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24 janvier 2014 5 24 /01 /janvier /2014 09:44

La ville punique

Grâce aux fouilles, la ville punique, jusque-là mystérieuse, est réapparue, et son évolution est mieux connue. Malgré de grandes lacunes, les lignes générales de l'histoire de l'antique cité peuvent être esquissées. Surtout parce que la plus marquante, la dernière phase qui précède la destruction de 146 avant J.-C., a été mise au jour. Un quartier a été découvert, dégagé et restauré sur le flanc sud de l'acropole de Byrsa. Ce quartier, miraculeusement préservé, doit sa survivance aux énormes travaux entrepris par le constructeur romain : pour établir une immense plate-forme sur la colline, on a écrêté le sommet et comblé les versants sous d'énormes quantités de remblais maintenus à mi-pente par des murs de soutènement. Ce sont ces remblais qui ont enfoui et préservé les vestiges.


C'est un quartier d'habitation édifié à flanc de colline selon un plan régulier, suivant une orientation nord-est - sud-ouest ; chaque îlot rectangulaire (30 m x 15 m environ), entouré par de larges rues orthogonales, s'étage par paliers successifs suivant la pente et comprend plusieurs habitations de plan allongé comportant différentes variantes : donnant sur la façade, une grande salle longée d'un couloir d'accès conduit vers une courette centrale à ciel ouvert et débouche au fond sur un ensemble de petites pièces. Au sous-sol de chaque unité, une citerne très profonde était approvisionnée par les eaux de pluie provenant des terrasses. Le sol est pavé d'un tuileau de poterie concassée parsemé de petits cubes de marbre blanc. Les murs sont couverts d'un stuc blanc, parfois peint. Nul doute que cette architecture comportait plusieurs étages.

 

Ce lotissement a été daté de la fin du IIIe siècle – début du IIe siècle, c'est-à-dire de la seconde guerre punique. Après sa défaite à Zamaen 203, Hannibal, devenu suffète de sa patrie, aurait été le promoteur de cet ensemble qui révèle une organisation urbanistique et architecturale remarquable.
Ce quartier aura la vie courte, puisque, en 146 avant J.C., il sera détruit par les soldats de Scipion, puis enfoui sous les remblais des terrassements de la ville romaine. Ce sont les fouilles récentes menées par l'équipe française dans le cadre de la campagne internationale qui le remettront au jour.
Un autre secteur essentiel de Carthage a fait l'objet de travaux de fouilles et de recherches : ce sont les ports puniques. L'identification des anciens ports de Carthage avec les deux lagunes actuelles n'était pas assurée et certains la contestaient. L'équipe britannique a pu, - malgré l'état fangeux actuel des lagunes, les remaniements opérés à l'époque romaine et l'abandon ultérieur -, reconstituer l'état et l'aspect des prestigieux ports de Carthage et plus particulièrement le port militaire circulaire.

 

L'archéologie a confirmé la description qu'en avait faite Polybe, reprise par Appien : « Les ports de Carthage étaient disposés de telle sorte que les navires passaient de l'un dans l'autre ; de la mer, on pénétrait par une entrée large de 70 pieds [20,72 m] qui se fermait avec des chaînes de fer. Le premier port, réservé aux marchands, était pourvu d'amarres nombreuses et variées. Au milieu du port intérieur était une île. L'île et le port étaient bordés de grands quais. Tout le long de ces quais, il y avait des loges, faites pour contenir 220 vaisseaux, et, au-dessus des loges, des magasins pour les agrès. » On sait par les fouilles britanniques que cet état date de la dernière période de Carthage et qu'il ne peut être antérieur au IVe siècle avant J.-C.
Autre révélation des fouilles internationales : la découverte des niveaux et des vestiges du Ve siècle, c'est-à-dire de la période d'expansion de Carthage, sous les Magonides (fouilles allemandes). Sur la plaine littorale qui s'étend au pied de la colline de Byrsa, à l'abri d'une puissante muraille garnie de tours, fut construit alors un nouveau quartier d'habitation selon un plan régulier ; il était desservi par une voie de communication aboutissant à une porte maritime défendue par des bastions.

