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17 mars 2010 3 17 /03 /mars /2010 18:59

http://plus.lefigaro.fr/sites/default/files/imagecache/Apercu/RAFLE_0.JPG


Source : Le Figaro.frhttp://www.lefigaro.fr/images/prenium/logo.gif



«Est-ce qu’on sera grands, un jour ?»


Si l’un de nos élèves demande ça à mon collègue professeur d’histoire, il n’aura pas de mal à lui répondre. Outre le prion, la grippe du porcinet et le réchauffement climatique, à priori, nos chères têtes blondes devraient tranquillement passer leur brevet, leur bac, éventuellement obtenir même une licence ou un master. Et puis ils vont boire, fumer, conduire, aimer, trahir, mentir, voler, berner, promettre, permettre, procréer, survivre, pleurer, sourire, servir, voyager, s’engager…Vivre, enfin.


Mais lorsque Simon Zygler, l’ami du héros dans le film «La Rafle», demande cela, il sait déjà, au fond de lui, que c’est bien mal parti pour lui et son frère, le bouleversant petit «Nono». Le film réalisé par Roselyne Bosch est sorti le 10 mars 2010. L'histoire est basée sur des évènements historiques. Plus de 13 000 personnes fichées comme juives, dont 4051 enfants, seront victimes de la rafle du Vel d’Hiv’.


«Le documentaire «Nuit et Brouillard» c’est du réel»

Malgré l’émotion du film, mes confrères, professeurs d’Histoire ne semblent pas emballés par «La Rafle». Beaucoup ne souhaitent pas emmener leurs élèves voir ce film prétextant d’une part le manque de crédibilité historique et d’autre part un traitement «lacrymal» de l’histoire. C’est du moins l’explication de mes collègues lorsque je leurs demande pourquoi «La Rafle» n’aurait pas un pouvoir éducatif.

À la place on m’explique que qu’on préfère aller voir avec eux «Nuit et Brouillard», car c’est «du réel», même si c'est dur pour des collégiens.


 «Ce film sent le réchauffé»

D’autres professeurs à qui j’ai posé la même question, ont fait la moue, m’expliquant que l’on traite déjà cette période dans les tous premiers moments du programme, me laissant entendre que ce film sentait le réchauffé.

Étrange, car la critique est unanime au sujet du traitement de l’Histoire. Même Joseph Weissmann, authentique survivant dont le récit est à l’origine de «La Rafle», explique que puisque «tout est dit » dans ce film, il pourra arrêter de témoigner.  

Alors chers collègues, prétendrez-vous encore que la Shoah, c’est has been ? Hors programme ? Dépassé ?


«Y en a marre de la Shoah, des camps et du chignon de Simone Weil»

La frilosité des professeurs quant à cette partie de l’Histoire n’est pas une chose nouvelle. En réponse, certains de mes amis et collègues osent me dire, malgré ce qu’ils savent de ma judéophilie de professeur d’allemand spécialisée dans la poésie de la Shoah, «Ne crois-tu pas qu’il faudrait aussi parler du Rwanda ?» Et d’ajouter, «Y en a marre de la Shoah, et des camps et du chignon de Simone Weil.»


«Devons-nous systématiquement se ranger derrière les ordres de l’Éducation Nationale ?»

Mes chers collègues professeurs d’Histoire, vous qui êtes les véritables spécialistes de la question, contrairement à moi qui ne suis qu’une linguiste dotée d’une sensibilité littéraire, ne pensez-vous pas nos élèves doivent voir ce film là, dont les héros sont des enfants, justement ? Devons-nous vraiment attendre que l’Éducation Nationale nous ordonne de nous ranger systématiquement face à l’étude un peu pointue de ce moment de l’Histoire ?

Vous râleriez encore, de toutes façons, tout comme vous avez râlé lorsque l’on vous a demandé de lire la lettre de ce cher Guy Môquet… Vous refusez de parler de la France qui résiste, d’accord. Mais parlez au moins de la France qui a collaboré !


 «La proximité de «La Rafle» est mille fois plus efficace»

Ce n’est qu’un film, cette «rafle» là. Oui, juste un film. Mais ne croyez-vous pas que la proximité lacrymale, émotionnelle, que ressentiront nos élèves devant ces images bouleversantes sera mille fois plus efficace que la projection de longues heures du film de Lanzmann ou de «Nuit et Brouillard» ?

Combien de fois ai-je entendu en classe des ricanements sordides et insupportablement dérangeants, comme : «Hé, mate la meuf, elle est à poil», en projetant des images de charniers à des élèves ?


«L’Histoire n’est rien pour les jeunes élèves»

L’Histoire n’est rien, pour la plupart des jeunes élèves. Une période ancestrale, celle d’avant les ordis, d’avant les portables, une période tellement, tellement lointaine, qu'elle semble ne plus les toucher. Alors forcément, on regarde «Nuit et brouillard» dans quelques collèges de banlieue et puis à la sortie on recommence à traiter son pote de «sale youpin», parce que la connexion aux réalités d’aujourd’hui ne s’est pas faite, parce que nos enfants ne sont pas, hélas, conscients de ces faits historiques.

Un film comme «La Rafle», en construisant un univers de camaraderie et en insistant sur le courage de celui qui a su s’échapper pour témoigner, peut, j’en suis absolument certaine, déclencher chez nos élèves un processus de réflexion bien plus important, bien plus solide.

Alors oui, il y a la grippe H1N1, la fin de la trêve hivernale qui commence ce lundi 15 mars et des élections régionales en cours. Mais ne fermons pas les yeux sur ce qui a été une période noire. Vous avez emmené nos élèves voir «Germinal» et puis «Indigènes», ne les privez pas de «La Rafle».


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Published by Camus - dans Opinions
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commentaires

martine milazzo 18/03/2010 07:30


j'irai voir le film lundi soir à mon retour de Paris. Guy l'a vu et il le trouve ttrès interressant, très instructif et éducatif. Nous devons apprendre à nos enfants ce qui s'est passé, nous devons
leur raconter la shoa et tout le reste.
Lorsque nous sommes allées en Israël avec Sophie j'ai mis un point d'honneur à lui faire visiter YAD VASHEM mémorial qui "préserve l'histoire de la shoa pour en assurer sa transmission aux
générations futures"
Alors un film comme la rafle que ce soit une histoire rabachée, larmoyante ou pas, est très utile à cette transmission de l'histoire.


Camus 18/03/2010 08:49


Comme tu as raison Martine !
Nous devons enseigner La Shoa à nos enfants, pour ne pas
oublier, pour que çà ne se répète pas.
Afin que nos enfants transmettent les faits aux
générations à venir.
Oui tu as raison Martine.
Bisous à vous deux.


Vivi Il Diavolo 17/03/2010 22:49


Très intéressant comme film, j'ai lu des bonnres critiques concernant ce film et beauoup de  louanges a Roslyne Bosch.
Bonne soirée
Vivi


Camus 17/03/2010 23:07


Intructif en plus, Les jeunes szvent si peu sur cette époque.
Très bonne soirée.
Camus