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24 mars 2014 1 24 /03 /mars /2014 11:07

Le casse-croûte tunisien, par Robert Blassin

 

http://www.harissa.com/news/sites/default/files/imagecache/400xY/cassecroute750_1.jpgLe Docteur Victor et moi, venons d’assister à une soirée post universitaire.

Le repas tardif offert à l’issue de cette soirée médicale s’éternisait en longueur.

Et que je t'apporte un médaillon de volaille froid à la sauce Gribiche…et trois pointes d'asperge perdues dans cette grande assiette.

Mon copain Victor m’apostrophe :

- « Echma klèmi » écoute mes paroles : ras-le-bol, on se fait un casse-croûte tunisien ?

- T'es pas cap, on se tire.

Vite, nous voici dehors, débarrassés de tout ce monde guindé se nourrissant de miettes de repas noyés dans un océan de conventions de cuisine « zââma *» nouvelle.

Hop ! en voiture, direction Belleville ! La 2cv reconnaît le chemin par cœur.

A préjuger des qualités du sandwich, inutile de dire que ce cinéma nous met des litres d’eau à la bouche : rien mangé depuis midi.

Garés sur le boulevard, nous fonçons vers le casse-croûteur.

- Tu prends un pain italien ou français ?

- Ecoute j'aime bien le français, mais, une fois rempli, il ramollit comme une éponge.

-  Va pour l’italien.

-  Gab, deux casse sans trop d’huile, thon de Sidi Daoud.

- C'est plus cher.

- On sait.

- Sur place ou à emporter ?

- Non, tout de suite, on s’installe.

Les mains habiles ont déjà saisi et entaillé le pain sur le côté. Le craquement de l’ouverture en confirme la fraîcheur. Il retire une partie de la mie. Maintenant, il tient d’une main le pain, exposé, apte à recevoir la succulente garniture.

- Harissa*?

- Bien sûr !

Gab est là devant son fonds de commerce. Tous ses ingrédients attendent dans les saladiers en verre. Il commence par étaler une couche de carottes écrasées. Puis précisément il organise l'installation à chaque place des acteurs du sandwich : patates, olives noires et vertes gorgées de jus, salade piquante d'artichauts cuits, « slata jiida* » citron beldi*, câpres, beaux poivrons rouges luisants, variantes, «torchi left* », et enfin...thon ; c’est fou ce que les tunes aiment le thon.

- Beaucoup de thon !

- T'inquiète, j’y mets toute la boite !

Un filet d'huile, une cuillère d’harissa et le tour est joué.

Enfin, le casse-croûte tant rêvé envahit l’assiette tel un écrin à moitié ouvert.

- Tu bois quelque chose ?

- Une Celtia.

- Pas de problème !

Nous voici face à face Victor et moi. Les casse-croûtes sont devant nous, prêts à rendre leur dernier soupir. Le pain est heureusement craquant, lourd à souhait. En premier lieu je subtilise une olive, que je jette dans ma bouche. Celle-ci me déclenche une faim de fauve. Mais j’hésite à dévorer le sandwich fermé ou à y piquer, comme un oiseau, ce qui m’intéresse.

J'ai choisi de le manger fermé ; enfin j'essaie de le fermer, on me comprendra, il est impossible de le maintenir ainsi.

Un gros coup de dent, voici le quignon entamé. Le trop plein d’huile file dans l’assiette.

Malgré mon entraînement  ancestral, c’est fou, je ne parviens toujours pas à manger http://frantz.bieres.free.fr/pages/img/biere/Monde/celtia.jpgproprement : c’est tantôt une olive, une variante, des miettes de thon qui atterrissent dans l’assiette. Pas de souci, je les récupère. Un coup d'oeil sur le combat de Victor, c’est pas mieux, il est huilé jusqu’aux poignets et me regarde comme un « mekloub* » Je retire un poivron ; il ne s’agit pas de l’entamer par la queue ! je goûte, super piquant ! j’ai le palais en feu, vite, une autre bouchée pour apaiser. Maintenant, ma langue reconnaît la somptueuse salade d'artichauts.

-  Vachement bon ce casse !

La bouche entièrement embouteillée, la goutte au nez, Victor ne peut répondre.

Rapidement, tout y passe.

 Zut ! il ne reste que deux ou trois bouchées ; j’achève toujours par le quignon : le dernier craquement est un rêve… une dernière gorgée de Celtia… au goulot, bien sûr !

J’ai encore faim…

- Gab, deux briks aux pommes !

- On vient de des frire, régale-toi mon fils !

Cette brik n’est pas du tout dégueu ; une giclée de  citron et elle croustille déjà sous la dent, la farce est sympa et suffisamment poivrée.

Victor, on a super bien fait de quitter cette réunion, je suis heu-reux !

On va terminer en beauté. « Ija » viens, je te paie le makroud* de l'amitié !

 

© Robert Blassin (Meir Belhassen) http://www.harissa.com/news/article/le-casse-cro%C3%BBte-tunisien-par-robert-blassin

***

Glossaire :

Zââma * : soit-disant
Harissa* : pâte de piments piquants rouges pilés, assaisonés d'ail avec un filet  d'huile d'olive

Slata jiida* : salade fine

Citron beldi* : citron confit

Torchi left*: salade de navets assaisonés

Mekloub*: enragé  (l'auteur voulait dire qu'il a une faim de chien enragé), expression courante en Tunisie

Makroud* : gâteau de semoule farcie de dates degla ou de pâtes de dates et trempé dans le miel


Le Kif, c'est le verre de Boga-Cidre frappé qu'on boit après un bon casse-croute Tunisien 

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