Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
3 novembre 2009 2 03 /11 /novembre /2009 23:02


Chlomo et Itzhak

Pendant la semaine de deuil, la Chivâa *, on parle sans arrêt du papy très actif et très généreux. Voici une anecdote racontée par Aharon, son proche par alliance.

Un bruit incongru vient du côté de la mariée

Bouna Méir, surnommé - à cause de sa profession : - El G'ridi : le colporteur en langue judéo-arabe. Son travail, consistant de voyager à dos d'âne, de village en village, de hameau en hameau, proposant sa marchandise achetée dans les villes : des casseroles des marmites, des bougies, des allumettes et un tas d'objets et d'ustensiles nécessaires dans chaque foyer. Il achète dans les villages des produits demandée à Sfax. L'aïeul était très apprécié pour son efficacité et sa bonne humeur. Nombreux le nomment : Jédi Meir *. Invité à une noce, dans un trou perdu pas loin de Ben Garden (sur la frontière de Lybie), il y arrive bien habillé, son âne tout pomponné et de rubans rouges le décorant. Or voilà qu'au cours de la réception, un bruit incongru éclate du côté de la jeune mariée, de blanc habillée et couronnée de fleurs d'oranger. Les convives sont ébahis, des murmures de réprobation sont chuchotés, et du coin de la famille du mari, c'est la contrariété totale. On s'attend à beaucoup plus de politesse de la part d'une harroussa*. Des menaces fusent dans l'air, des éclairs s'allument dans les yeux et on s'attend au pire. C'est alors que le Grand Père sauve la situation :

-- Je m'excuse Mesdames et Messieurs, Siedi ou Sadati. Il se courbe dans une grande révérence, plein de charme. Il étale un grand sourire, et demande une seconde fois pardon. Vous voyez, je suis désolé de ma conduite impolie. Ce pet m'a échappé.

-- Mais le pet venait du côté de la mariée, fait remarquer l'un des convives.
-- Vous vous trompez Sidi, cela venait de moi. Zret li, dit-il, il a échappé seul. C'est par étourderie. Ainsi Bouna Méïr tire la haroussa d'un mauvais pas. On lui fut gré de sa bienveillance, de la part de la mariée, et on le couvre de présents. Mais son meilleur cadeau fut la bonne action, qu'il a eu l'occasion de faire, ce qui le remplit de joie. Mais il a droit au pseudonyme pas sympa : El zarat : le péteur. Avant de prendre congé de la jeune épouse, il l'a bénie en ces termes :


Yarra khadamek men hzamek
barroudek men tramek
Ouzg'arak fi hjamek.

Ou en Français :
Ton avenir ma chère
Est dans ton sein de mère
Et de ton pont arrière,
Eclatera le tonnerre.

Ce qui veut dire en somme, que l'avenir de la maman est dans les enfants qu'elle enfantera, les pets n'étant qu'une manifestation normale et saine.

Une autre anecdote est racontée par Rebecca sa parente, cette dois concernant la défunte Sméha décédée quatre ans plus tôt en 1932.

La guérisseuse.
Rebecca raconte :


"Mamie Sméha ayant le don de soigner les foulures et les entorses, tient à transmettre son savoir à sa petite fille portant le même nom, Miha la fille de Chlomo. Elle le fait deux mois après sa mort." Un frisson parcourt l'assemblée. Des petits cris sont poussés par les dames. Rebecca continue de sa voix nonchalante, trainant l'histoire à dessein.

"Elle apparaît donc, une nuit noire sans lune… " "Wow ! s'écrient les jeune filles. Maman ! "


"Mamie Sméha fait son apparition à minuit sonnant, dans le rêve de Miha. Son visage est entouré d'une aura. Elle est belle, comme une sainte. Elle secoue légèrement sa petite-fille :

-- Miha ! Réveille-toi ! J'ai un message à te transmettre, je le tiens de ma grand-mère et je te l'attribue.

-- Mamie, comme je t'ai languie !

-- Ecoute-moi bien mon amour. Je te passe la main. Je vais exercer sur tes membres des modes de soins pour les luxations, déboîtements, fêlures et autres bobos.
- Vas-y chère Mamie, je t'écoute. Je meurs d'envie d'apprendre.
- Tu meurs d'envie, mais moi je ne meure pas, je suis morte tu le sais. Laisse-moi t'expliquer avant que ton réveil ne nous sépare.
Ensuite Mamie Sméha enseigne à la jeune-fille, tous les secrets de son art. Les exercices, exemples, explications, éclaircissements sont réalisés avec une patience inouïe, longuement et en détails. Miha prend la main et s'exerce. Tant et si bien, qu'avant l'aube, Sméha la bénie de la paume de sa main et lui
dit :


-- Ma toute petite, tu es sacrée guérisseuse. Et elle disparait. Miha se réveille souriante, mais ne dit mot de son rêve".

Un frémissement parcourt les personnes présentes. Rebecca conclue :
" Sméha est venue me trouver la même nuit dans mon rêve et elle'a expressément réclamé de recommander à Miha de se taire durant quatre ans, ou à la mort de Bouna Meïr. Bouna Meïr est parti et quatre ans sont passés".

-- Miha tu es guérisseuse ? demande une dame de ses voisines, Thérèse.

-- Oui, je pense bien que oui, je sais toutes les dérobées de cette pratique. Si tu sautes du haut de la terrasse et que tu te foules la cheville, sois certaine que je te donnerai les meilleurs soins.

Notes :
La Chivâa   : les sept jours de deuil
L'haroussa : la jeune mariée
Jédi Méir    : Mon grand-papa Méir

Lire la suite

Partager cet article

Repost 0
Published by Camus - dans nouvelles
commenter cet article

commentaires