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19 octobre 2010 2 19 /10 /octobre /2010 18:40
Se souvenir : 15 ans après l'assassinat de Ytzhak Rabin

"Non bis in idem" : Définition du Petit Larousse: "Non deux fois pour la même chose. Axiome de Jurisprudence, en vertu duquel on ne peut être jugé deux fois pour la même chose".


Ignorant cet axiome, l'Histoire nous jugera-t-elle une seconde fois et nous déclarera-t-elle coupable pour notre Nonchalance et notre Hubris, comme elle l'a fait la première fois après l'assassinat d'Itshak Rabin ?

Sommes nous certains que nous avons tout fait pour nous libérer de cette "faiblesse de caractère", caractéristique des Sociétés Démocratiques, qui a engendré les grandes catastrophes de L'Histoire ?

Ecrit par Reuven (Roger) Cohen 

I - On était en Novembre


On était en Novembre.
C’est alors que le tremblement de terre eut lieu.

L’université et les lycées se vidèrent de leurs élèves, les bus silencieux, chargés de voyageurs en deuil, ne diffusaient plus que des nouvelles. Les cafés furent désertés. Chacun recherchait ses chers, ses amis, ses pairs, les larmes aux yeux. On parlait à voix basse, le regard effacé. On vit qui déambulaient dans les rues sans but, perdus, frappés par le malheur.

L’ombre du désastre planait sur la ville.
Un certain désarroi s’installait et s’épaississait. Les voitures se déplaçaient lentement, en silence. Les vitrines des boutiques paraissaient mornes et les étals des fleuristes insipides. Elles n’attiraient plus personne.
Une certaine torpeur s’était emparée de la cité.  

Ce furent les jeunes lycéens et les membres des mouvements de jeunesse qui réagirent les premiers. Les premiers à sortir de cette léthargie et à imaginer un travail de deuil.
Sans concertation aucune, spontanément, par centaines, ils marchèrent vers la Place. De toutes les rues adjacentes, des fleuves de jeunes en deuil, une bougie et des fleurs à la main, s’y déversaient. Ils entonnaient en silence les seules prières qu’ils connaissaient, des chansons douces du hit-parade israélien, des chansons d’un autre age, celles qui bercèrent leur prime enfance au jardin d’enfants et à l’école primaire, ces cantilènes qui racontent les temps héroïques et fraternels du “Bel Israël”.

Sanglotant, assis en cercle à même le sol, comme il est de coutume pendant la semaine de deuil, la ‘Chiva’, ils se pressaient les uns contre les autres, se consolant mutuellement, s’enlaçant avec affection autour des milliers de petites flammes qui frémissaient sous la brise légère. Un second cercle, plus âgé, s’était formé autour d’eux, debout, les épaules voûtés, en silence, le visage défait, marqué par une nuit de veille. La question clef, celle qui ouvre toute conversation  entre Israéliens, « Que va-t-il se passer, maintenant ?» ("Ma yhié"), fusait dès lors dans toute sa rigueur, de partout.
« Qui nous conduira hors de cette passe, se demandait-on, qui saura gérer ce malheur ? »  


http://img364.imageshack.us/img364/8541/entity1ze8.jpg

Itshak Rabin



Les hautes sphères demeuraient silencieuses et n’émettaient que de courtes déclarations de deuil. Les stations de radio, inondées d’habitude d’un verbiage interminable, qu’alimentaient avec ferveur les hommes au pouvoir, ne diffusaient plus que des mélodies de deuil, des berceuses, comme lors de la Journée consacrée à la commémoration de la Shoa ou à celle consacrée au souvenir des combattants de T.S.A.H.AL tombés sur le champs de bataille.      

Les paroles d’Eytan Haber, chef du cabinet du Premier Ministre Itshak Rabin, résonnaient encore et revenaient inlassablement.
La veille à 23h.14, devant une foule atterrée qui se pressait aux portes de l’Hôpital Hikhilov, où Rabin avait été transporté moins d’une heure auparavant, il avait lu, d'une feuille arrachée à son bloc-notes, un communiqué qui ne se résumait qu'à une phrase, une seule :

« Le gouvernement israélien annonce, frappé de stupeur et affligé d’une profonde douleur, la mort du Premier Ministre Itshak Rabin, assassiné ce soir à Tel-Aviv." Puis il ajouta: " Que sa mémoire soit bénie. »  
Plus que la foudre, plus que le tonnerre, ce fut un ‘Tremblement de Terre’.

Après quelques secondes de stupeur, la foule saisissant le sens de la phrase que venait de prononcer Eytan Haber, lança un cri qui déchira le ciel : « Non !!!!! »

Certains restèrent là, figés, hoquetant de sanglots. D’autres quittèrent les lieux d’un pas accéléré, à la recherche de leurs proches, de ceux avec qui ils avaient participé, dans l’euphorie, à la grande manifestation pour la Paix qui s’était déroulée sur la Place, au début de cette soirée mortelle. On ne pouvait, en ces moments macabres, demeurer avec soi-même. Il fallait parler, se serrer les uns contre les autres, se sentir soutenu et soutenir les autres. Un grand deuil avait frappé ces êtres qui avaient eu foi en la Paix.

On était désorienté.
Pour ceux qui y avaient cru, plus rien désormais ne fut comme auparavant.
Ils avaient quitté à jamais l’heureuse époque de l’adolescence, de la jeunesse, de la foi éthérée ; le temps de la naïveté.
Le temps qui précédait l’assassinat s’était arrêté de s’écouler.
Un temps autre était apparu, rêche, âpre et douloureux, un temps “déssentimentalisé”.  

