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23 novembre 2011 3 23 /11 /novembre /2011 17:24


Le grand blond qui venait du nord :  encore l'harissa

 

Par Urbain d'Arbin


C’est étonnant comme un mot ou une photo, peut réveiller soudain des souvenirs ou des anecdotes assoupies dans un coin de mémoire.

Ce fait divers  est réapparut à la vue d’une photo du port de pêche.
De l’avoir oublié pendant très longtemps, le temps n’arrangeant rien à l’affaire, voici donc cette version concoctée pour vous.  Détendez-vous lisez lentement pour profiter pleinement de cette histoire.


Merci de m’avoir suggérés tous ces mots que j’ai placés au mieux du texte, n’étant pas un linguiste dans certaines langues, je ne parle que le phonétique, comme beaucoup d’entre vous, mais si mal.

Enfin les grandes vacances scolaires en 54 ou 55 du siècle dernier, plus de cours, de profs, le souci des mauvaises notes tout est oublié.

Vers les dix-sept heures, je me rends au QG devant la Municipalité, près du marchand de journaux, sous les faux poivriers,  à l’ombre de ce soleil encore si fort à cette heure-là.

 

http://us.123rf.com/400wm/400/400/kgtoh/kgtoh0806/kgtoh080600328/3141818-fresh-piments-rouges-sur-tout-le-hacher.jpg


 Vous souvenez vous du goût inimitable de ces graines rose violacé que nous mâchouillons ?
Là, mes Amis sont réunis en petits groupes, heureux de se retrouver, et soudain C.  m’ayant reconnu, se précipite vers moi, et m’annonce : mon correspondant de Suède arrive ce soir, pour fêter l’événement, je  t’invite ainsi que J.  à déjeuner samedi soir à vingt heures trente. Rendez-vous  devant le marchand de bricks, près du petit chenal.

Samedi soir venu, me rendant à ce rencontre à pieds (mes parents n’aimaient pas me savoir rouler le soir à vélo), à l’heure précise je rencontre C, J, et un grand blond venu tout droit de son pays scandinave.

Présentation  de JON (prononcez John) par C, il ne parle et ne comprend que l’Anglais ce qui ne va pas faciliter la compréhension, cela nous permettra d’appliquer les leçons de Mr Leroy notre prof.

 Mais au moment de nous mettre à table, le petit restaurant en plein air étant bondé à cette heure-là, nous décidons de faire un tour et de revenir plus tard.

Aux environs de vingt-deux heures, ayant liés connaissance avec JON, une petite table de quatre places étant libre, nous nous installons, et C. lance au patron « arba briks, adam batata » : quatre briks, aux œufs et aux pommes de terre.

 
Trois minutes plus tard, arrivent quatre superbes bricks triangulaires dorés à point dans des assiettes, des verres, de l’eau fraîche et une assiette d’Harissa (celle de Vivi) ainsi que des légumes marinés et un flacon d’huile d’olive (de Sfax).


JON tendant le doigt, désignant  les bricks demanda : « What is this » ? C.  répondit : « ‘Sfaxian speciality ». Montrant le plat d’Harissa: « What is this », réponse de C : « Sfaxian speciality ».

Nous Sfaxiens, connaissant l’Harissa, commençons à en tartiner la brick, imités par JON, qui badigeonne dans un premier temps sa brick, et sûrement très gourmand en remet une deuxième couche.

La brique toute chaude et parfumée d’harissa dans mon assiette m’appelle, ne résistant pas, je découpe un morceau, qui porté dans ma bouche se met à craquer  sous mes dents, et l’harissa se repend sur ma langue, et mes papilles en ressentent la puissance de cette chaleur et le gout de ces épices,  c’est le bonheur aussi ressenti par C. et J, et nous en oublions JON, qui nous imitant, en fourre à son tour un gros morceau dans sa bouche.


Mais soudain, sa curiosité de goûter à une brick pour la première fois de sa vie se transforme en un rictus effrayant, et un CRI  retentit tandis qu’il bondit, se tenant la gorge, prenant le verre d’eau posé devant lui, il le vide d’un trait, et l’effet escompté se produit, l’harissa décuplée lui arrache la langue, le gosier et ses cris effrayants retentissent dans cette rue d’habitude si calme.

Ayant fait deux tours sur lui-même, JON se met à courir dans la rue, traverse la route, et se glissant à travers tous les objets qui encombrent le quai, dans un geste de désespoir, se jette dans le petit chenal aux milieux des barques amarrées.

Stupéfait par cette attitude, nous le poursuivons, mais trop tard, nous ne pouvons empêcher sa course effrénée et son plongeon. Nous le voyons  réapparaître entre les barques, et s’aidant des cordages remonter sur le quai la bouche ouverte et le gosier en feu.

 

http://www.amit4u.net/vault/blogs/25976/le%20petit%20chenal.jpg


Le grand blond marron et malodorant, venait de battre un record, celui de s’être baigné près de la faouara (l’égout), le seul de mémoire de SFAXIENS.  


Nous le dirigeons vers le restaurant dans le but de lui faire boire de l’huile d’olive pour apaiser ses brûlures, mais c’est un refus catégorique (il nous expliquera plus tard, que ça lui faisait le même effet qu’à nous de boire de l’huile de foie de morue) et C. nous demande de l’attendre au restaurant, et avec JON, s’éloigne suivi par des badauds, qui ont pensé a un suicide ou à un départ à l’Anglaise raté (sans payer).


