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1 avril 2009 3 01 /04 /avril /2009 13:15


 "Vas à Ninive la grande ville..."

Par le Dr Reuven (Roger) Cohen



Le drame de Jonas raconté dans la Bible est chanté par un groupe musical de l'armée. Toute une chanson consacrée à un Prophète, n'est pas chose commune dans ce genre de groupe musical ! Il n'y a que  Moïse qui ait reçu cet honneur de la part de ces jeunes soldats.

Pourquoi donc cet intérêt pour Jonas ?

 

Tout d'abord, parce que parmi tous les Prophètes que nous connaissons, s'il en est un de particulier et d'original dans sa conduite, c'est bien le Prophète Jonas. Le drame qui se joue devant nous passe rapidement du "tragique", dont est chargé en général le texte biblique, à un humour où l'esprit se mesure à l'audace, que seuls des jeunes sont à même d'apprécier.

J'ai dit "esprit" et "audace", car c'est là une des lectures, qui est à même de nous fournir une des explications de cet attrait que Jonas exerce sur nous. Car cette vitalité dans la révolte, que manifeste Jonas, ne peut que nous faire sourire et nous pousser à l'admirer. Cette dimension est sous jacente aux différentes péripéties du drame. Comme si Dieu n'avait que faire que de jouer avec Jonas au chat et à la souris.

Il semble nécessaire, avant de commencer la lecture du récit et de le commenter, de nous demander si Jonas, qui refuse impudemment - et comme aucun autre Prophète ne l'aurait fait - l'ordre que son Dieu lui donne, mérite le titre de  Prophète ?

Si nous nous appuyons sur la sémantique, cela ne fait pas de doute. Dieu s'adresse à lui comme à un Prophète et lui dit clairement : "Lève-toi ! Va à Ninive, la grande ville, et prophétise contre elle". Mais si nous analysons  la réaction de Jonas, nous ne pouvons que constater que celle-ci est loin de caractériser celle d'un Prophète et qu'elle crée une atmosphère qui fait que le texte participe de ce qu'en dramaturgie on nomme une tragi-comédie, pour ne pas dire un"divertissement". 

Comment et pourquoi Jonas se permet-il de dire "Non" au Tout puissant, en qui il croit d'une manière absolue ?

Si nous lisons le texte en surface, sans l'approfondir, nous sommes là face un paradoxe étrange, sinon bizarre. Mais si nous le décryptons strate après strate, en le commentant, sa dimension paradoxale disparaît.

C'est ce que je m'apprête à faire dans les lignes qui suivent.

 

A la première lecture, la conduite de Jonas nous parait inacceptable pour un Prophète. Son caractère maussade et sa gestuelle se résument à refuser cet ordre qui ne lui convient pas, puis, suite à la punition que Dieu lui inflige, à l'accepter et à porter aux habitants de Ninive la "mauvaise nouvelle" (à l'opposé de la "Bonne Nouvelle", que porte en général dans la Chrétienté le Prophète aux populations).

Mais les choses sont plus complexes que cela. Les différentes strates qui les composent et qui se cachent sous la première lecture nous enseignent, que nous avons là un personnage tourmenté par sa foi absolue, un croyant à la conduite structurée que nous révèle, petit à petit, une autre lecture, commentée celle-ci, du texte biblique. En ce sens, depuis qu'il est permis au Judaïsme de réfléchir, mon commentaire s'inscrit au même titre que les autres commentaires de la pensée libre dans la longue liste consacrée au Prophète Jonas.

 

Il me semble qu'il faut comprendre ce récit sur ce personnage biblique selon deux axes qui peuvent, en fait, n'en faire qu'un, tant ils sont proches l'un de l'autre, mais qu'il convient de distinguer afin de "reconnaître" le récit biblique explicite du récit sous jacent implicite qui évoque Jonas.

Le premier axe, est cet axe que nous pouvons définir comme proche de celui qu'Albert Camus a forgé dans "Le Mythe de Sisyphe". Jonas ne renoncera pas à ses convictions et sera donc condamné à reprendre le drame à partir du début, chaque fois que Dieu lui donnera ce genre d'ordre.  

Le second axe, est celui qui nous permet de comprendre le personnage de Jonas. Cette compréhension est proche de celle par laquelle nous comprenons "Les Menines" de Velasquez. "Une mise en abyme" qui n'en finit pas. Le drame que vit Jonas est inscrit implicitement dans le récit biblique. Si le drame que nous présente le récit explicite biblique, consiste dans l'obligation qui pèse sur Jonas de remplir contre son gré les ordres que lui donne Dieu, car c'est lui qui est pourvu de l'incommensurable sagesse et non Jonas, qui en tant qu'homme est "limité", le mini drame qui s'y joue et qui s'y répète à l'infini, comme un jeu de miroirs entre l'explicite et l'implicite, est le drame que vit, jusqu'au plus profond de son être, Jonas. Et cependant, ce mini drame que vit Jonas, ne pourrait-il pas être une allusion, une suggestion ténue, une explication cachée du drame qui anime le texte biblique et qui se déroule dans la conscience de Dieu ?

