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Au bain maure

Par Vivi Il Diabolo
Chaque fois qu’elle va au Hammam, le bain maure, maman m’emmène avec elle, ainsi que
mon frangin Herzl. Elle est toujours accompagnée de ses voisines L'attifa et Fatouma, et le fils de cette dernière, Raouf.
Comme nous avons une petite taille, on ne nous accorde pas d’importance, et pourtant nous sommes âgés de sept ans Raouf et moi. Il se peut que
nos mères aussi nous prennent pour des gosses. Les mamans nous lavent, nous passent un shampoing sur la tête, et tout cela sans payer le ticket pour les marmots qui bénéficient d’une entrée
gratuite, offerte gracieusement par la direction du hammam.
Mes yeux s’ouvrent tout grands devant les trésors pornographiques étales devant moi. Je ne perds pas une miette, et je veux regarder les belles
rondeurs appétissantes de plus près, le plus possible. Comme mes lunettes de myopie ne sont pas sur mon nez, et n’offrent pas un surplus de ce beau spectacle à ma vue curieuse, je trouve un
stratagème pour m’approcher : je fais le service des laveuses et j’apporte du savon à ces belles dames, du tfol (le shampoing de l’époque), de l’eau dans des casseroles trop lourdes pour mes
bras, je tends les serviettes et propose divers menus services gratuits, dans ma grande bonté. .
Les dames du hammam me trouvent charmant, et discutent avec moi, tout en souriant à belles dents blanches, Colgate si j’ose dire.
— Quel âge as-tu mon beau jeune homme ?
— 4 ans et demi, dis-je, mentant effrontément.
— Comme il est dégourdi pour son âge, il a l’intelligence d’un garçon de dix ans, j’entends dire. Raouf, mon ami utilise les mêmes trucs que moi,
ayant lui-même la face innocente d’un bambin.
C’est avec regret que nous nous habillons pour partir, laissant derrière nous tous ces fruits alléchants que le Seigneur a créé pour nous gâter.
La séance ne se termine pas, car à la maison mes frères Simon et Freddy veulent avoir des détails de notre randonnée. Simon qui avait fait les mêmes bains que moi, sait très bien de quoi il
s’agit.
— Raconte, frère, nous sommes tout oreille, alors dévoile ton oseille. Je ne me fais pas prier. Je leur raconte,
plein d’enthousiasme et ils meurent d’envie d’écouter...
—Mes frère, c’est si beau ! Les jeunes sont élancées, leur beau derrière bien balancé, et bien ferme avec des
galbes qui font rêver. Leurs tétons sont en forme de poire épanouie, avec des jolis boutons bruns au bout. Et elles ont la taille fine, et un petit triangle poilu, là ou se termine le bas ventre
et ou les jambes commencent à se détacher. Des gouttes d’eau ruissellent sur leurs corps de nymphes.
Je voudrais avoir dix-huit ans pour les relancer, mais si j’étais plus âgé, je ne serai pas entre dans leur beau palais.
Artiste : Jean-Léon Jérome
Simon et Freddy écoutent et boivent mes paroles. Simon me prenant à part me dit :
— Ne raconte rien de tout cela a personne, seulement à moi et Freddy, sinon tout ce beau spectacle disparaîtra
comme de la fumée. Je promets, et nous joignons nos mains, tous les trois, signant ainsi un pacte, jurant de garder le secret durant quarante ans…
— Parle aussi à Raouf, me conseille Freddy.
Je cherche Raouf, mais ne le trouve pas. Je l’attends mais en vain. Je repousse à une autre occasion, mon désir de le conseiller.
Le soir papa et notre voisin Salem sont assis sur un tapis (une hassira), et sirotent leur thé à la menthe et garni de cacahuètes décortiquées. Papa prépare le thé comme d’habitude. Il a acheté
en route "tlet ou mia". C’est à dire un tiers d’once de thé et cent grammes de sucre. Cela se vend ainsi, tout prêt à Sfax dans tous les étalages. Cette ration suffit à passer une veillée
agréable, tout en préparant quatre tournées de thé fort et sucré. Un vrai délice.
Fatouma et Latifa sont assises prêt de maman et elles bavardent de tout et de rien, les papotages féminins de tous les temps. C’est alors que Salem a une idée.
— Clément tu veux rire ? Appelons Raouf, il sait raconter des histoires drôles.
— Raouf ! Viens ordonne-t-il.
— Oui papa (enaam ya baba).
— Ou étais tu aujourd’hui ? (fen kent el youm ?)
— Au hammam papa (fel hamman ya baba).
— Et qu’as-tu fais au hamman ? demanda-t-il. (ech a’melt fel hammam)
— Oh ! papa comme d’habitude je me suis baigné. (oumt ya baba.)
— Avec qui ? (Ema’a chkoun ?)
— Avec maman et tata et d’autres femmes. (ma’a oumi oua’mti, ouensha akhren).
Papa étant occupé à verser le thé dans un petit verre, levant le bered (la théière) très haut afin de créer une belle mousse. Il s’arrête, ses yeux vifs sont plantés sur Raouf, il sait d’avance qu’il va en entendre des belles...
— Papa, raconte Raouf, Vivi (Nathan, pour les amis : Vivi) a pris l’aile des jeunes filles, et moi l’aile des femmes. Nous les avons aidées à se savonner, à laver leurs chevelures. J’ai vu ya
baba, des culs grands comme des étagères, de seins ressemblant à des gargoulettes, ou gat’om, ya baba, (et leurs chats, papa) étaient tout ébouriffés. Papa regarde son ami Salem et lui dit :
— Nous devons parler, mon frère.
— Tu as raison Clément. Allez- vous amuser ! Nous demande-t-il. Nous nous cachons et écoutons la
conversation. Elle fut très courte.
— Écoutez chères femmes, vos enfants ont grandi. Épargnez-leur les petites corvées du bain maure. C’est Salem
qui s’adresse ainsi à sa femme et a sa belle-sœur.
— Très juste, approuve papa. Et de ce mot, il me prive de tant d’obligeances à ces belles filles. J’aurai du
écouter mes frères, j’aurai pu leur offrir mes services encore un an ou deux...