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1 avril 2014 2 01 /04 /avril /2014 01:20

La Pchicha

Avec Ayala

 

Ayala.jpg


Source : La cuisine de chez nous

 

Une coutume juive-tunisienne veut qu'on mange la Pchicha la veille du mois de Nissan, cette année, le 31 mars 2014 au soir.

La Pchicha ou Pchich est un mélange de blé, pois chiches, févettes chauffés au four et moulus avec un ajout d'épices. On dit que chaque ville a ses habitudes, j'ajouterai que chaque ville a sa manière de cuisiner les recettes tunisiennes et chaque ville a sa Pchicha.

J'ai vu la recette de La Pchicha des Juifs Tunisois et celle des Djerbiens.

Je vous proposerai deux recettes, l'une sfaxienne et l'autre gabésienne. Le résultat donnera deux bonnes Pchicha tout aussi succulentes et fortifiantes : les protéines contenues dans les céréales remplacent fort bien celles des viandes diverses, avec cette aptitude qu'elles n'incitent pas le cholestérol HDL.

On mange la Pchicha à Tou-Bichvat la nouvelle année des arbres qui tombe le 15 Chvat, la semaine du festin d'Ytro avec un ajout de fruits secs (et bonbons, si l'on veut). On la remue alors à l'aide d'une clef, symbole de la prospérité -. 


Ingrédients pour la Pchicha sfaxienne :

1/2 kilo de blé

165 gr de févettes décortiquées

300 gr de pois chiches

80 gr de graines de coriandre (tabeul)

80 gr de graines d'anis (bechbèche)

20 gr de cumin

20 gr de carvi (keryilla)

1 pelure d'orange desséchée et pilée

Note : selon la recette de ma belle-mère Miha Bouhnik (zal)


Ingrédients de la Pchicha gabésienne

1/2 kilo de blé

165 gr de févettes décortiquées

330 gr de pois chiches

80 gr de graines de coriandre (tabeul)

1 verre de sorgho (drô)

1 pelure d'orange desséchée et pilée

Note : selon la recette de Rachel Allouche (zal)
Note : J'ai appris la cuisine auprès de ces deux grandes dames. Que leurs âmes reposent en paix.

La Pchicha que je prépare actuellement

2 kg de blé

1 kg de pois chiches

1 kg de févettes

400 gr de graines de coriandre

400 gr de graines d'anis

1 pelure d'orange desséchée et pilée
 
Préparation :

Chauffer légèrement les céréales au four, après les avoir moulues, ajouter les épices moulus préalablement.

Service :

Ajouter de l'huile d'olive et remuer. Il est possible d'ajouter une demi-mesure d'huile d'olive et une demi-mesure d'eau potable.

A Tou-Bichvat le chef de famille remue à l'aide d'une clef, tous les membres de la famille posent leurs doigts et on récite une prière :

Ya Tharik el Bsis

Bel meftah ibgh'ir meftah

Han âléna ya Rabbi el Fetah

Han âléna ya Moulana

Nissan hal el bibène

Ya Nissan emla el kissenne

Ce qui veut dire traduit du judéo-arabe :

Ô Toi qui mélange le bsisse

Avec la clef ou sans clef

Sois miséricordieux Hashem qui offre la prospérité

Sois miséricordieux ô Toi nôtre Maître

 

Anecdote :

Il y a bien longtemps, mes deux jumelles aînées, élèves du cours supérieur étaient en excursion avec leurs classes en Galilée la veille du mois de Nissan.

Leur père Camus s'était joint à elles comme vigile.

Les écolières étaient divisées en groupes de quatre afin d'acheter les provisions pour trois jours et préparer les repas ensemble.

Ma belle-maman (zal) de son vivant ne souffrait pas qu'on ne suive les coutumes en général et celle de mélanger la Pchicha en particulier.

Elle a en fin de compte compris qu'on ne pourrait pas annuler une activité organisée par l'école, mais elle a ajouté aux provisions à emporter une boite contenant de la Pchicha et un petit flacon d'huile d'olive à mélanger le soir, sans oublier une clef toute neuve enfouie dans la poudre de céréales.

Le soir au motel, les élèves se groupent quatre par quatre dans leurs chambres pour préparer leur repas. L'une des élèves dans la chambre de mes filles remarque la boite de Pchicha, elle l'ouvre et s'exclame :
- Oh ! il y a une clef dedans.

