Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
8 janvier 2014 3 08 /01 /janvier /2014 17:13

Quelle peur !

J'ai eu peur plus d'une fois durant mon enfance, les gamins Juifs n'étaient pas toujours en sécurité en dehors de leur quartier convivial…

Vous souvenez vous d’une grande anxiété, d’une panique qui vous aurait laissé angoissé, crispé, prêt à jouer le tout pour le tout afin de vous dégager de la cause de cet effroi ?

Moi une vraie, une frayeur bleue je l'ai connue à l'âge de quinze ans à Tunis.

J’étais en colonie de vacances à Aïn-Draham. Le directeur du camp, Meyer Aïdan m’avait  envoyé à Tunis pour faire quelques commissions :

*Accompagner un jeune Sfaxien, Henry La Championade à la gare de Tunis et l'installer dans le train en direction de Sfax ; le pauvre se sentait tellement dépaysé loin de sa maman...

*Acheter un appareil photographique.

*Louer deux tentes pour dix personnes chacune.

J’avais mené à bien ma mission - complétée le  vendredi vers midi - et me rendis à la station centrale des autobus afin de me rendre au campement à Aïn Draham le plus rapidement possible. Là, l'horaire m'indiqua que le prochain voyage était fixé pour le lendemain à 5 heures trente à l’aube : pas d'autre car faisant le même parcours antérieurement.

Mettant de côté le montant du voyage, il me restait heureusement assez d'argent pour payer mes repas d'aujourd'hui et c'est déjà bon. Mais problème,  je n'ayant pas de montre, comment me réveiller à l'heure ?

J'eu l'idée de demander à Nadine une amie du mouvement de Jeunesse Dror de me prêter un réveille-matin.  Elle voulait bien, mais son père a mal pris la chose et l'a grondé. J'avais compris. J'ai remercié Nadine sur le pas de sa porte et lui je l'ai rassuré :

— Sans rancune, ton père est ton père. Je fermerai le local et laisserai la clef sur le rebord de  la fenêtre, tu la retrouveras là-bas. A un de ces jours, viens que je t'embrasse.

 —  Je dormais cette nuit-là comme les deux nuits d'avant dans le local du mouvement Dror tout près du marché, du coté de l’avenue de Paris. Je me suis mis au lit et  m’endormis vite.

Après une heure de sommeil, je me suis réveillé, levé, sorti, relevant le rideau de fer roulant avec un bruit fracassant, je l’ai refermé et tourné la clef dans le cadenas. Je devais me rendre compte de l’heure qu’il était. Je laissais la clef sur le rebord de  la fenêtre à l'intention de Nadine.

Arrivé au marché, j’ai vu le café encore ouvert, mais je ne savais pas s’il n’avait pas encore fermé ou s’il avait déjà ouvert. Donc l’heure devait être entre minuit et cinq heures. Pour en avoir le cœur net j'ai fait une marche jusqu’à l’Avenue de Paris, là j’ai vu l’heure à la devanture d’un horloger : l’heure exacte était minuit trente. Retourné au local Je me suis mis au lit m’endormis.

J’ai sommeillé encore un certain temps et je me suis réveillé de nouveau. Je me suis levé, sorti, relevant le rideau de fer roulant avec un bruit fracassant, je l’ai refermé et tourné la clef dans le cadenas. Je devais me rendre compte de l’heure qu’il était. Je laissais la clef sur le rebord de  la fenêtre à l'intention de Nadine.

Au marché le café était fermé, donc il n’était pas encore cinq heures. Pour en avoir le cœur net et savoir l’heure exacte je devais...

Mais voila qu’on m’a interpellé. C'étaient deux gars de vingt ans au moins et pas rassurants.  Pour vous donner une idée : le plus petit ressemblait à un bœuf et le second à un cheval, un véritable géant.

— Tu as un peu d’argent sur toi ? Nous avons faim, me dit le moins grand et le plus trapu des deux.

— Non !

En réalité j’avais un peu de fric, mais je le gardais pour l’autobus.

— Emmène nous chez toi, Nous trouverons bien quelque chose à manger. Mon ami est sorti cet après midi de prison et à part un melon crevé nous n’avons rien mis sous la dent...