 

Au IIe siècle, certaines demeures furent agrandies aux dépens d'autres : ordonnées autour d'une cour à colonnade, les ailes de la maison comportaient désormais au moins deux niveaux. L'architecture en était soignée : stucs peints aux murs, sols en mosaïques ; puits et citernes assuraient l'approvisionnement en eau. L'incendie de 146 avant J.C. détruisit ce quartier. Lorsque les Romains reconstruisirent la ville, ils reprirent le même schéma d'orientation urbanistique. Un sondage stratigraphique profond opéré sur l'axe du Decumanus Maximus dans la plaine littorale, au pied de la colline de Byrsa, a permis d'obtenir une séquence chronologique des différentes occupations urbaines de la ville.
Au plus profond du sondage, à 8 mètres au-dessous du niveau actuel, on a distingué plusieurs couches de sol en terre battue, datées à partir de la première moitié du VIIIè siècle grâce à des fragments de céramique d'importation grecque, phénicienne, chypriote et ibérique, ainsi que de la céramique locale.

 

Au-dessous des couches archaïques était édifié un grand temple que l'on a pu identifier grâce aux éléments architecturaux retrouvés. Une grande quantité de sceaux sigillés qui fermaient les rouleaux de papyrus permet d'affirmer l'existence d'archives qui ont brûlé.
Le temple serait consacré à Baal Hamon Jeune, assimilé au dieu égyptien Horus Harpocrate, dans lequel les Romains reconnaissaient Apollon.
Après la destruction de la ville punique, une grande basilique civile aurait été élevée, et l'on sait par les textes anciens qu'un tel monument donnait sur le forum de la ville basse, qui aurait succédé à l'agora punique.
Un autre témoignage important de la Carthage punique est le « tophet* », sanctuaire de Tanit et de Baal Hamon. On sait par diverses sources antiques que les Carthaginois pratiquaient des sacrifices de jeunes enfants* en l'honneur de divinités tutélaires de la ville. C'est par hasard que ce lieu consacré a été découvert, en 1920, à proximité du port marchand. Plusieurs milliers de stèles votives surmontant des urnes qui contenaient les restes des sacrifiés ont été recueillies par les fouilleurs. Comme elles se sont superposées au cours du temps, on a pris l'habitude de les répartir en trois grandes périodes : la plus ancienne, au niveau le plus bas, allant de 715 à 600, puis la deuxième de 600 à 300, enfin la dernière de 350 à 146. C'est là qu'a été découvert le dépôt le plus ancien recueilli à Carthage : constitué de céramiques d'importation chypriote et orientale, il remonte à 725 avant J.-C. La découverte du tophet démontre la persistance des sacrifices humains durant toute l'époque punique, même si l'on y substitua parfois des animaux. La fouille menée par une équipe américaine dans un secteur du tophet a confirmé les observations faites auparavant.

 

Sur la pente méridionale de Byrsa, on a découvert une nécropole très ancienne remontant à la fin du VIIIè et au début du VIIè siècle. Ce sont les poteries importées constituant le mobilier funéraire qui permettent de dater les tombes : en particulier les « kotyles », gobelets à boire à paroi très fine et décorée, produits à Corinthe et diffusés sur le pourtour de la Méditerranée.
De fait, c'est paradoxalement par les nécropoles que la Carthage punique a survécu et a été redécouverte : dès la fin du XIXè siècle, les fouilles de Gauckler et surtout celles de Delattre ont révélé la multitude des tombes, caveaux et fosses étalés sur les versants des collines de Borj Jédid et de l'Odéon ainsi qu'à Byrsa. Ces tombeaux ont fourni une quantité innombrable d'objets hétéroclites ayant constitué le mobilier funéraire : en dehors des stèles et des sarcophages, ce sont des milliers de vases en terre cuite, de lampes, accompagnés d'amulettes, de bijoux parmi lesquels figurent des pièces d'importation que l'on peut dater. Les fouilles de Delattre, qui se sont étendues sur plusieurs années, ont rempli le musée de Carthage, sans que toutes les précautions scientifiques aient été prises. Le mérite d'Hélène Bénichou-Safar est d'avoir repris l'ensemble de la question et d'en avoir présenté une étude complète : la carte qu'elle a établie permet de se faire une idée de l'extension et de la chronologie de la ville des morts.