Alors en coupant les légumes mes filles encouragées par leur père, le cinquième du groupe, expliquent ce qu'est la coutume de la Pchicha et une longue conversation s'ensuit, car chaque communauté a ses coutumes. La notre est développée de long en large et en profondeur. Camus qui est du groupe parle alors de la Pchicha. Il explique :

- On la remue alors à l'aide d'une clef - qui est le symbole de la prospérité -. En demandant à Hashem de nous ouvrir toutes les portes, on sous-entend, - à part la richesse et tout le bien offert par notre Bienfaiteur -, l'ouverture du pouvoir d'enfantement et d'accroissement de la famille.

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29 mars 2014 6 29 /03 /mars /2014 07:57

 

         Cette histoire se déroule aux environs des années 3260 du calendrier Hébraïque, soit vers l’an moins 500 avant JC en Babylonie :

 

·        Beaucoup de juifs se retrouvèrent après la destruction du premier temple par Nabuchodonosor_II en moins 586 exilés à Babylone,

 

·        Cette diaspora, comme à son habitude et selon la tradition du Peuple Juif s’adapta très vite tout en gardant des liens très étroits avec Israël

 

·        Suzanne et son mari Ioakim étaient un couple qui vivait de façon prospère dans la banlieue de Babylone :

 

·        Ils habitaient avec leurs enfants dans une très grande maison entourée d’un immense jardin ;

 

·        Suzanne adorait les fleurs, les oiseaux, les fontaines :

 

·        Aussi ce qu’elle aimait par-dessus tout, lorsque la chaleur envahissait son jardin, c’était de se dévêtir et de se  baigner à l’eau fraîche de sa fontaine :

 

·        Ioakim, lui, était un important homme d’affaires, on ne cessait de venir pour lui demander  conseil, aussi  la communauté Juive de Babylone lui avait-elle adjoint deux vieillards pour éventuellement l’assister en tant que juge

 

·        C’est ce qui explique pourquoi, les deux vieillards étaient très souvent appelés à venir dans la maison de Ioakim.

 

·        Un jour, ils aperçurent la femme de Ioakim, Suzanne:

 

·        Suzanne avec sa peau si blanche, sa si belle silhouette, ses cheveux blonds, et ses yeux couleur de velours brun en train de traverser le jardin  :

 

·        C’est comme un  frisson étrangement masculin qui parcouru leur vieux corps décharné :

 

·        Inutile de préciser que depuis ce jour, les deux vieillards multiplièrent leurs visites chez Ioakim, et précisément vers l’heure ou la belle Suzanne se promenait dans son jardin,

 

·        Ce jardin était fermé de toutes parts :

 

·        Chacun des  vieillards, était envahi d’un désir indescriptible qui lui brûlait le ventre.

 

·        C’est bien connu ! Le désir s’accroît lorsque l’effet se recule ! (1)

 

·        Mais aucun d’eux n’en parla à l’autre, jusqu’au jour ou en se quittant, ils revinrent sur leurs pas, sans  s’être concertés, se retrouvant? Ho! Surprise! Ainsi face à face :

 

·        S’étant enfin avoué leur tourment commun, ils décidèrent de séduire la belle Suzanne et de se la partager si seulement ils pouvaient un jour se saisir de ce si beau corps :

 

·        Ainsi ils ne cessèrent d’épier la belle Suzanne, en attendant le moment qu’ils jugeraient favorable :

 

·        Un jour précisément, ou il faisait très chaud, Suzanne ne pu résister à l’envie de prendre un bain :

 

·        Comme c’était une belle femme très distinguée, elle demanda à ses deux servantes, d’aller lui quérir des baumes et des parfums dans la maison, non sans leurs recommander encore une fois, de bien veiller à ce que la porte du jardin fut bien refermée ;

 

·        Hélas ! Les deux libidineux obsédés étaient déjà là !

 

·        Ils se sentaient tout verts, les deux vieillards, et vigoureux comme de jeunes hommes, de plus  de voir ce corps dévêtu et craintif augmentait, allez savoir pourquoi ?  Leurs désirs et leur excitation.

 

·        Les deux vieux proposèrent à Suzanne un marché ::

 

·        Nous voulons avoir une relation avec toi!

 

·        Tout le monde aura compris ce qui se cache derrière ce mot ambigüe de relation?

