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28 septembre 2013 6 28 /09 /septembre /2013 07:54
 

« Je suis née musulmane au pays du jasmin, mes parents m’ont donc prénommé Yasmina.
Mon mari est né chrétien dans un pays de l’Amérique Centrale. Nous sommes convertis au Judaïsme orthodoxe et Israéliens depuis bientôt deux semaines, le 1er janvier 2012 ».

 

Le récit de Tzipora :

Mon père est un homme très instruit aux idées larges, curieux, chercheur. Il occupe un poste fort important qui nous permet un train de vie confortable. Nous habitons une propriété opulente au Nord de La Tunisie, le pays du fell et du jasmin.

Mon enfance se passe heureuse. Mon père m’apprend à réfléchir, à penser et ne pas voir les choses telles qu’elles sont décrites.

« Raisonne et pose toi des questions : ce que tu entends est-il cohérent ? Tout est à déchiffrer ma fillette ».

Alors je pense, donc je suis.

 Malgré son éducation dans les meilleures universités connues, mon père reste un religieux fanatique et ne rate aucune des cinq prières journalières.

L’ambiance générale en Tunisie est laïque, jusqu’au jour de l’attaque horrible des Twins Towers à Manhattan. Cette agression abominable rase les deux tours jumelles et son résultat est de 350 morts, dont 80 pompiers venus à la rescousse le premier jour, le 11 septembre 2001.

Ce jour satanique, de deuil international nous trouve en pleine euphorie en Tunisie. Nous sommes fiers, nous les braves islamistes contre l’Occident. Le lendemain en allant à l’école, je vois de très nombreuses écolières la tête couverte ou voilée. C’est le début du règne de l’islam, Allah laisse sa place à Ben Laden. Je suis comme tout le monde, je ne pose pas des questions de conscience et ce n’est que trois ans plus tard que je commence à douter.

En effet je commence à penser (donc, à être) :

« Allah est Rahmane ou Rahim, charitable et miséricordieux. Alors s’il en est ainsi pourquoi la loi musulmane la Charia permet-elle le Djihad, la guerre de religion ? Le Coran est-il la voix du Très Puissant ou a-t-il subi des ajouts ? Le Karim, le bienfaiteur permet-il des assassinats en son nom » ?

« Pourquoi les femmes sont considérées religieuses, si elles portent le voile ou le nikab ? le visage masqué éloigne-t-il le péché » ?

Tout cet oujâa erras, brouhaha de question me fait martel en tête et je décide de poser des questions à mes enseignants et à mes parents. Je reste en classe, après tous pour poser des questions à mes Profs. J’arrive vite à la conclusion que mes embarras énervent mes interlocuteurs :

« Tes questions dérivent de la bonne raison, me dit le professeur d’histoire. Je veux bien les oublier, mais si ça continue, je te collerais des zéros ».

« Yarsoul’Allah, Allah nous garde, crie maman » !

Et avec papa c’est seulement un regard triste et sévère qui me scrute.

Je décide de me taire, faute de quoi on me prendra pour une maboula, une folle et je risquerai d’être enfermée dans la Manouba. Depuis je cache ma véritable personnalité, je me refuge pour ainsi dire derrière un masque.
A quinze ans je commence à m’intéresser aux actualités. Je vois à la télévision les nouvelles du Moyen-Orient diffusées par la chaîne El-Djazira. Des communiqués nous rapportent la situation des pauvres Palestiniens souffrant sous la botte israélienne. Evidemment, je sens de la rancœur envers les soldats ennemis. Mais une voix intérieure me dit que je ne vois et n’entends qu’une face de la pièce. « Est-ce toute la vérité ? L’affaire Mohamed El-Dhura revient souvent aux débats. A-t-il été abattu par les soldats Juifs, ou est-ce une mise en scène » ?

Sentant ma tête éclater je cherche des réponses dans Internet concernant cette affaire et aussi sur toutes les énigmes non résolues. J’en apprends des choses qu’on ne me disait pas. Un doute s’infiltre dans ma tête d’adolescente et je dis à un correspondant :

« Je ne crois plus ». Sa réponse m’a ouvert une voie :

« Ne perds pas le foi, sinon tu perdras tout. Cherche ta vérité, sans relache ».

http://www.amit4u.net/vault/synagogue%20a%20Brooklyn.jpg

A dix-huit ans je m’inscris à l’université Seattle à Washington. Je commence à y étudier et dans mes moments libres je cherche tout ce que peux trouver sur la théologie, dans Internet. Je lis pendant des heures, infatigable. Un web m’attire particulièrement, c’est celui de Habad.

Je ne sais pas encore que c’est un site Judaïque. J’y lis tout sur la Paracha de la semaine, les Midrachims, les explications fines de Rachi, le pchat, les écrits et les razim, les sous-entendus. Je sens mon corps et mon âme libérés, je trouve toutes les réponses, Baroukh Hashem Grâce à D ieu. A ma troisième année à Washington je décide que le prochain cycle je le ferais à New-York, pour être plus proche de Brooklyn, le Centre Culturel Juif.

J’allume des bougies la veille de Chabbat, me déconnecte de mon ordinateur du vendredi au crépuscule jusqu’à la sortie du Chabbat. Je trouve cette ambiance sainte sublime. C’est comme si tout s’arrête un jour et on est à l’aise dans le repos mental et physique.

Dès mon arrivée à New-York je me rends à la Synagogue de Brooklyn pour y recevoir le Chabbat, la Kabbalat Chabbat.

