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15 novembre 2009 7 15 /11 /novembre /2009 09:08

  Le coup d’œil par Camus


Histoire racontée par un ami lors d'une veillée. Sans doute imaginée et peut être vraie.

J’étais trois mois sans emploi et les petites annonces ne s’avéraient pas efficaces. Pourtant je ne me m’avouai pas vaincu. Essai après essai et puis encore une fois recommencé.

Je revenais d’une entrevue chez un employeur qui m’avait dit :
— L’emploi que je propose est bien modeste pour vous. Vous avez les capacités d’être directeur de banque.
— Je ne dirais pas non à une telle proposition, répondis-je blasé.
Je me retrouvais encore une fois dans la rue, désappointé. Cela devait se voir sur mon visage, car une déguèza* m’arrêta en me disant :
 — Vous souffrez d’un coup d’œil, mon bonhomme. Je pourrais vous aider. Offrez quelques pièces et tout ira bien.
Je n’avais pas le choix et la prenant au sérieux, j’ai vidé ma poche, ce n’était pas beaucoup, 15 euros tout juste.
 — Vous n’êtes pas sérieux, mon ami. Glissez-moi un billet ! Vous avez sûrement une carte bancaire ? Servez vous en, je vous attends sous cette arbre.

Pris dans l’envoutement de ses yeux verts, je me mit en route, et j’étais bientôt de retour avec 50 euros en poche, 25 dans mon porte feuille et 25 dans ma poche arrière.

La jeune devineresse me prit la paume de la main droite, me regarda droit dans les yeux et me dit avec un hochement de tête :

— J’avais raison ! C’est un coup d’œil grand comme un œuf. Prend cette ficelle rouge liée dans ta main et fermes la !
Passes la cordelette dans l’autre main et tiens la bien close.
Maintenant de ta main libérée, sors ton portefeuille et fais jaillir le billet de banque. Ouvre tes deux mains.

Miracle ! De ma main gauche le lien de la ficelle rouge a été défait et de la droite le banque note a disparu dans les profondeurs de la blouse de la déguèza.



— Sors le deuxième billet de ta poche révolver m’ordonna l’ensorceleuse. J’obéis à contre cœur.

 — Pourquoi fais tu cette gueule ? Vas sur le champ voir un embaucheur et tu seras recruté de suite. Mais si tu veux une place aisée, avec une bonne rémunération, et une belle pension, et air conditionnée, vas de nouveau à la banque et apportes moi des beaux billets. Je t’attends à la même place.

Je suis parti au pas de course, non à la banque mais à la quête d’un travail. Le premier patron sollicité me donna une réponse affirmative. J’ai commencé un travail pépère que je n’ai pas quitté jusqu’à la retraite. J’ai longtemps recherché la diseuse de bonne aventure pour la remercier et lui offrir un bonus, mais je ne l’ai jamais retrouvée.

— Dommage ! Je fais remarquer à mon copain, sinon tu aurais été riche comme Crésus, il fallait seulement glisser la dîme chaque mois dans les mains de la déguèza.

Je dis toujours la vérité, mais ne me prenez pas trop au sérieux.

Note :
La déguèza* : diseuse de bonne aventure.


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Published by Camus - dans nouvelles
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