 

·        Les synonymes sont Rapports, Liaisons coupables

 

·        Ou bien tu acceptes cette relation? Ou bien nous irons témoigner qu’un beau jeune homme était avec toi, là ; caché dans ton jardin :

 

·        C’était plus qu’un viol! Un marché de dupe ! Du chantage!

 

·        Les deux vieillards étaient si peu aguichants, et si repoussants, que Suzanne cria, préférant ameuter le quartier, plutôt que de céder aux menaces des deux maîtres chanteurs, et ainsi leurs appartenir ;

 

http://utpictura18.univ-tlse2.fr/Images/A/0/A0080.jpg

Vien, Joseph Marie (1726-1809)

 

 

·        Ce faisant, les deux méchants hommes, peut-être par orgueil blessé?

 

·        Par dépit surement tinrent leur promesse, Ils témoignèrent qu’ils avaient bien vu Suzanne en compagnie d’un beau et vigoureux jeune homme :

 

·        Il faut souligner qu'en ce temps là?

 

·        Qu'en est-il pour aujourd'hui à la lumière de l'actualité?

 

·        Que vaut un témoignage féminin? 

 

·        En ce temps là donc! Une femme ne peut pas témoigner.

 

·        Plus exactement, son témoignage n'est pas reçu devant les tribunaux;

 

·        Plus grave!

 

·        Un fait ne peut-être être établi que sur la foi de deux témoins

 

·        Et là? En cette circonstance? Les deux témoins ce sont les deux vieux gredins:

 

·        Si on ajoute qu'une femme adultère était condamnée à mort.

 

·        Le sort de la pauvre Suzanne était des moins enviables

 

 

·        Et ils en rajoutaient, les deux barbons barbus!

 

·        Soulignant qu’en cas d’adultère seule la femme est coupable, et que selon la loi, dans ce cas de figure notamment, celle-ci doit être lapidée ;

 

      

·        Naturellement, nous le savons tous! L’homme adultère, lui ! Lui "IL" a d’excuses, :

 

·        De trop forte pulsions, une épouse acariâtre, ou encore comme c'est très souvent le cas l’invite d’une séductrice trop séduisante :

 

·        Bref ce n’est jamais, et vous l'admettrez, de la faute de l’homme d'être adultérin c’est bien connu :

 

·        Pour ce qui est de l'homme c'est un accident et pour ce qui est de la femme une faute:

 

·       

·        Devant ces témoignages de personnes si honorables, Suzanne fut condamnée à mort par lapidation ;

 

·       

·        Suzanne ne se plaignit pas, ses seules paroles furent une  prière vers le D.ieu d’Israël :

 

·        Et son D.ieu l’entendit ;

 

·        D.ieu lui répondit par l’intermédiaire de la voix d’un enfant ;

 

·        Du fond de la salle du tribunal, une voix d’enfant s’éleva,

 

·        On le fit venir, l’enfant était beau, il avait des yeux noirs, qui brillaient, des cheveux bouclés, il s’appelait Daniel, et il ressemblait à un ange :

 

·        Cet enfant demanda que l’on entendit les deux vieillards séparément, curieusement c’est lui qui menait l’enquête ; :

 

·        Comme il soupçonnait que les deux méchants hommes s’y connaissaient en horticulture, il demanda à chacun séparément sous quel arbre s’était passée l’étreinte de Suzanne avec le beau jeune homme :

 

·        le premier déclara accablé ! Un acacia !

 

·        Le second annonça tremblant ! Un tremble !

 

·        L’assemblée, devant cette preuve évidente de faux témoignage poussa un cri unanime :

 

·        C’était maintenant le prophète  Daniel! Qui à l'image d'un ange!

 

·        Un ange tenant en main une épée flamboyante allait fondre sur les deux hommes et les fendre par le milieu !

 

·         

·        Pourquoi ? Tout ceci ?

 

·        Pourquoi, toute cette histoire ?

 

·        C’est pour vous avertir, que s’il vous arrive de rencontrer une Suzanne une Suzette, ou une Suzy.   Même virtuellement, sachez que celle ci restera toujours pudique et, aussi, fidèle envers son mari :

 

·        Qu’enfin si vous persistez, à la désirer, essayez plutôt de gagner son cœur, plutôt que de la convaincre par la force :

 

·        Elle risquerait dans ce cas de figure d’en appeler à son D.ieu d'Israël qui enverrait alors un certain prophète nommé Daniel.