 Durant son absence,  le restaurant est envahi par une foule que l’événement  a mis en appétit, les affaires vont bon train, et les bricks s’arrachent et se mangent debout faute de places assises.
Quarante minutes plus tard, accompagné de C,  c’est un JON tout rose et parfumé qui réapparait, habillé d’un » Jeans » d’emprunt, d’une chemise blanche d’une paire d’espadrilles.
C’est le retour du héros et la foule amassée ayant compris le fin mot de l’histoire applaudit à tout rompre.
Le patron, heureux que cet incident l’ai bien fait travailler et par la publicité faite à son établissement, nous installe à une table, et nous offre quatre bricks géantes toutes gonflées de deux œufs, de thon, batata, câpres oignons et d’un plat d’harissa, qui sème l’effroi de nouveau dans le regard de Jon !


Mais soudain, ayant compris que cette : Hot chili jam (purée de piments piquants) ne lui était pas destinée, malicieusement Jon, sortit d’un petit sac un flacon et tartina copieusement sa brick royale. Devant son comportement, nous avons pensé que la réaction de l’eau de mer l’avait rendu maboul, et a notre question concernant son flacon: « what is this » ? Il répondit : «Sweden speciality »
C. posant la question: « What is this Sweden speciality »?  Jon répondit : « Red current jam ». Ce qui traduit équivaut à « Confiture de groseilles rouges ».

Sans se concerter, ce fut un « BEURQQQQ retentissant qui le laissa stupéfait, ce coup-ci ne comprenant plus rien à nos goûts très exotiques.


Trois jours passèrent, et toujours pas de nouvelles de C. et de JON,

C. nous rejoint un soir et nous nous remémorons cette histoire et au récit de ces péripéties nous rigolons à nous tordre, tapant la main, et des grandes claques dans le dos  nous font revivre cette soirée mémorable.

Soudain, je pose la question : « Où est JON » ?
C.  me rassure en me disant qu’après être rentrés, JON s’est relavé au moins trois de fois. Mais que s’il n’a pas reparu, c’est à cause de l’huile d’Olive.
« A l’huile d’Olive ? Pourquoi » !

 

http://www.amit4u.net/vault/blogs/25976/sfax%2014.jpg

 

« JON n’en fait qu’à sa tête, il m’a demandé d’aller bronzer sur le toit en terrasse, devant le danger et n’ayant pas de crème de protection, je lui ai recommandé de l’huile d’Olive comme nous faisons quelque fois, pour protéger sa peau très claire, mais toi tu connais son aversion pour ce liquide bon à tout faire, et bien il a refusé net ».
« Profitant il y a deux jours du fait  que je faisais la sieste, il s’est exposé au soleil sans protection, et le résultat est qu’il est maintenant enfermé dans la pénombre roulé dans des serviettes humides et  cuit  sur tout le dos, le cou les bras et jambes, enfin partout.


 Il m’a dit : « The SFAX sun is hot how Harissa »  (le soleil de Sfax est chaud comme l’Harissa).
 Pauvre JON me suis je exclamé !  


Urbain
                                                                                     

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commentaires

duranton 27/11/2011 22:07


il aurait du amener une spécialité nordique : une macération de poisson qu'ils boivent à la cuillère et qui pue 10 fois plus que le nuoc mam asiatique

Camus 28/11/2011 10:27



T'as raison, il l'a du le faire, mais Urbain ne raconte rien de çà.



Vivi 23/11/2011 22:09


Ce qui me rappelle qu'en1969 ou 1970 j'étais au kibbouts Shphayme pour une semaine de repos payée par mon employeur.


C'était un vendredi soir autour de la table un des invité originaire du Yémen avait apportait avec lui un petit pot de 'zcouk" genre d'harrissa préparée avec des piments de cayenne.


un autre invité d'origine roumaine de manda ce que contenait le pot ?


--De la confiture yémenite était la réponse du propriétaire.


--Je peux en goutter ? Demande le mec et avant de recevoir la réponse il plonge une cuillère qu'il s'empresse d'avaler.


La mer étant loin de 500m (trop loin pour le roumain) celui plongea dans la piscine la bouche grande ouverte.

Camus 24/11/2011 12:04



La mêrme chose est arrivée à maman et tonton Meyer dans le train. Ils mangeaient des tartines recouvertes d'harissa. Un voyageur européen les a questionné sur l'origuine de cet appétit si
grand. 


"Nous mangeons de la confiture tunisienne" fut la réponse.


"Faites-moi goûter si c'est tellemnt bon"


ce qui fut fauit de suite. seulement l'invité a demandé une seconde couche d'harissa.


Tu imagines la suite, ses joues rouges et enflées, ses yeux larmoyant. Comme il était poli, il a tout mangé et c'est là que l'harissa lui  a brulé la gorge, la langue... Je le plains
enccore.



Nina Padilha 23/11/2011 18:34


Pas mal, ce texte...
J'aime mieux lire que de manger la harissa !
Au secours !

Camus 23/11/2011 19:02



Il y a l'harissa aux amandes qui est douce... pour es dames douces