— Je n’habite pas Tunis, je suis chez des amis, fut ma réponse.

— Bon ! Allons chez eux ! m’ordonna le géant en m’empoignant par le col de ma chemise.

J’avais peur, mes jambes tremblaient je pense, mon ventre était crispé, je sentais mes fesses se serrer mais ma cervelle travaillait rapidement. Pour gagner du temps j’ai dit :

— Pas question de les déranger !

— Tu m'as fait rire, fais ce que je te dis ! s’exclama l’impatient en me poussant.

Faisant mine d’accepter, j’ai fait quelques pas en avant et je me suis retourné d’un seul coup, poussant violemment Le Goliath qui perdit l’équilibre, vu sa grande taille. J’ai décoché un coup de pied dans le genou du second et j’ai pris la fuite courant à toute vitesse, ayant le feu au cul. J’entendais les pas de ces deux crétins me poursuivant, mais le son se faisait de plus en plus faible. Vous connaissez quelqu'un capable de me rattraper ?

Je n’ai pas oublié dans ma retraite de jeter un coup d’œil à la façade de l’horloger et là j’ai appris qu’il était 2 heures et demi. J'ai souhaité trouver la Grande Synagogue ouverte pour les Sélihot à cette heure bien qu'il fut encore si tôt. J'espérai y être protégé.  Mais non, la Synagogue était fermée, les Sélihot n'ayant pas lieu les samedis.  

A un certain moment j’ai tourné à gauche, puis à droite, m’engouffrant dans un immeuble, fermant la porte derrière moi. J’ai escaladé quelques marches, prêt à frapper à une porte s’il le fallait et demander du secours...

J’ai entendu les pas des deux coureurs de garçon, j’ai attendu encore un quart d’heure et puis je me rendis au local du Dror afin de dormir encore un coup.

Après mon troisième réveil j’ai quitté mon " auberge ", laissant la clef dans l'endroit convenu. Nadine devait venir la prendre pendant la journée.

Je suis arrivé à la station des bus vers 4 heures trente et je m’y suis installé. Un homme de petite taille vint s’asseoir près de moi.

— Je suis Yudah Bouhnik de Pic Ville, Sfax, se présentât-il.

— Enchanté ! Je suis Camus Bouhnik de Moulinville.

— Camus ? Mon frère se nomme Camus.

— Oui, je le connais, il est surnommé Galini. Il tient un commerce dans la Rue du Bey. Je connais ta famille et ton fils. Je suis venu chez vous. Mon père Clément Bouhnik est votre parent.

— Je vais de ce pas me rendre à Aïn-Draham voir mon fils.

— Alors nous monterons le même bus et je t’accompagnerai jusqu’à la tente de ton fils qui est dans le camp de L’Anoar Atsioni. C’est à cinq cent mètres de notre campement.

Le dit Youdah Bouhnik a remercié Le Ciel cent fois de m’avoir rencontré, une fois pour l’avoir dirigé, une seconde pour lui avoir redonné de l’assurance, une troisième pour l’avoir réveillé sitôt arrivés, une quatrième pour l’avoir conduit dans la montagne dans des sentiers par moi connus – il ne serait pas arrangé seul –, un cinquième parce que je lui ai promis de ne dire à personne à Sfax qu’il a entrepris ce voyage un samedi. Et une quantité de fois encore pour la simple raison d’après lui, que ceux qui me rencontreront auront un Mazel Tov.

Moi j’ai fais mes grâces à D-ieu, pour le simple fait que je n’étais plus seul, la nuit et ses frayeurs était passée.

Aujourd'hui après 60 ans, je me sens délivré de ma promesse de me taire.

http://www.tunecity.net/IMG/jpg/aindraham12fg_1_.jpg

  Aïn-Draham

http://www.tunecity.net/IMG/jpg/aindraham42xe_1_.jpg

Aïn-Draham

http://www.tunecity.net/IMG/jpg/aindraham32fw_1_.jpgAïn-Draham

Partager cet article

Repost 0
Published by Camus - dans Souvenirs
commenter cet article

commentaires