 

·      

·        Daniel est l'un des grands prophètes de la Bible hébraïque ou Ancien Testament.

 

·        Daniel donnera des prophéties montrant combien D.ieu dirige l'histoire de l'Humanité.

 

 

 

                       

 

Jean-Baptiste Santerre, copie d'après Rembrandt 

 

·        Polyeucte (1643), I, 1, Horace

 

Citations de Pierre Corneille

 

Pierre Corneille

 

·        Source : Et le désir s’accroît quand l’effet se recule. – Car ce n’est pas régner qu’être deux à régner. – Je Corneille Pierre | Dico - Citations - Dico citations

 

***

 

Une autre source, Wykepedia :


En 1548, le poète Guillaume Guéroult publie une chanson spirituelle intitulée Suzanne un jour qui deviendra très connue :

Suzanne un jour d'amour sollicitée 

Par deux vieillards convoitant sa beauté 

Fut en son cœur triste et déconfortée 

Voyant l'effort fait à sa chasteté. 

Elle leur dit : si par déloyauté 

De ce corps mien vous avez jouissance, 

C'est fait de moi ! Si je fais résistance, 

Vous me ferez mourir en déshonneur : 

Mais j'aime mieux périr en innocence 

Que d'offenser par péché le Seigneur. 

La pièce est mise en musique par Didier Lupi Second1. Le texte fut repris par de nombreux compositeurs (et parmi les plus grands : Roland de Lassus, Cyprien de Rore, Claude Le Jeune, Eustache Du Caurroy...) et devint particulièrement célèbre dans la seconde moitié du XVIe siècle2. Source : http://fr.wikipedia.org/wiki/Suzanne_et_les_vieillards

 

Moralité :

Tu ne porteras point de faux témoignage contre ton prochain

Tu ne convoiteras point la femme de ton prochain

 

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27 mars 2014 4 27 /03 /mars /2014 10:03

C’était la bonne adresse !

Alors que je poursuivais des études de droit à l’Université de Tachkent, je dus passer un stage sur la répression de la délinquance juvénile. Pour cela, on m’envoya d’abord en Ukraine. Bien entendu, je m’empressai de rechercher la communauté juive  ;alors que j’errai dans les rues en regardant les passants, j’arrivai devant une usine. Je remarquai immédiatement un des ouvriers coiffé d’une casquette ouzbek. Je le regardai et il me regarda ; nous avons commencé à parler ensemble et, comme je l’avais supposé, il était juif, pratiquant de surcroît : il s’appelait Avraham Skavlov.

Bien vite, il m’emmena vers l’endroit où se tenait un «Minyane» (office) clandestin, auquel je me joignis aussi souvent que possible, en particulier le Chabbath et les jours de fête.

A la fin de mon stage, nous nous séparâmes avec émotion et je l’invitai à venir me voir si jamais il se rendait à Tachkent.

 

Effectivement, deux ans plus tard, il vint dans ma ville et, grâce à des Juifs rencontrés dans la rue, il trouva mon adresse. J’étais très content de le recevoir et, bien entendu, je lui proposai de rester chez moi tout le temps qu’il se trouverait à Tachkent.

Il me signala alors qu’il avait des parents éloignés dans la ville : «Si je les informe que je dois habiter un certain temps à Tachkent, ils voudront m’inviter et seraient vexés que je préfère habiter chez toi car tu manges cachère. Je n’irai les voir que le dernier jour avant de quitter la ville, je prétendrai n’être à Tachkent que de passage pour mon travail». C’est ce qu’il fit. Il ne se rendit chez sa famille que le dernier jour. 


 Nous avions prévu de nous retrouver à l’aéroport où je lui souhaiterais un bon voyage. A l’heure dite, j’arrivai à l’aéroport et l'aperçu de loin : il était accompagné de ses lointains parents : «Viens ! me dit-il, je vais te présenter !» Il était très heureux, mais ce n’était pas mon cas ! Une de ses parentes n’était autre que la procureure générale sous les ordres de laquelle je travaillai dans les bureaux du tribunal !

Dès que j’en eus l’occasion, je pris à part mon ami et lui demandai : «Dis-moi la vérité ! Que lui as-tu raconté à mon sujet ?»