Je vois là l'essence profonde et authentique du récit.

A la fin du texte biblique, et malgré l'exhortation du Tout Puissant, nous n'avons qu'une suite possible à ce drame, c'est de revenir à ses débuts puisque sa déclinaison est incluse dans ses prémisses, et qu'elle s'explicitera à l'infini. Car tout recommencera, et cela inexorablement.      

 

Je pense que Jonas est plus qu'un révolté. C'est un révolutionnaire qui attend du Tout Puissant qu'il se conduise selon ses attributs et sa vérité, auxquels Jonas se livre tout entier.

Les révolutionnaires s'appuient, dans leur lutte, sur des codes bien arrêtés, que l'on ne peut transgresser sans trahir la Révolution et la faire échouer. Tout le long de l'Histoire, des milliers de révolutionnaires ont sacrifié leur vie pour la gloire de ces codes et au nom de la Révolution.

Pour revenir à notre texte Biblique, si Dieu déroge, c'est qu'il se trahit, chose que Jonas ne peut accepter. De là son refus. On ne peut le comparer à Honi A Mehaguel, qui menace Dieu de se laisser mourir dans le cercle qu'il a tracé sur le sol, si Le Tout Puissant ne fait pas pleuvoir sur la terre assoiffée par la sècheresse. Jonas ne menace pas L'éternel. Jonas n'attend de lui qu'une chose, c'est qu'il se conduise d'après les attributs de son entité. De ce point de vue, Jonas se conduit comme un révolutionnaire dont la conduite découle des attributs intrinsèques de la Révolution et du monde nouveau qu'elle promet de créer sur terre. Aussi refuse-t-il de collaborer avec ce qui n'est pas elle, et se livre corps et âme à sa réalisation. C'est en ce sens que son "non" est révolutionnaire. Il l'est, et philosophiquement (le "non" socratique), et pratiquement (la "démarche existentielle").

Il me semble que c'est cette dimension, dans cet espace, qui le rend sympathique et intéressant.      

Retournons donc à l'époque, non signalée, où son action se déroule, et au texte biblique qui va nous guider. Plus qu'un prophète, Jonas, en tant que révolutionnaire de cette époque, nous rappelle un "Fou de Dieu". Mais un Fou de Dieu particulier. A sa manière de se conduire, il pourrait remplir le rôle principal des héros voués à leur foi et à Dieu, tels que nous les présentent ces romans modernes qui encombrent aujourd'hui les étagères des librairies. La haute spiritualité de sa foi fait sa particularité. Elle le pousse à un comportement inattendu et bizarre, qui le différencie des autres prophètes.

Concluons donc qu'il est un prophète, mais un prophète pas comme les autres. C'est un prophète révolutionnaire. Dieu le sait bien. Dieu apprécie sa foi et sa conduite. Il comprend que le commentaire que Jonas fait de ses attributs et de leur défense, manifeste une grande intelligence et un profond attachement à lui. D'ailleurs, il se comporte avec lui comme avec un fils chéri qui rue dans les brancards.

 

Je trouve Jonas sympathique et audacieux, conséquent comme se doit de l'être un "Fou de Dieu", attachant dans son intolérance et dans son exigence de logique et de fidélité à son engagement. Sa foi est éthérée. Elle ne ressemble pas à celle des hommes qui entretiennent avec Dieu un dialogue basé sur un échange de sacrifices et de récompenses. Sa foi est absolue et ne voit en L'Eternel qu'une entité abstraite et unique. Aussi lui donne-t-elle la force de refuser d'exécuter son ordre, lorsque celui-ci met en péril, selon Jonas, sa parole (donc son honneur) en revenant sur sa menace vis-à-vis de Ninive, suite à sa trop grande miséricorde.

 

En effet, tout le long de ce drame, que la Bible nous raconte en trois courts chapitres (Michée, qui le suit, en est gratifié de sept), Jonas n'est mû que par un seul ressort : la "jalousie" qu'il porte à la parole de Dieu et, par conséquent, à son honneur. En fait, ce drame, ne porte pas sur Jonas, mais sur l'Eternel. Comme partout dans Le Livre, c'est lui qui en est le seul héros. Et ici aussi, Jonas n'est présent que pour l'illustrer. Jonas est plus jaloux de l'honneur de Dieu, que Dieu lui-même. En hébreu, "Kanaï" veut dire "jaloux". Ce terme est utilisé aussi pour désigner les "Zélotes". Un Zélote est un de ces "Fous de Dieu" qui n'hésitaient pas à combattre les armes à la main, pour que se réalise sur terre le Règne absolu de Dieu et de la Thora, sa Loi.

