezg’rouna " qui est venue au secours de son papa.


La fille de Jacob, " l’auriculaire " sent son célibat lui peser.  Ses amies sont toutes mariées et mères. Elle va se promener au souk et elle aperçoit le maraîcher Grand-Moise Ce garçon a une belle taille. Un vrai athlète. Un champion de basket ball. Et beau comme un dieu. Elle est éblouie. Elle achète vite six douzaines d’œufs et les tends à son père.
— Papa ! Ecris moi un charme sur chaque coquille. Je viens de trouver l’homme de ma vie.

Jacob sait très bien que ses astuces ne sont basées que sur le bluff, va trouver le rabbin Azria, l’entremetteur renommé qui est capable de marier un éléphant avec une autruche et lui explique le but de sa visite.
— Laisses moi m’occuper de ça, je ferai le nécessaire lui réplique le Rabbin-vedette. Envoies moi ta miniature pour le bal de Pourim et je m’arrangerai que le géant arrive aussi.


La même semaine c’est Pourim. Msa’adâ va danser toute la nuit et revient joyeuse à la maison.
— Papa ! Papa ! Crie-t-elle, il m’a demandée en mariage.

Peu de temps après sont célébrées les noces de " Essuibâ Ezg’rouna ", l’auriculaire avec Grand-Moise. Jacob tout fier est félicité de toutes part. Quand il trouve un moment libre il s’approche du Rabbin Azria et lui demande :
— Comment as-tu réussi ce record ? Tu as décidé Grand-Moise à demander ma fille en mariage.
— J’ai employé l’enchantement suprême, le meilleur des fétiches, le talisman magique : Une bouteille entière d'eau de vie, Boukha Bokobza.



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commentaires

camus 13/04/2009 17:12

Merci Sab,
Tes compliments me vont droit au cœur.
Mes compliments Sab, tu es une chercheuse et tu sais découvrir les récits intéressants.
Bye.

sab 13/04/2009 16:18

encore un de ces merveilleux contes dont tu as le secret, merci pour ces quelques instants de douceur

Camus 02/03/2009 18:58

Bonne soirée, re-bisous.

Morgane 02/03/2009 18:49

Oui elles sont adorables tes petites filles!!
Une bien jolie petite famille, j'aime beaucoup l'air malicieux de la plus grande...
bonne soirée Camus gros bisous

Camus 02/03/2009 18:25

Chère Morgane, merci.
J'ai vu une fois une fille de très petite taille, mais très vive, un piment.
Beaucoup plus tard quand elle a grandi, elle a épousé un beau et grand gars.
Comme je ne la connaissais pas de près, je me suis dit que dans la vie, ces choses là arrivent.
Content que tu aies connu mon frère Vivi. Tu as du voir aussi mes petites-filles dans son blog.
Bonne soirée et grosses bises.