Naïvement, il m’expliqua qu’il avait eu une discussion animée avec elle. Elle prétendait que le judaïsme n’existait plus en Union Soviétique grâce à l’éducation «progressiste et rationnelle» dispensée par les écoles «modernes et éclairées de la patrie». Il avait rétorqué que ce n’était pas vrai puisqu’il se trouvait encore

des jeunes gens pratiquants, d’ailleurs même dans sa propre ville, des jeunes qui étudiaient la Torah, qui respectaient le Chabbath et bien d’autres Mitsvot. Elle ne l’avait pas cru et il lui avait alors cité mon nom en xemple !

Pour moi, ce fut comme un coup de tonnerre ! Où pourrais-je me cacher ? La situation s’avérait très dangereuse. Il était clair que je devais dorénavant m’abstenir de toute prière ou réunion dans notre «synagogue» clandestine afin de ne pas livrer tous les fidèles aux agents du redoutable K.G.B., les services secrets toujours prompts à accuser les «contre-révolutionnaires» restés attachés à leurs traditions «obscurantistes». Je devais même avertir mes amis

de ne plus me saluer en public afin de ne pas les  mettre en danger.

De plus, même mes études – qui m’avaient demandé tant d’effort ! – étaient maintenant compromises par cet ami si naïf. Durant deux jours, je n’osais pas me présenter à mon travail : comment pouvais-je me montrer à ma supérieure hiérarchique qui savait tout de moi et de mes activités religieuses ?


De fait, c’était justement là toute sa mission : détecter les jeunes gens «en danger» et les ramener dans le droit chemin du patriotisme et du communisme ! Mais par ailleurs, j’étais bien obligé de retourner au travail. Je n’avais pas le choix et je décidai donc d’agir simplement, comme auparavant, comme si rien ne s’était passé. A ma grande surprise, j’eus l’impression... qu’elle m’aidait ! Depuis ce jour, elle me laissa travailler à ma guise et m’aida d’ailleurs dans le traitement des dossiers. Je n’eus plus aucun problème pour manquer le Chabbath et les fêtes : la procureure générale me protégeait !

Un jour, tout en faisant semblant de m’aider dans mon travail, elle me demanda à voix basse si je pouvais lui procurer... des Matsot pour Pessa’h !

- Bien sûr ! Combien de Matsot vous faut-il ?

- 50 kilos me suffiront, répondit-elle.

- 50 kilos ? Cela suffira pour tout un régiment ! Remarquai-je, étonné.

- Mais ce n’est pas que pour moi ! Tous les membres de ma famille sont des communistes haut-placés mais tiennent cependant à manger des Matsot à Pessa’h. Et aucun d’entre eux n’ose se renseigner à ce sujet !

Procurez-moi les Matsot et je les répartirai dans ma famille.

A cette époque, la cuisson des Matsot pour la communauté était confiée à un des ‘Hassidim qui avait déjà purgé une longue peine de prison dans des camps en Sibérie. Reb Mottel Kosliner lui avait trouvé ce travail – bien entendu complètement illégal – afin que cet homme, seul et brisé, puisse subvenir à ses besoins.

 

Je me rendis donc chez ce ‘Hassid et l’informai de cette importante commande. Bien entendu, il s’en réjouit car cela signifiait pour lui un bénéfice conséquent. Je lui donnai l’adresse où livrer ce lourd  chargement mais je ne lui donnai pas le nom de la personne qui l’accueillerait.

Il s’activa pendant plusieurs jours pour parvenir à honorer la commande et, une nuit, il se rendit à l’adresse indiquée avec ses paquets soigneusement emballés. Il sonna et on lui ouvrit. Mais quand il vit qui lui ouvrait, il sentit ses jambes flageoler : ce n’était autre que la procureure générale qui l’avait fait condamner quelques années plus tôt pour ses activités religieuses «illégales» !


Il ravala sa salive, murmura quelques mots d’excuse comme s’il s’était trompé d’adresse mais elle l’arrêta : «Dites-moi ! Qui recherchez-vous ?». Il s’empêtra dans ses excuses et bredouilla qu’on lui avait sans doute donné une mauvaise adresse mais elle insista :

 «Qui désirez-vous ? Je connais tous les habitants de l’immeuble !». Comme il ne répondait pas, elle lui demanda ce qu’il transportait dans ces gros paquets.

Il fut alors obligé d’avouer que c’était des Matsot.

- Mais c’est ici ! Vous ne vous êtes pas trompé d’adresse ! Entrez !