 

Sans être exhaustives, les fouilles et les recherches effectuées depuis 1973 ont beaucoup contribué à faire connaître l'histoire de Carthage : la mise au jour des vestiges architecturaux, l'accumulation des niveaux d'occupation ou de destruction qui se sont succédé sur le site permettent d'en ébaucher une histoire archéologique à partir de l'époque archaïque, même lorsque ces niveaux se ramènent à quelques horizons entassés ou à quelques indices de murs évanescents. Leur datation est d'un apport considérable. La pratique du terrain révèle aussi la fragilité de la construction punique constituée de grands blocs superposés encadrant des assises régulières de moellons, sans liant autre que la terre ou la glaise ; ces murs se délitent facilement une fois abandonnés. De même, l'analyse de certains documents jusque-là négligés a permis de saisir ou de percevoir des phénomènes économiques nouveaux : en particulier la céramique d'importation grecque dont la présence fréquente dans les endroits fouillés révèle des échanges commerciaux assez soutenus, même durant les périodes d'hostilités.

 

La capitale de l'Afrique proconsulaire

À l'époque romaine, Carthage est la capitale de l'Afrique proconsulaire. La nouvelle ville s'élève sur le même emplacement que la métropole punique, au-dessus des vestiges détruits un siècle auparavant. D'emblée, le pouvoir impérial la voudra majestueuse. Le plan cadastral ayant pour centre la colline de Byrsa en est la preuve : le croisement du Decumanus Maximus avec le Kardo Maximus détermine un réseau de rues et d'avenues secondaires enserrant des îlots rectangulaires couvrant l'ensemble de la cité. C'est à l'intérieur de ces insulae, ou îlots, que prendront place les monuments publics et privés. Seuls les noyaux en béton des structures ou des voûtes ont subsisté pour les grands monuments. Des maisons, ce sont en général les citernes indestructibles et les pavements de mosaïques inutilisables qui ont survécu. Des grands temples et de leurs annexes, de même que des basiliques immenses, rien apparemment n'a subsisté !

 

Leurs structures architecturales spécifiques ainsi que la qualité de leur matériau sont responsables de leur quasi-disparition : colonnes, corniches et charpentes de pierre, de marbre et de bois ont été bien évidemment exploitées et récupérées avec profit. Ainsi, l'emplacement du forum de Carthage est resté ignoré jusqu'aux fouilles récentes : le décor architectonique, les murs en grand appareil et les grosses dalles de pavement ont totalement disparu. On sait aujourd'hui que le cœur de la cité s'élevait au sommet de la colline de Byrsa : vaste programme de construction commencé sous Auguste, agrandi par Antonin le Pieux en 155-156 et achevé par Marc Aurèle, ce qui fit de cette réalisation l'une des plus grandioses de l'empire. Il suffit d'évoquer la grandeur de la basilique judiciaire, longue de 84 mètres, large de 44 mètres, qui fermait du côté est l'esplanade du forum (elle n'offre plus aujourd'hui qu'un vaste terre-plein dans le jardin du musée).

 

En bas, sur la côte, dans l'îlot situé au milieu du bassin du port circulaire, une autre place, circulaire, elle aussi entourée d'un double portique, l'un tourné à l'intérieur, l'autre tourné à l'extérieur sur les quais, était le centre portuaire. On date l'aménagement de cette place et des portiques, ainsi que le réaménagement du bassin, du règne de l'empereur Commode qui avait créé la Classis Commodiana en 186, confirmant ainsi le rôle éminent du port de Carthage.
Ce sont là les deux principaux apports de la Campagne internationale de fouilles de Carthage pour la période romaine. Une autre découverte a trait à la période tardive.

