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8 mai 2013 3 08 /05 /mai /2013 09:41

leaders.com.tn«Mais, enfermez-moi avec lui ! Vous savez bien que mon vœu le plus cher est de finir mes jours au côté de Bourguiba. Alors pourquoi m’en privez-vous?» Nous sommes en 1988 et Bourguiba est emprisonné à Monastir. Ce cri de cœur lancé en gémissement par Allala Laouiti, secrétaire particulier, puis conseiller spécial de Habib Bourguiba depuis près de 55 ans, ne trouvait guère d’écho auprès du nouveau régime.


Plus qu’un vœu, une dernière volonté d’un homme pourtant limogé en juillet 1985 par Bourguiba mais qui ne lui en a jamais tenu rigueur, lui restant toujours fidèle. Séparer Allala Laouiti de Bourguiba et l’en éloigner accélérait la course effrénée à la succession où les cabales s’entrecroisaient. Pour ceux qui connaissent bien Bourguiba, ils ont perçu ce limogeage comme un acte républicain de sacrifier les siens pour laisser le Premier ministre exercer à son aise. A son plus ancien et plus proche collaborateur, il n’avait pas confié un portefeuille ministériel après l’Indépendance, le gardant toujours dans ses mêmes fonctions et n’hésitant pas à le faire partir, montrant ainsi l’exemple. La stratégie était de faire le vide autour de Bourguiba, le privant ainsi de son épouse Wassila, de son unique fils, Habib, et de son plus fidèle compagnon, Allala. Chacun dans la course y voyait son grand intérêt. La voie était alors libre à Ben Ali pour réussir son coup d’Etat médical du 7 novembre 1987.

Allala Laouiti, né le 8 mai 1913, aurait eu 100 ans ce mois-ci. Décédé le 27 février 1993, il a emporté avec lui beaucoup de secrets et  d’amertume non pas sur son sort et ce qui lui était arrivé, mais surtout sur le traitement réservé à Bourguiba.

Grâce à ses enfants, Leaders a pu reconstituer les principales étapes de son parcours. Son histoire reste à écrire. Moufida Bourguiba, qui l’avait accueilli alors qu’il n’avait pas encore 18 ans, le considérait comme son propre fils. Durant les années de lutte, d’emprisonnement et d’exil de Bourguiba, il lui sera d’un précieux soutien et d’un infaillible dévouement. Une loyauté qui ne lui fera jamais défaut jusqu’au bout. Les militants destouriens sont toujours passés par lui pour transmettre à Bourguiba leurs messages, leurs doléances et leur soutien. Bourguiba, qui n’avait aucun rapport avec l’argent, lui confiait tout et se déchargeait sur lui pour toutes les affaires courantes. Il savait qu’il ne le trahirait jamais et il savait qu’il resterait toujours auprès de Moufida et Habib Jr.

 

http://www.leaders.com.tn/uploads/FCK_files/image/Allala-Laouiti-6.jpgLimogeage innatendu : Après l’indépendance, nommé chef du secrétariat particulier du président de la République, Allala Laouiti continuera à remplir la même mission avec la même ferveur, intégrité et loyauté. Courtisé par les uns, craint par les autres, voire  haï par certains, il était resté égal à lui-même : fidèle à son pays et à  Bourguiba. Allala Laouiti était l’un des très rares à ne rien cacher au Président, quitte à lui dire la vérité la plus  amère. Avait-il pris pour autant la grosse tête, profité du système pour imposer les siens et se remplir les poches? Son influence était grande, son intégrité aussi. Si on lui reconnaissait quelques faveurs accordées aux autres, par fidélité à de vieux militants, ou en récompense à des services rendus, il était resté toujours dans le respect des lois et la préservation des deniers publics, s’interdisant tout népotisme, enrichissement personnel ou passe-droit. Il avait fait de son honnêteté et de son intégrité une hygiène de vie.

A la fin de sa visite à Tunis en novembre 1975, le président Valéry Giscard d’Estaing n’avait pas hésité à s’adresser à Allala Laouiti en ces termes : «Je suis jaloux du président Bourguiba d’avoir un homme aussi fidèle à ses côtés»


Son limogeage du palais de Carthage devenait pour les candidats pressés à la succession un objectif stratégique nécessaire à l’accomplissement de leur ambition. Ceux qui sont parvenus, les premiers, à le faire partir n’hériteront pas des clefs de Carthage. Ni Mohamed Mzali, ni Mansour Sekhiri, ni les autres : Ben Ali leur rafla la mise avec la complicité de la très manipulée Saïda Sassi, et nous connaissons la suite. Pourtant, Habib Bourguiba Jr et Wassila Bourguiba essayèrent en vain de persuader Laouiti de rester au palais . Il n’en tiendra pas compte et quittera le palais de Skanes le soir même. Il concevait son limogeage comme l’ordre reçu de son chef de rendre les armes, se confia-t-il plus tard à l’un de ses fils. Allala Laouiti restera toujours fidèle à Bourguiba malgrès son limogeage.

 

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Horizon

 


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