Ce soir-là, Reb Mottel Kosliner qui était le responsable de la cuisson des Matsot vint me trouver, furieux :

 «Tu n’es pas fou ? Le ‘Hassid a failli attraper une crise cardiaque en se trouvant face à face avec celle qui l’avait fait condamner quelques années plus tôt !»

Cette procureure générale a depuis lors, quitté le pays et s’est installée en Israël.

 

Traduit par Feiga Lubecki

La sidra de la semaine : source http://www.torah-box.com/chavoua-tov/tazria-5774_213.html

http://www.torah-box.com/img/og.jpg


http://www.torah-box.com/

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26 mars 2014 3 26 /03 /mars /2014 09:38

Harisset louz : harissa d'amandes 

Noces d'or à Paris 055Harisset louz, l’harissa aux amandes, une pâtisserie aimée des Tunisiens. Durée de préparation 30 minutes. Une recette de Gisèle.

Composants :

3 verres d’amandes, nature, moulues

1 verre de sucre

1 sachet de levure

1 orange râpée et ensuite pressée dans un récipient

Râpures de l’orange

2 verres de farine

1verre de semoule fine réchauffée au four

1 verre d’huile

6 œufs

http://dailysmile.fr/wp-content/uploads/2013/05/amandes610.jpg
Amandes nature

Préparation :

Séparer le blanc et le jaune d’œufs, mousser les blancs.
Mêler les ingrédients et le verre de sucre, et y ajouter les jaunes d’œufs. Ajouter le tout dans la mousse et bien mélanger avec les mains ou dans un robot, sur une toute petite vitesse.
Placer dans un plateau, et lettre au four réchauffé à un une température moyenne à 160 - 180 degrés Celsius.
Lorsque la pâtisserie commence à prendre une couleur, sortir le plateau et à l’aide d’un couteau tracer des coupures en long, en large ou en diagonales selon les formes désirées.

Composants pour le miel :

2 verres de sucre

1 verre d’eau

Une tranche de citron

et

3 gouttes de sirop d’amandes (pas pour le miel, à égoutter sur le gâteau)


http://www.tunecity.net/IMG/jpg/harissa_aux_amendes.jpg
Harissa aux amandes , photo Vivi

Préparation du miel :

Mettre sur le feu l’eau, le sucre et le citron, jusqu’au moment où le sucre se dissolve. Eteindre le gaz. Égoutter sur le gâteau 2 à 3 gouttes de sirop d’amendes, verser le miel sur la pâtisserie, sur toutes les coupures. La remettre au four et éteindre. Laisser le four entrouvert et le gâteau s’attiédir.

Gisèle

La cuisine de chez nous

Bon appétit.


* Parmi toutes les collations sucrées, celle à l’amande sera une des plus nutritives (et savoureuses)  

* et aide à réduire les taux de « mauvais » cholestérol

 

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24 mars 2014 1 24 /03 /mars /2014 11:07

Le casse-croûte tunisien, par Robert Blassin

 

http://www.harissa.com/news/sites/default/files/imagecache/400xY/cassecroute750_1.jpgLe Docteur Victor et moi, venons d’assister à une soirée post universitaire.

Le repas tardif offert à l’issue de cette soirée médicale s’éternisait en longueur.

Et que je t'apporte un médaillon de volaille froid à la sauce Gribiche…et trois pointes d'asperge perdues dans cette grande assiette.

Mon copain Victor m’apostrophe :

- « Echma klèmi » écoute mes paroles : ras-le-bol, on se fait un casse-croûte tunisien ?

- T'es pas cap, on se tire.

Vite, nous voici dehors, débarrassés de tout ce monde guindé se nourrissant de miettes de repas noyés dans un océan de conventions de cuisine « zââma *» nouvelle.

Hop ! en voiture, direction Belleville ! La 2cv reconnaît le chemin par cœur.

A préjuger des qualités du sandwich, inutile de dire que ce cinéma nous met des litres d’eau à la bouche : rien mangé depuis midi.

Garés sur le boulevard, nous fonçons vers le casse-croûteur.

- Tu prends un pain italien ou français ?

- Ecoute j'aime bien le français, mais, une fois rempli, il ramollit comme une éponge.

-  Va pour l’italien.

-  Gab, deux casse sans trop d’huile, thon de Sidi Daoud.

