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19 mai 2013 7 19 /05 /mai /2013 20:05

Quiproquo et pain rassis

 

http://www.tunecity.net/IMG/jpg/pain_1_.jpg

 

En bref : L'infirmier surnommé Boukha Boukhobsa, un des habitués du café Cyrnos, interprète mal les rumeurs, il se lève et va a l’encontre de Maman et lui présente ses condoléances.

— Mira ! Baraka fikem* ! Quel malheureux accident ! Je te donne un calmant ?

 

Il fait encore jour l'été assez tard à Sfax, pas comme dans ces pays ou le soleil disparaît dès l’après midi. Un samedi à vingt heures, peu de temps après la sortie du shabbat, maman m’envoie acheter du pain. 

— Ne vas plus loin que l’épicerie Bouraoui. Si tu ne trouves pas de pain, on s’arrangera.

Sitôt dit, je sors faire ma commission. À l’épicerie, il n’y a plus de pain.
Je me dis : " Si je vais un saut jusqu’au four à Jnan Shouchane ? Ce n’est pas loin du tout. "
A la boulangerie m’attend une désillusion, il ne reste rien.

Je me dis : " Si je vais jusqu’au four près de la station Shell, à la bifurcation, c’est à deux cent mètres seulement. "

Là m’attend une nouvelle désillusion. Mais je rencontre André Msihid dit Le Bel - pseudo acquis grâce à sa chevelure bien tenue -. Lui aussi cherche du pain.
— Si on allait à Bab Ejebli, ce n’est pas au bout du monde.


J’acquiesce et nous nous mettons en marche. À Bab Ejebli, nous ne trouvons pas de pain.
— Si on entrait en ville arabe, nous trouverons bien quelque chose, propose André. Je suis d’accord avec lui, à La Médina il y a de tout, mais pas de pain. De là nous sortons bredouilles.

— Si on fait un détour par l’Ancienne Gendarmerie (Nofs Etnïa - la mi-route) ? Nous ne ferons pas plus de chemin, mais nous trouverons surement un magasin ouvert. Tel est le nouveau conseil d’André Le Bel Msihid.
— Mais ce sera le dernier essai, dis-je, on va s’inquiéter à la maison de mon absence.

 

À "Nofs Etnïa " nous trouvons deux pains rassis, rendus la veille par les autorités de la Prison de Pic- Ville. Nous hésitons, mais le vendeur insiste, nous fait un prix de rabais, les deux pour le prix d’un demi. Nous achetons le pain dur en fin de compte. S’il ne sera pas mangeable nous l’offrirons aux poules. Et nous voila de retour, prenant le chemin allant vers Moulinville et passant par l’École Cachât. Il était temps.


Cependant maman se faisant du soucis par raport à mon absence de deux heures, se dirige vers le Café Cyrnos allant et venant, trottant les cent pas. De sa physionomie émane le manque de calme. Le patron du bistrot, M. Casanova dit Le Corse lui demande ce qui ne va pas.

— C’est mon fils Camus qui ne revient pas depuis plus de deux heures. Je l’ai envoyé acheter du pain

— Bah ! il va revenir bientôt.
M. Casaova raconte aux habitués que le fils de Mira s’est égaré.

La nouvelle passe de bouche en oreille : "Égaré" devient "perdu" en un clin d’oeil, puis "perdu" se transforme en "défunt". On suppose qu’il s’agit d’un accident. L’infirmier surnommé Boukha Boukhobsa, un des clients interprète mal les rumeurs, il se lève et va a l’encontre de maman, la seringue à la main et lui présente ses condoléances.

— Mira ! Baraka fikem ! Tu as perdu ton fils ? Quel malheureux accident ! Je te donne un calmant ?


Juste à ce moment j’arrive suivi d’André Le Bel Msihid et je demande ce qui se passe.

L’infirmier se tourne vers moi et me pose des questions concernant l’accident.

— L’accident ? Ça m’étonne, je n’ai rien vu, je viens seulemnt d’arriver.

Maman respire profondément et prend à part M. Boukha en lui proposant d’aller faire une cure de désintoxiquement d’alcool. Puis se tournant vers moi elle me reproche :
— Mon fils j’allais mourir. J’étais folle d’inquiétude. Ne me fais plus ce coup là.


Évidemment, personne n’a mangé du fameux pain acheté à L’Ancienne Gendarmerie.

 

Nota : Baraka fikem* :  mes condoléances

 

A paru dans Tunecity :  http://www.tunecity.net/?Quiproquo-et-pain-rassis

 

 

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Published by Camus - dans Souvenirs
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