 

Les envahisseurs successifs

Cadastrée, Carthage fut pendant longtemps une ville ouverte à la fois sur la mer par son port et sur son arrière-pays par les nombreuses routes qui y convergeaient.
Ce n'est qu'au début du Vè siècle que, sentant venir le danger barbare, elle se prémunit contre l'arrivée des envahisseurs en construisant à la hâte une muraille précédée d'un fossé qui fait le tour de l'agglomération.
Cette enceinte n'empêchera pas l'entrée des Vandales et leur installation dans la ville. De même qu'elle n'empêchera pas leur expulsion un siècle plus tard lors de la reconquête byzantine, ni la prise de la ville par les Arabes et son démantèlement en 698. Une muraille vaut ce que valent les hommes qui la défendent : celle de Carthage a donc disparu, démantelée pièce par pièce par le pillage et l'exploitation de ses matériaux, mais les archéologues ont retrouvé certaines traces de ses fondations : H. Hurst dans un grand sondage au sud de Salambô, Carandini et Wells le long de l'escarpement qui limite le quartier de l'Odéon.

 

Après un bref essor, marqué par la volonté de Byzance de conforter sa province reconquise, Carthage ne tarde pas à entrer en décadence. Délaissée par le pouvoir central préoccupé par sa propre survie, abandonnée progressivement par sa population dont l'aristocratie émigre, Carthage, affaiblie et dépeuplée, va être prise en 698 par le conquérant arabe Hassan Ibn Nôoman qui l'abandonnera au profit de Tunis. Désormais, l'antique Carthage va servir de carrière pour la nouvelle capitale de cette province de l'empire arabo-musulman naissant.

 

Perspectives d'avenir

Le développement économique introduit par le protectorat français et l'accroissement démographique qui s'ensuivit avaient déclenché l'expansion urbaine. C'est alors que cette zone de Carthage, jusque-là périphérique, se rapprocha de la nouvelle capitale, Tunis, et entra dans sa zone d'attraction. Le cardinal Lavigerie avait pris possession de toutes les hauteurs du site pour y édifier des monuments et des centres religieux. Visionnaire, il avait projeté de refonder la nouvelle capitale catholique du récent protectorat à l'emplacement de l'antique métropole africaine, punique, romaine et chrétienne. L'érection d'une immense cathédrale ainsi que d'un grand séminaire au sommet de Byrsa, haut lieu et centre géométrique de la presqu'île, devait être le cœur de cette résurrection. L'histoire en décida autrement. La nouvelle ville de Tunis s'étant établie au voisinage de la médina, le site de Carthage fut épargné.

Mais la progression urbanistique constante de Tunis tout au long de ce siècle a fini par atteindre Carthage : elle n'est plus aujourd'hui qu'une des dix-neuf communes satellites d'une vaste banlieue et soumise à l'attraction et à la loi de Tunis. La confrontation entre la poussée urbaine et l'archéologie n'a donc pas été de tout repos. C'est au prix de nombreux faits accomplis et de dures concessions à la construction que l'on a pu constituer une zone archéologique non aedificandi : cette réserve doit constituer le futur parc archéologique de Carthage. Le site de Carthage figure depuis 1979 sur la liste du Patrimoine mondial établie par l'U.N.E.S.C.O. Après avoir fait l'objet d'une grande campagne internationale, il est désormais protégé de façon draconienne par la loi de classement nationale du 7 octobre 1985.

http://www.oystermouthparish.com/resource/A%20TASTE%20OF%20TUNIS-CARTHAGE%20AND%20ROME%20MAIN.jpgCarthage romaine

Selon :  http://www.harissa.com/news/article/histoire-de-carthage 

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