- C'est plus cher.

- On sait.

- Sur place ou à emporter ?

- Non, tout de suite, on s’installe.

Les mains habiles ont déjà saisi et entaillé le pain sur le côté. Le craquement de l’ouverture en confirme la fraîcheur. Il retire une partie de la mie. Maintenant, il tient d’une main le pain, exposé, apte à recevoir la succulente garniture.

- Harissa*?

- Bien sûr !

Gab est là devant son fonds de commerce. Tous ses ingrédients attendent dans les saladiers en verre. Il commence par étaler une couche de carottes écrasées. Puis précisément il organise l'installation à chaque place des acteurs du sandwich : patates, olives noires et vertes gorgées de jus, salade piquante d'artichauts cuits, « slata jiida* » citron beldi*, câpres, beaux poivrons rouges luisants, variantes, «torchi left* », et enfin...thon ; c’est fou ce que les tunes aiment le thon.

- Beaucoup de thon !

- T'inquiète, j’y mets toute la boite !

Un filet d'huile, une cuillère d’harissa et le tour est joué.

Enfin, le casse-croûte tant rêvé envahit l’assiette tel un écrin à moitié ouvert.

- Tu bois quelque chose ?

- Une Celtia.

- Pas de problème !

Nous voici face à face Victor et moi. Les casse-croûtes sont devant nous, prêts à rendre leur dernier soupir. Le pain est heureusement craquant, lourd à souhait. En premier lieu je subtilise une olive, que je jette dans ma bouche. Celle-ci me déclenche une faim de fauve. Mais j’hésite à dévorer le sandwich fermé ou à y piquer, comme un oiseau, ce qui m’intéresse.

J'ai choisi de le manger fermé ; enfin j'essaie de le fermer, on me comprendra, il est impossible de le maintenir ainsi.

Un gros coup de dent, voici le quignon entamé. Le trop plein d’huile file dans l’assiette.

Malgré mon entraînement  ancestral, c’est fou, je ne parviens toujours pas à manger http://frantz.bieres.free.fr/pages/img/biere/Monde/celtia.jpgproprement : c’est tantôt une olive, une variante, des miettes de thon qui atterrissent dans l’assiette. Pas de souci, je les récupère. Un coup d'oeil sur le combat de Victor, c’est pas mieux, il est huilé jusqu’aux poignets et me regarde comme un « mekloub* » Je retire un poivron ; il ne s’agit pas de l’entamer par la queue ! je goûte, super piquant ! j’ai le palais en feu, vite, une autre bouchée pour apaiser. Maintenant, ma langue reconnaît la somptueuse salade d'artichauts.

-  Vachement bon ce casse !

La bouche entièrement embouteillée, la goutte au nez, Victor ne peut répondre.

Rapidement, tout y passe.

 Zut ! il ne reste que deux ou trois bouchées ; j’achève toujours par le quignon : le dernier craquement est un rêve… une dernière gorgée de Celtia… au goulot, bien sûr !

J’ai encore faim…

- Gab, deux briks aux pommes !

- On vient de des frire, régale-toi mon fils !

Cette brik n’est pas du tout dégueu ; une giclée de  citron et elle croustille déjà sous la dent, la farce est sympa et suffisamment poivrée.

Victor, on a super bien fait de quitter cette réunion, je suis heu-reux !

On va terminer en beauté. « Ija » viens, je te paie le makroud* de l'amitié !

 

© Robert Blassin (Meir Belhassen) http://www.harissa.com/news/article/le-casse-cro%C3%BBte-tunisien-par-robert-blassin

***

Glossaire :

Zââma * : soit-disant
Harissa* : pâte de piments piquants rouges pilés, assaisonés d'ail avec un filet  d'huile d'olive

Slata jiida* : salade fine

Citron beldi* : citron confit

Torchi left*: salade de navets assaisonés

Mekloub*: enragé  (l'auteur voulait dire qu'il a une faim de chien enragé), expression courante en Tunisie

Makroud* : gâteau de semoule farcie de dates degla ou de pâtes de dates et trempé dans le miel


Le Kif, c'est le verre de Boga-Cidre frappé qu'on boit après un bon casse-croute Tunisien 

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17 mars 2014 1 17 /03 /mars /2014 09:11

Après la kbaha*, la treha*

Un bateau de croisières en Méditerranée qui va de port en port :

Marseille, Naples, Tunis …

On danse, on boit, on joue tous les soirs et le matin,

le bateau débarque ses passagers pour la journée ou pour quelques heures.