A lieu de m’inscrire à l’université je demande à être reçue dans une yéshiba, un collège de jeunes filles afin d’y apprendre les Cultes. En même temps je demande au Rabbin de me convertir au judaïsme. Il me conseille de réfléchir, étant musulmane je risque d’être tuée après ma conversion. Je reviens à l’attaque chaque semaine et je comprends enfin que les renvois du Rabbin consistent à savoir si je suis vraiment convaincue dans ma décision. Je suis enfin convertie et on m’offre un travail de secrétaire au sacro-saint du Centre Culturel Juif, au Beith-Loubavitch. Et on me trouve un fiancé aussi. Nous décidons de nous marier, sa seule condition est que nous fassions notre Alya en Israël. Ce que j’accepte volontiers, je rêve de La Terre Sainte depuis des années.
Ma mère est la seule personne de la famille venue assister à mon mariage. Elle est arrivée, il est vrai pour me persuader à retourner en Tunisie. Nous avons pleuré toutes les deux, l’émotion étant trop forte. Moi de ne pouvoir la persuader que là est mon bonheur et la tranquillité de mon âme et elle parce qu’elle trouvait quelle perdait ainsi une fille, mon père n’accepterait pas de compromis…

De son côté papa me parla calmement au téléphone. Un jour il vient me voir dans ma maison de location. Il entame une discussion interminable en arabe tunisien. Il me propose de l’accompagner le lendemain à son retour en Tunisie.

« J’ai un billet pour toi, appelle-moi ou je t’appellerai. Nous nous retrouverons à l’aérodrome ». Il ajoute quelques mots en latin. Mon mari comprenant qu’il nous souhaite d’être heureux lui sourit et lui tend la main qui reste dans le vide. Le lendemain papa m’appelle et demande si je suis en route pour l’aérodrome. Devant ma réponse négative, il coupe la discussion et ne me parlera plus.

Nous faisons notre Alya et sommes citoyens israéliens depuis bientôt deux semaines, le 1er janvier 2012. J’adore ce pays, je le traverse et reconnais ces collines ouvertes d’oliviers que j’ai déjà vues dans mon imagination, j’aime le climat sec du Negev

Je suis désolée de ce qui se passe en Tunisie après la révolution du jasmin qui a vu les extrémistes diriger le pays. Je ne pense pas qu’ils suivent la bonne route ou qu’ils savent où elle se trouve. Une proposition de loi est incohérente : celle de considérer comme un délit toute relation avec des personnes israéliennes. Ainsi si j’appelle maman au téléphone, elle risque d’être interrogée par les autorités. La police qui ne fait pas grand-chose quand il s’agit de désordre et vandalisme sera certainement très habile concernant les rapports avec Israël.

Mon nouveau nom est Tzipora (dans la Bible la fille de Yétro et femme de Moïse).

Le récit de Joseph :


Je suis né José-Manuel Guetterez en Honduras, d’origine chrétienne. Mes parents sont riches. Papa dirige une grande firme importante de ravitaillement pour des grands groupes, le catering. Nous somme pratiquants et fréquentons l’église de la ville.

Mon père voyant des préliminaires d’une modération de l’économie des pays d’Amérique Centrale, s’empresse de liquider sa société avant la grande crise.

 

Nous nous installons à Huston, Texas où papa monte une nouvelle affaire de transports, nettoyage et de surveillance-vigile dans les grandes sociétés. Petit à petit son travail prend de l’ampleur et nous n’avons plus aucun problème afin de maintenir un mode de vie cossu.

Mon père se sent dépaysé dans la nouvelle église où nous prions, ce qui le pousse à créer une nouvelle sur le modèle de celle dont avions l’habitude en Honduras. Nous nous attelons avec zèle à chercher des fidèles, tâche à laquelle toute la famille prend part. Les nouveaux venus nous épaulent et bientôt nous voyons notre communauté grandir et atteindre 500 personnes, toutes de l’Amérique Centrale, toutes contentes de retrouver les modulations connues.

A mon adolescence je reçois des responsabilités dans l’organisation et je me trouve à mon aise. Jusqu’au jour où…

 

Le prêcheur de la communauté annonce un beau jour après la messe, qu’il nous quitte pour la bonne raison que son désir est de se convertir au judaïsme. Son annonce nous laisse bouche bée, tous les fidèles aimant le prédicateur ils ne peuvent pas rester insensibles à son information.

85 personnes le suivent dans sa nouvelle voie et moi de même reste fidèle à cette personne si captivante. C’est ainsi que je reçois mes premières notions de judaïcité dans une Yéchiba de Brooklin. Je suis parfaitement en harmonie avec ma nouvelle confession. Des nouvelles portes s’ouvrent devant moi, celles de l’Ancien Testament et de l’histoire juive dont je me sens membre incontesté. Je suis converti par le rabbin du Centre Orthodoxe à Manhattan.

Avec le temps je fais connaissance avec Tzipora et nous décidons de nous marier et faire notre Alya. Nous sommes en Israël depuis peu. Dommage que s a famille ou plutôt son père a coupé avec elle, contrairement aux miens.

Mon nom en Israël est Yossef en souvenir de Yossef Ha-Tzadik, le fils de notre ancêtre Jacob.

Camus Bouhnik Beer Sheva

A paru dans Amit le 12 janvier 2012 : http://www.amit4u.net/newsarticle/10683,1309,26120.aspx

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Published by Camus - dans Bienvenue
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