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12 décembre 2013 4 12 /12 /décembre /2013 16:28

Souvenirs de la manufacture Kaftane

http://www.clipart-fr.com/data/clipart/transports/image_transport_012.jpgNous étions tous des jeunes de 18 à 22 ans à l'époque à part les cadres engagés par la direction. Sortaient de l'ordinaire deux hommes,  Eliezer et Baruch qui nous en imposaient du haut de leur âge mûr, une trentaine d'années de plus que nous au moins.

Les deux, responsables du réfectoire le tenaient merveilleusement bien et nous les avons beaucoup regretté quand ils ont du prendre leur retraite. Si le réfectoire était bien tenu, nous l'étions aussi rompus à la discipline qu'ils nous imposaient  : entrée de huit heures précises à dix heures pour le petit déjeuner et de 1230 heures à 14 heures pour le déjeuner ; pas de grabuge, pas de disputes, manger proprement; c'est normal non ? et ainsi de suite.

Baruch était trapu et Eliezer plus élancé,  l'un silencieux le second orateur, le premier l'œil lançant des flammes lors d'un pépin le suivant d'un geste, nous prescrivait le silence.

Eliezer a expliqué à l'un des habitués la fonction du chlore dans la propreté du lave-mains et à un autre la raison pour laquelle le réfectoire était clos à certaines heures : le nettoyage bien sûr.   

Mais ce que j'ai aimé écouter, c'est le récit  de l'examen du permis de conduire reçu par Eliezer en 1920 :

- Je voulais être postillon, celui qui voyage de ville en ville en diligence pour  transporter les lettres et les colis, la poste quoi ?  et offrir mes services aux personnes en sus. Vous savez ce que c'est la diligence ? Oui ? Je continue.  Pas la dirigence Sebah ! Safi ! Je sais que tu as obtenu à Oran tes deux parties de bac et que tu sais ce que c'est, alors tiens toi reglo. Rires.

Ainsi après avoir pris pas mal de cours bien sûr, j'arrive au test prêt, frais et dispos. Je monte sur le siège du cocher Rue de La Poste,  le moniteur expert  s'assoit près de moi : il est chargé d'examiner ma conduite et c'est lui qui décidera de mon aptititude. Je conduis selon ses ordres tout droit vers la rue du Marché, la Rue Pierre Simonet, tourne à gauche vers le Boulevard Foch, là je maintiens mes chevaux à une allure modérée de petit trot,  ainsi vers son prolongement Boulevard Joffre  et le Boulevard des régiments coloniaux et le Boulevard Leclerc. Je ne veux pas me tromper dans ces boulevards fréquentés il est bienséant de conduire modérato, si tu perds patience, finito. Au Boulevard  Jean Courtin il y a une descente vers le Boulevard Denfert Rochereau, il s'agit de bien la prendre, je presse sur le frein de mon pied droit et tire la bride, ma moustache en guidon de bicyclette frémit de plaisir quand l'examinateur me demande d'arrêter mes chevaux Rue de l'Horloge, je gare la diligence à droite près du trottoir juste près de l'enseigne indiquant Parking.  L'expert conducteur  me dit :

- Monsieur Eliezer S. j'ai eu du plaisir à vous voir conduire avec diligence. Veuillez vous garer maintenant Rue de La Poste. Vous êtes postillon. 

Ma moustache tremble encore en évoquant çà.

Et nous quel plaisir  nous nous avons eu en écoutant ce récit avec la  verve d'Eliezer.

Eliezer n'est plus de ce monde. A un moment sa fille a été ma voisine je lui ai raconté ce récit qu'elle ne connaissait pas, elle a goûté en m'écoutant un moment de bonheur.

Baruch n'est plus depuis très longtemps. Il repose près de mon papa, côte à côte à Dimona et quand je me recueille devant mon père, j'ai l'occasion de me souvenir de mon aîné de la manufacture Kaftane.   

http://notrehistoire.ch.s3-eu-west-1.amazonaws.com/photos/2013/01/218e6f971c5114ca_jpg_530x530_q85.jpg

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Published by Camus - dans Rions un peu
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