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21 octobre 2009 3 21 /10 /octobre /2009 20:18

Palais et Jardins, 223 pages, édition Ot Brith Kodesh sous la direction d'Asher Knafo.
Traduction française et notations de Jacob-Rony Ruimi, dessin de la couverture Ziva Keiner. Danacode 800-24195

Tous les droits sont réservés à l'auteur.

Première partie

Le Jour du Couscous (fin du chapitre)



Sarah fut contrainte d'épouser son oncle. Elle avait treize ans, lui, vingt ans de plus. Parce qu'elle était encore trop jeune pour entretenir des relations intimes, son mari dut patienter en lui racontant qu'il était le seul à posséder un organe mâle et que personne d'autre au monde ne détenait un tel attribut.

 

Candide, elle le crut ; elle ne lui pardonnera jamais, une fois initiée aux choses de la vie, ce mensonge grossier. Ce fut une union sans amour, pleine d'amertume, chacun s'évertuant à empoisonner la vie de l'autre.

 

"Mes bonnes amies" poursuivait Sarah, cherchant à convaincre des convaincues, "J'ai une fille encore adolescente. Vous connaissez toutes ma fille, ma belle Meikhal. Je suis anxieuse à l'idée qu'elle puisse entretenir une relation intime avec une personne non appropriée. Je la protège de  mon mieux, je n'aimerais pas qu'elle se lance, comme cela fut mon cas dans une liaison prématurée, ce qui m'a ainsi privée de mon enfance. Je m'oppose même au mariage légal en bas âge ! Je préférerais qu'elle attende d'arriver à l'âge de quinze ans au moins et souhaiterais qu'elle tombe vraiment amoureuse, qu'elle puisse réaliser un vrai mariage d'amour".

 

 

Chaque fois qu'au sein de la communauté, une fillette était appelée à se marier, Sarah intervenait et multipliait efforts et démarches afin d'empêcher l'union d'une fiancée trop jeune à son goût. Moi-même, derrière mon arbre, je partageais son avis et  pensais que Meikhal ne devrait pas se marier si jeune. D'autant que j'aimais un peu la belle Meikhal. Dommage qu'elle me dépassât d'une bonne tête !

 

Freiha, une femme dans la quarantaine, à la taille élancée, au corps épanoui, sirotant encore son verre de Mahia, soufflait aux filles dans un chuchotement : "Nous avons besoin d'une étreinte puissante et belle, pleine de chaleur, d'intimité et d'amour. Nous préférons de loin les câlineries et les baisers ».

 

 

 

Cela m'intéressait au plus haut point. J'aimais aussi lorsque ma mère m'embrassait et me serrait fort contre elle. Mais que veut dire intimité ? Je dois absolument changer de place, m'approcher pour mieux écouter.

 

"Hier, mon mari et moi avons badiné une bonne quarantaine de minutes", poursuit-elle, les yeux brillants, l'air de révéler un secret. Simha, une petite rondelette, les cheveux rougeoyants ramenés au-dessus de son front, enserrés dans un foulard couleur d or noué sur la nuque, a un mouvement de recul et déclare avec hauteur : "Pouah ! Lorsque mon mari vient vers moi, je me fais la réflexion, quand va-t-il enfin conclure ? Je ne le supporte plus ! Il transpire, il s'essouffle, pouah ! "

 

"Chez moi c'est la même chose" dit Penny, l'imposante poitrine contenue avec peine par deux grandes bandes de tissu.

 " Je m'étends sur le dos, me cure les dents et songe « disparais, va au diable ».

 

 "Comment pouah ? De quoi vous plaignez-vous toutes les deux" ?  lance Freiha. "Vous n'avez encore rien compris à la volupté, Dieu du ciel ! Je ne souhaiterais rien d'autre au monde. Qu'il me prenne, qu'il m'accapare, qu'il transpire, qu'il fasse tout ce qu'il désire! ! Mais mon mari est vieux, il l'était déjà le jour de notre mariage. Il n'est plus que l'ombre de lui-même". Et toutes d'éclater de rire.

 

En ce qui me concerne, grâce à Dieu, c'est tout à fait différent,  avance Haviva, une femme de grande taille.

 

 "Il y a quelques années, lorsque j'étais plus légère, j'avais l'habitude de m'étendre sur lui. Aujourd'hui cela voudrait dire l'écrasement mortel. Nous avons donc changé de posture, c'est lui qui se couche sur moi  ".

 

De nouveaux éclats de rire fusent, suivis de chants. Auprès de mon arbre, je ferme les yeux et indépendamment de ma volonté, une image s'impose à moi. Je vois Avraham, le mari de Haviva, plonger son visage entre les gros seins de sa femme.

 

La voix de Léa, me tire de ma rêverie, elle déclame : "Je suis noire et séduisante, je suis noire, car le soleil s'est miré en moi.

La voix de mon bien-aimé est suave, le voici il vient. Il bondit sur les monts, il saute sur les collines".

 

 

Rachel se joint à l'évocation du Cantique des Cantiques : "Où est allé ton bien-aimé, O la belle parmi les femmes ?" demande Haviva, passablement éméchée en se joignant aux danseuses, le regard chaviré, flottant sur un nuage rose.

 

Et Simha s'assoit les observant dans leur joie et achève le Poème des poèmes d'un : "Celui qu'aime mon être, l'avez-vous vu ?". 

 

Et c'est dans cette atmosphère festive, au milieu de danses, de conversations accompagnées de petits verres de Mahia, au gré de leurs fantasmes et de la bonne humeur générale, que ces dames prolongeaient leur soirée jusqu'aux petites heures du matin.

 

Fin du chapitre


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Published by Camus - dans littérature
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