Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
29 mars 2009 7 29 /03 /mars /2009 15:31

LE GRAND MENAGE DE PAQUE (inédit)

 Par Albert Siméoni

A cette époque pas si lointaine, le grand ménage de Pâque prenait des allures d’ Aâdeb fi Mesrayem. Douleur et souffrance des juifs au pays de Canaan.

Trois mois avant les agapes pascales, maman mettait tout en œuvre pour que NOTRE PETITE MAISON A  ‘ LA PRAIRIE’ de la Goulette soit nikel.

Sa maman Meiha z’al impotente, maman  ne disposait d’aucune aide pour ce grand chambardement.

D’abord, elle commençait par  les matelas des  chambres. Trois mois à l’avance.

Le matelas conjugal, puis les autres. 5 En tout.

 Il fallait qu’ils soient dévidés de leur laine. L’opération se faisait en terrasse.

 La concierge qui logeait dans une chambre dans cette espace aéré avait pour charge de laver et shampouiner  à grande eau cette laine  qui sentait les pets de toutes natures de toute une année,  dans une grande BILA. Ensuite, elle étendait des lambeaux de laine,  sur les SRITATS (Cordes à linges) pour que ceux-ci s’égouttent et sèchent sous le vent et le soleil.

 Ce séchage pouvait durer une semaine avant que la laine soit bien sèche.

 Cette  opération terminée, elle avait pour tache ensuite la Fatma de rassembler ces dizaines de pendus bien propres et secs dans un grand couvre lit  IZAR.  Celui ci prenait l’aspect d’un grand sac qu’elle trainait dans notre buanderie.

 Maman faisait appelle par la suite à une matelassière connue pour son sérieux et son habilité dans le capitonnage des matelas.

 Maman Mtira z’al, une fois sur place, ressortait ce grand sac de  laine pour recomposer les matelas.

Elle utilisait ce qu’on appelle UN MAKHYET (une longue aiguille) à coudre.

Du fil de lin était utilisé bien sur pour recoudre la nouvelle grande enveloppe en étoffe imprimée achetée selon le gout de la maitresse de maison.

Commençait alors la tache la plus ardue. Celle qui  consistait à rembourrer ce contenant. A mesure qu’elle enfournait sa laine dans celui çi, elle cousait les bords en leur donnant un rebord  rond. Un liseron assez épais.

 Le capitonnage de ses bordures se faisait avec soin et surtout avec habileté car il lui fallait tenir le matelas dans la position verticale afin qu’elle puisse faire traverser, à intervalles réguliers,  sa longue et fine tige d’acier, de part en part.

Elle terminait ses extrémités par un point de couture. Soit par  un bouton  et soit par un petit carré de tissu volé sur la même étoffe.

Ensuite, à mesure qu’elle avançait dans sa tache, elle égalisait cette surface qui prenait du volume, en donnant des coups à plats avec sa paume sur les parties finies et ainsi de suite jusqu’à la finition.

Ce travail pouvait lui prendre une journée entière pour un matelas.

Pendant que les matelas se confectionnaient, il incombait à  mon oncle  le rôle de faire griller les bords et recoins des sommiers en fer, dans le seul  but de  tuer les œufs de punaises qui, comme on le sait, donnaient naissances à  des colonies de  punaises durant les fortes chaleurs de l’été goulettois.

J’assistais souvent à cette manœuvre tout en étant agenouillé à bonne distance de ce brasier fumant.

L’odeur de l’alcool brulé titillait mes narines et parfois, je voyais quelques punaises nées avant terme,  fuir cette mise à mort. Mon oncle Jo peignait par la suite ces sommiers avec une peinture gris argentée. A séchage rapide.

Nos lits ainsi remis à neuf redescendaient dans nos chambres prêtes à accueillir nos nouveaux matelas bien frais et surtout biens propres. Enfin débarrassés de cette humidité stagnante durant tout l’hiver.

Après les matelas, les lits, voilà que les badigeonneurs vont prendre le relais, repeindre les murs.

Maman avait le choix d’entre ses quatre fainéants, buveurs et presque ivres au premier acompte, peu sérieux, qui dés les premiers coups de pinceaux, se défilaient pour des plafonds meilleurs.

C’était maman qui en fin de compte terminait les finitions.

La bdiqa (la recherche du hametz) contrairement à la tradition juive, ne se faisait pas chez nous à  la lumière d’une bougie par mon père car mon généreux de père DAVID z’al préférait chercher la divine bouteille de BOUKHA que maman cachait à son insu.

 HAG  SAMEAH :  BONNE FETE !

Partager cet article

Repost 0
Published by Camus - dans littérature
commenter cet article

commentaires

Camus 30/03/2009 15:56

Ô ménage, ô désordre ! Nos mamans aimaient refaire la teinture, re-matelasser que çà me laissais, priant assez ! Comme j'aurais voulu être loin, ces jours là. Et comme je les languis ces jours passés.

Vivi el diavolo 30/03/2009 09:48

Les chanceux avaient des matelas de laine (de moutons) et les moins des matelas de crins.
Je vois que selon la description d'Albert je le trouve si spécialiste dans le domaine de matelassiers que j'aurais vite fais appel a lui si il possédait encore son MAKHIET

albert 29/03/2009 21:17

Par ce désordre, qui régnait dans nos chambres, maman nous préparait ce qu'on appelait des KARMOUDAT, des modestes croutons vidés de leur mie mais gavés de boulettes et autres ragouts ruisselants de sauce que nous allions gouter sur le palier. Dos contre le mus.
Parfois j'allais à la terrasse pour finir ma collation.