Cela commença par l’Université.
Le lendemain de l’assassinat, à l’université de Tel-Aviv, à la cafétéria de Guilman, le bâtiment où siégeaient les Humanités, les étudiants, les yeux rougis de la nuit qu’ils avaient passée éveillés, s'agglutinaient par petits groupes, débattant de ce qu’ils devaient faire. Ils accusaient à haute voix ceux qu’ils considéraient comme les "coupables en profondeur".  Ils se servaient d’arguments qu'ils avaient forgés lors des séminaires d'études, ceux qu'ils avaient débattus avec leurs professeurs. Ils revenaient à ceux qu’ils avaient retirés de leurs travaux, de leurs lectures.

Les lycéens, eux, les plus frappés par l’assassinat, chuchotaient entre eux contre ceux qui avaient conduit la main de l'assassin par leur silence.
Ils portaient leur deuil à fleur de peau, s’appuyaient, à voix basse, presque dans un murmure, sur des arguments conçus dans leur douleur, générés par des valeurs immédiates et profondes qui les avaient travaillés, qui les avaient modelés depuis leur prime enfance; ces valeurs premières, qu’ils avaient adaptées à leur tempérament, à leur entendement, à leur vécu.

Ils les avaient soulevées en classe avec leurs éducateurs, lors de ces jeux de rôles du ‘Pour ou Contre’. Ils les avaient débattues pendant les repas de famille du Shabbat avec leurs parents autour de la ‘Parashat Ha Shavoua’, ce verset hebdomadaire de la Bible qui engageait les convives aux commentaires moralisants. Ils en avaient discutés dans la cour de récréation avec leurs camarades, lors d’un conflit sur une décision de l’arbitre dans un match de foot.

Les parents étaient étonnés de la réaction de leurs enfants. Eux qui les considéraient comme mus par des motifs futiles, comme légers d’esprit et dénués de valeurs, ne pensant qu’à s’amuser et fuyant toute responsabilité, furent surpris de leur conduite, qui n’avait rien à envier à celle d’une personne adulte. Ils en furent fiers et se joignirent à eux dans leurs assemblées de deuil, sur La Place. Ils retrouvaient dans leur façon d'agir une gestuelle et des valeurs qu’ils croyaient à jamais perdues.

La Presse elle aussi fut frappée par l’élan de ces jeunes lycéens qui entraînèrent aux obsèques leurs jeunes frères et sœurs des classes supérieures du primaire, comme s’ils étaient leurs parents ou leurs instituteurs. Plus d’un article de fond fut consacré à ce phénomène inconnu jusqu’alors, et que ce Tremblement de Terre avait engendré.

« Plus rien dorénavant, n’en déplaise à l’auteur de l’Ecclésiaste ‘ne sera ce qui a été’, répétait Taly à ses élèves. Chacune des 340 mille lettres qui structurent la Thora s’éparpilleront comme feuilles aux vents, si Israël ne réagit pas comme un seul homme à cet assassinat ! »  


Lire la suite " Néta ", demain.


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Published by Camus - dans Israël
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commentaires

Marcel (Fafouin) 01/11/2009 15:18


Bon Matin Honorable ensoleillé tout Camus !

Grands mercis pour ce Mot sur ce qui s'est passé lors de l'Assassinat de Rabin, ce que la Jeunesse israélienne a réalisé (Chandelles, Chants... .) !

Bien que Rabin habite Ailleurs, la Quête de la Paix se continue entre les Peuples-Nations qui s'y intéressent et qu'intéresse Israël !

Chalom et Bizous Tout le Monde des Camusiennes-Camusiens ! - 1 nov 2009 / 14 hechvan 5770 -


ace Rabin depuis. Ils ont allumé les bougies et 01/11/2009 16:47


Bonne journée HONORABLE et nerveilleux Marcel,
Tu as raison, les jeunes se sont spontanément réunis dans la Place de La Medina qui est devenue Place Rabin. Ils ont allumé des boujies ont chanté des chants méllancoliques. C'était leur réponse
aux extrémostes.

Toujours chercher la paix pour nos enfants et petits enfants, vivre en quiétude, avoir une place au soleil. 

Chalom et grosses bises des Camusiennes-Camusiens ! - 1 nov 2009 / 14 hechvan 5770 -


Morgane 01/11/2009 08:56


Oui je me souviens de l'assassinat de Mr Rabin, les médias en avait beaucoup parler à l'époque, je ne croyais pas que ça faisait déjà 14 ans....
En tout cas votre jeunesse je trouve à plus de valeur de respect que la notre malheureusement, je ne crois pas que beaucoup de nos jeunes seraient capable d'un tel comportement pour la perte d'un
homme important. Bon tu me diras, ils ne sont pas à blamer, car nos hommes politiques ici c'est......
Bon dimanche
Sage p'tit Camus
Gros bisouillous


Camus 01/11/2009 10:43


Rabin était très important pour ceux qui désiraient la paix.
Pour les autres... il fallait le liquider. J'ai été comme beaucoup d'autres très peiné par cette perte. La paix s'est éloigné, l'économie n'est plus ce qu'elle était à son époque. Le budjet de
l'Education  a été diminué. Depuis je me demande : est-ce que le crime paie ? Un crime politique qui a changé le cours de l'histoire.