Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
1 avril 2009 3 01 /04 /avril /2009 10:21
Rahem
Par Albert Siméoni

‘...Il est là... ! Maman.... !’

Le dîner terminé, il rentre dans sa chambre.
Ferme la porte à clé. Le voilà enfin seul avec son futur correspondant.
Annie lui a même rattaché un petit paragraphe sur son histoire.
Un résumé en dix lignes. Il apprend que son papa Félix était tailleur, à la rue
Des Rosiers. Pas loin du futur Mémorial.  Sa maman était couturière à domicile, très connue dans le quartier. Il apprendra qu’il avait trois frères, Joseph, Nathan, Raoul et deux sœurs, Mathilde et Inès, tous déportés.
Le papa sur  son lieu de travail. En premier.
Le reste  au premier jour de Pâques de l’année 1943.
Ainsi que tous les  voisins juifs de l’immeuble. La rafle les avait  surpris.

La famille Halévy sera  parquée dans un premier temps dans grand hangar à Bobigny durant  trois jours puis  direction  de Drancy, les rails de la déportation, de l’enfer  et de la mort au bout du trajet. Le papa les avait devançait sans qu’il les ait vus pour la dernière fois. Le reste  embarqua dans les wagons de la mort, le 1 août   1943. Tout cela était consigné dans les livres de la gestapo qu’elle tenait avec une minutie remarquable. Une  comptabilité funeste  dans laquelle apparaissait des dates de naissance, le jour et l’heure de la rafle, la montée dans les trains de la mort, le numéro du convoi, cela pour le coté français.
En Allemagne, la réception de la ‘marchandise’ était aussi consignée avec une précision de métronome ; les dates des arrivées émargées, le nom du camp, les numéros des baraquements des futurs incinérés, leur fonction dans le ‘arbeït’ et  le jour du grand départ, avec un soin méticuleux digne des meilleurs horlogers suisses.

Le 8 septembre 1943,  toute la famille Halévy n’existait plus. Partie en fumée.

Il n’en reste aujourd’hui que des noms et prénoms alignés, rassemblés et gravés dans la même pierre en granit du Mémorial de la SHOA, se superposant, les uns au dessous des autres.  
Ils seront tous cités alphabétiquement  le jour de YOM A SHOA à Paris, le jour anniversaire. 78 000 noms et prénoms de  personnes juives tout age confondu.

En attendant le Machiah, le Messie.

Jonathan éteint la grande lumière mais laisse sa petite veilleuse de chevet allumée.
La lueur de la lampe illumine le visage du disparu.  Le portrait de  Chlomo semble s’animer. Jonathan pense qu’il lui sourit.

‘...Bonjour... ! Chlomo.... ! Tu vois... ! Hier matin, je ne te connaissais pas... ! Et puis ce soir, tu es là, devant moi... ! Par quel miracle... ? Et dire que je croyais t’avoir inventé alors que tu as existé... ! Je n’ai rien imaginé à ce que je vois, mais non, rien de rien, pas même inspiré... !  Tu es là oui bien là, mais mort... !  Tu sais, c’est bizarre, j’ai comme le sentiment de t’avoir connu... ! J’ai une grande sœur aussi et une petite amie... ! Tu sais quoi, demain, j’irais voir l’endroit où tu habitais... ! Je veux m’imprégner de ton histoire... ! De tes jeux qui ne ressemblaient sûrement pas à nos jeux et puis nos jeux tu sais quoi, des consoles, des vidéos. Enferme entre quatre murs à gigoter dans  tous les sens. A se contorsionner lors d’un rallye virtuel... ! Tu vois un peu le style de jeu... ! Alors que les tiens étaient à l’air libre, les nôtres sont casaniers... ! Ecoute,  je dois faire un petit exposé et je dois le faire avec sérieux afin de ne pas récolter des reproches. Je redoute que ma maîtresse me dise ‘....Jonathan tu es passé à coté du sujet... ! Cela je ne le veux pas, je dois m’impliquer et m’appliquer... ! Tu veux bien m’aider... ? ‘





Ainsi dialoguait Jonathan.

Au bout d’une demi heure de ce monologue virtuel, Jonathan se lève une dernière fois et va embrasser de ses mains  le carré blanc  lumineux avant de se coucher. Il laisse l’écran en veille.

Il s’endort. Laissant son ‘ami’ sous la clarté de sa veilleuse.

RAHEM.

A suivre

Partager cet article

Repost 0
Published by Camus - dans littérature
commenter cet article

commentaires

morgane 01/04/2009 12:30

Bon j'attends la suite avec impatience!!
J'ai eu l'occasion de visiter un ancien camps de déportation, j'ai faillit me trouver mal dans ces lieux emplits des âmes si sauvagement arraché à la vie et pourquoi, un malade qui voulait régner sur le monde.... Et tu vois ce qui m'a le plus écoeuré lors de cette visite, c'est que l'on expose des cheveux des chaussures, des vêtements d'homme d'enfant de femmes, les derniers à mourrir dans les chambres à gaz, mais en plus tout cela sous verre, car des gens qui viennent visiter volés ces restes et ça tu vois ça me dépasse comment oser faire une telle chose???? moi je pleuré comme une madeleine devant tant d'horreur, c'est comme si j'enttendais les cris, ressentais le mal fait, et d'autres viennent piquer des souvenirs pareils enfin je suis entrain de te faire un roman, mais quand je suis lassée de tant de connerie, je ne sais plus m'arrêter.
Merci Camus pour ces pages d'histoire
bisouillous mon ami