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17 novembre 2009 2 17 /11 /novembre /2009 10:45

Souvenirs d'adolescence

 


Mercredi dernier, ayant rencontré des amis revenus de Tunisie, j’ai aperçu parmi eux, ma cousine Viviane. M’étant informé de son voyage, elle s’est écriée : " J’ai revu la gare de Gabès " !

Il n’en fallait plus, pour que les personnes réunies éclatent de rire en se rappelant d’une anecdote concernant Viviane et le train. Ce qui nous a donné une occasion de raconter nos souvenirs dans la bonne humeur.


 

Tchik, tchik, tchak, c’est le train...

Mon premier voyage à Gabès a été mémorable ! Nous avons pris le train. C’était juste après la 2ème Guerre Mondiale. Les arrêts étaient fréquents et il fallait sans cesse s’attarder le temps du dépannage, du déblayage des monticules de sable s’amoncelant sur la voie ferrée et attendre. Notre arrivée tant souhaitée, n’était prévue que pour quatre heures de l’après midi. Ces 120 km en huit heures de voyage nous avaient éreintés. Les vacances de Pâques passées, le retour a été plus aisé.



J’ai souvent refait ce voyage, et avec l’apparition de la micheline, çà devenait aussi commode que pratique : 2 heures en tout. J’adorais durant ces voyages, voir l’autorail pénétrer sous les tunnels de Beb Ej-Jebli, écouter le claquement des roues sur les rails, compter les poteaux télégraphiques se sauvant en marche arrière, et entendre l’annonce des gares différentes par le chef de train. L’entrée de Gabès est magnifique, quand le bolide file sur le pont au dessus l’Oued et qu’une multitude de palmiers apparait.

Mon oncle Miro et ma tante Bahlou (Rachel) nous accueillaient avec bienveillance, ainsi que tonton Hmino, tata Rosette et mes cousines, Raymonde et Marie.


Chacun était aux petits soins avec les petits neveux, si mignons. Mais les enfants ont tendance à grandir et c’est ce qui nous est arrivé. Ce qui nous mène à notre anecdote.



A l’âge de quatorze ans, mes voyages à Gabès prirent une tournure heureuse : parmi les amies de mes cousines, l’une d’elles attira mon attention. Elle acceptait mes invitations et nous nous rencontrions tous les jours, pour des sorties au cinéma, des promenades, des après midi au café et des bains à la mer. Les vacances touchaient à leur fin, le compte à rebours commença pour les jours et... le contenu de mon portefeuille (qui n’était pas ma propriété à vrai dire, car il comprenait aussi le montant de nos tickets de retour en micheline). Les deux disparaissaient petit à petit.


Le jour J.

Le jour J arriva et nous devions retourner à Sfax, ma sœur Louise quinze ans, ma cousine Viviane six ans et Vivi que vous connaissez bien, six ans aussi.

J’ai compté mes sous et j’ai vu avec effroi que je ne pourrais pas payer les billets de retour. Je n’osais pas demander un emprunt à mon oncle, par timidité. Que faire ?

Nous sommes arrivés à la gare et j’ai demandé de payer « innocemment », un voyage pour deux personnes. On m’a répondu que la micheline venait de partir.

-- Quelle déveine ! Me suis-je écrié.


(Quelle veine ! Ai-je pensé sachant ne pas avoir assez de monnaie).

Nous retournerons chez tonton et je lui avouerai mon pépin, et il me prêtera ou donnera la somme voulue. Demain, nous serions partis. Ni vu, ni connu. Personne ne saura que j’ai abusé dans mes dépenses.

-- Vous avez la possibilité de voyager dans le train de marchandises, me dit en souriant une gentille demoiselle derrière le guichet. Si voulez le faire, çà vous coutera cent cinquante francs (francs anciens, millimes, si nous parlons de dinars) pour deux. Mais çà roule lentement !



C’était la solution.

J’ai vidé mes poches jusqu’au dernier centime, et çà faisait exactement la somme. Moins cher que la micheline, quelle chance ! En chemin vers le quai, j’ai expliqué à Vivi et à Viviane, que leur âge sera désormais cinq ans. Pas six. Car à six ans, le voyage est payable.

-- Vous avez bien compris, mes adorés ? Si on vous demande votre âge, vous direz :

« Nous avons cinq ans. » Sinon, je devrai payer et mes poches sont vides.

-- Bon ! Dit Vivi, mais tu m’achèteras une toupie.

-- Et à moi un frigolo ! exigea Viviane.

-- Bien sûr ! Promis et assuré !


Quel âge a Viviane ?

Dans le train, toutes les places étaient prises par des paysans qui faisaient des petits parcours. Mais les wagons ne se vidaient pas et les banquettes se remplissaient de nouveau, tout le temps. Par politesse pour les personnes âgées, nous cédions toujours, nôtre tour de s’assoir. Noblesse oblige ! Nous sommes donc, restés debout. Cinq heures après notre montée dans le train, un contrôleur vint pointer nos tickets.



— Les enfants sont en bas âge, j’espère ?

— Bien sûr ! Monsieur. Cinq ans, presque.

— Moi j’ai six ans ! Répliqua Viviane.

— Ah bon ! Six ans. Je ne vous fais pas d’amande, mais vous devriez acheter un billet moitié tarif, quarante francs, c’est le prix enfant.

— Monsieur le chef de train, je n’ai pas cette somme.

— Alors laissez-moi une pièce d’identité que je vous rendrai quand vous me payerez. J’habite la Cité Lyon.

— Moi j’ai de l’argent, intervint Vivi. Et il sortit fièrement une pièce de monnaie pour payer au contrôleur.


Six heures de route, au lieu de deux et nous étions arrivés à Sfax. Ma sœur Louise m’a fait des remarques concernant mes gaspillages, elle avait raison, il faut le reconnaître. Quant à Vivi, je lui ai rendu la somme prêtée au moins six fois, mais de temps en temps il se rappelait que je lui devais quelque chose. Quel usurier !

J’ai eu une idée, celle de l’envoyer demander sa dette chez Viviane. Cela fait cinquante ans, qu’il la lui rappelle. Et elle, pour être quitte, l’invite à prendre un café chez elle, chaque année, avec une tranche de gâteau, bien sûr. Un genre d’anniversaire, en quelque sorte !

 

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commentaires

Vivi Il diavolo 18/11/2009 18:10


Je crois que Camus a une petite erreur au sujet des cent franc.
Les miens je ne les jamais revu a part les petits cafés de ma cousine pour se faire pardonner.
Camus voulait parler d'une autre anecdote sur mon frère Herzel le rabbi, ce qui me donne l'idée de vous la écrire a bientôt chez moi.
Bonne soirée a vous.
Vivi


Camus 18/11/2009 20:41


Il y a encore une histoire avec Herzl. Cent francs anciens, il oubliait toujours les avoir reçus.


Morgane 18/11/2009 17:18


Ah ah ah!!!!
Je ris, mais tu vois j'aurai plutôt parié
que se serait le Diablotin qui aurait fait la
gaffe lol comme quoi hein.....
En tout cas j'ai bien aimé cette histoire!!!
belle soirée à toi Camus
Gros bisous


Camus 18/11/2009 20:53


C'est bon de rire, le rire est la santé.
Vivi a été gentil le même jour. Ma soeur était énervée.
Viviane est si sympathique, c'est une des amies intimes de mon épouse.
Aujourd'hui nous rions des bêtises que je faisais autrefois.
Gros bisous Morgane.