Mais Jonas n'est pas un violent. C'est un kanaï, un "jaloux" qui "veille", qui ne peut se résoudre à ce que l'honneur du Tout Puissant soit écorché. Sa méthode ne repose pas sur la violence. Elle est loin de celle de la secte des sicaires. Elle se résume tout simplement au "refus". C'est un "modeste". Mais un "modeste" fortement imbu du rôle qu'il s'est choisi de remplir pour la splendeur de Dieu. Son refus est passif. Cependant, nous savons que ce genre de "refus" est une arme redoutable qui a fait ses preuves, par exemple, en Inde, sous Gandhi, et en Union soviétique sous Staline et ses "descendants".

 

Or, ce refus se mesurant au Tout Puissant, nous sommes là en présence d'une autre dimension. Et ce drame que nous raconte la Bible sur Jonas, c'est justement dans  cette dimension qu'il se déroule.

 

Jonas refuse d'exécuter les ordres de l'Eternel car, à son avis, ceux-ci ne manqueront pas de porter atteinte à l'honneur de Dieu et à celui de sa Loi. Connaissant sa grande miséricorde, il sait à l'avance la façon dont Dieu se conduit dans ces situations : Dieu menace les "méchants", décide d'une punition exemplaire pour leur conduite immorale, se rétracte ensuite et leur pardonne devant leurs prières de pardon. Le danger passé, cette gente, sans foi ni loi, retourne à ses agissements immoraux, sans honte aucune, sans le moindre égard pour l'honneur de Dieu.

 

Pour Jonas, cette "tragicomédie" qu'anime Dieu Soi-même, n'est pas de son goût. Elle "écorche" son pouvoir et fait du tort à son honneur. Jonas voudrait que Dieu se conduise comme Le Prince de Machiavel. Qu'il se conduise en Tout Puissant sans pitié, afin que se réalisent sa Loi et son règne sur terre.

Comment les pécheurs respecteront-ils sa Parole et sa Loi, s'il se rétracte toutes les fois qu'ils "font repentance" ? En un mot : "C'est pas sérieux !"

Aussi, quand Dieu lui dit: "Lève-toi ! Va à Ninive, la grande ville, et prophétise contre elle : car leur iniquité est arrivée jusqu'à moi", Jonas, qui connaît à l'avance le scénario, "Se leva pour fuir à Tharsis, hors de la présence de l'Eternel".

"Scellé "à sa foi et à la magnificence de l'honneur de Dieu, il refuse d'être embarqué dans cette affaire et s'embarque pour Tharsis "hors de la présence de l'Eternel". Son amour pour le Tout Puissant est plus grand encore que la crainte que celui-ci pourrait lui inspirer. Cet amour inconditionnel lui brouille l'esprit à tel point, qu'il se met à croire un instant, et pour justifier sa fuite, qu'à Tharsis, il sera hors de sa portée.

Une fois sur le bateau, il est bien conscient qu'il se leurre. Il sait, qu'en fait, ni lui, ni qui que ce soit ne peut se considérer "loin de la présence de 

L'Eternel". Celui-ci se rappelle de suite à lui et "suscita un vent violent sur la mer […] le vaisseau pensa se briser". 

 

Sur l'auteur :

Dr Reuven (Roger) Cohen vit au Kibboutz Sdot Yam.
Il est né à Sfax (Tunisie) et a étudié au Lycée Carnot, à l’Institut des hautes Etudes de Tunis et ensuite à l’Université de Toulouse.

Il a une Maîtrise d'histoire et un doctorat de philosophie obtenu à l'Université de Tel Aviv. Roger Cohen est aussi mon ami d"adolescence.

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commentaires

clovis simard 22/02/2011 20:30



Bonjour,


Vous êtes cordialement invité à visiter mon blog.
      
Description : Mon Blog(fermaton.over-blog.com), présente le développement mathématique de la conscience humaine.


La Page No-15: TÉLÉPORTATION !


LES DISCIPLES D'EMMAÜS À LA TABLE QUANTIQUE ?


Cordialement


Clovis Simard



Camus 23/02/2011 18:18



Bionne soirée Clovis,


Je vais jeter un coup d'oeil à la page 15.


Merci de ce passage ici.


Amicalement,


Camus