Tunis : visite des souks, achats, un tour en ville, on prend des photos, on déjeune, on retourne voir les marchands et puis les taxis vous reconduisent au bateau.

Il y a des retraités que rien ne déprime, des amoureux qui savourent leur bonheur intact. C’est la belle vie des riches que les mastodontes des mers ont mis à la portée de presque tous. C’est une activité touristique intéressante  car elle rapporte des devises tout de suite et elle fait connaître le pays à beaucoup de gens qui pourraient  y retourner pour des séjours plus conséquents.

Un matin,  on interdit aux passagers isaréliens de descendre : ils n'avaient pas été prévenus qure leur présence n'était pas souhaitable; Les autorités tunisiennes, la police, la douane, le ministère du tourisme ont menti, prétexté des formalités non prévues pour ne pas dire la vérité : les israéliens, ils n'en veulent pas comme touristes, tout comme ils ne voulaient pas qu'un tennisman tunisien puisse rrencontrer un tennisman israélien.  On importe un conflit du Moyen Orient, (attention on ne parle pas des massacres en Syrie) dans le sport, dans le tourisme, activités qui devraient toujours être préservées.  Ils ne sont d’accord sur rien dans ce pays sauf à désigner un seul responsable de leur déconfiture et de leurs échecs: Israël la nation start-up !

C’est une histoire triste ?

Et bien non !

C’est une histoire qui se termine par la punition du méchant : la Tunisie n’aura plus le privilège d’accueillir les bateaux de Norwegian Cruise Line .

Les autorités tunisiennes ont parlé d’un « problème de procédure », mais le croisiériste les a accusées de discrimination.

« En réponse à cet acte discriminatoire, Norwegian Cruise Line annonce aujourd’hui qu’elle annule toutes les escales restantes en Tunisie et qu’elle ne reviendra pas ».

« Nous voulons envoyer un message fort à la Tunisie et aux ports à travers le monde que nous ne tolèrerons pas de tels actes de discrimination contre nos clients », a dit Kevin Sheehan, le patron de Norwegian Cruise Line.

« Nous sommes scandalisés par cet acte et par le fait que nous n’ayons pas été notifiés par avance de cette pratique », a-t-il poursuivi.

Ceux qui voulaient humilier des touristes israéliens ont reçu leur punition.

(Kbaha* : violence et vulgarité )

(Treha* :punition)

André MAMOU

Source : http://www.tribunejuive.info/tourisme-intenational/tunis-apres-la-kbaha-la-punition

 

http://www.tribunejuive.info/wp-content/uploads/2014/03/vue-des-souks.jpgLes souks de Tunis

 

Réplique de Mme Amel Karboul, ministre du tourisme en Tunisie :


Dans un entretien accordé par Amel Karboul à plusieurs médias locaux et étrangers, la ministre du Tourisme a affirmé que les croisiéristes israéliens empêchés d’entrer en Tunisie n’ont pas été victimes de discrimination à cause de leur nationalité, mais qu’il s’agissait d’un simple problème de procédure. En effet, Amel Karboul précise que les Israéliens doivent se rendre au consulat pour demander un laissez-passer, du fait de l'absence de relations diplomatiques entre Israël et la Tunisie. Ce qui n’a pas été fait dans les délais nécessaires, d’où leur refoulement. « On n'a pas la possibilité en Tunisie d'acheter le visa à l'arrivée […] nous sommes un pays de droit. Comme (dans) tous les pays du monde, il y a pour certaines nationalités des visas ou laissez-passer qui sont obligatoires [...]. Ce n'est pas lié à une seule nationalité », a-t-elle affirmé dans une déclaration rapportée par l’agence de presse AFP.  


Abordant la question épineuse des relations tuniso-israéliennes, et ayant été elle-même au cœur d’une polémique, au moment de sa nomination, à cause d’un ancien voyage d’affaires effectué à Israël, Mme Karboul tranche : « Nous espérons recevoir sept millions de touristes étrangers cette année en Tunisie. Sept millions de personnes de toutes nationalités, de toutes religions, de toutes ethnicités ». Sans distinction aucune donc.
Elle a, par ailleurs, appelé la communauté juive à venir comme chaque année au pèlerinage de la Ghriba, « venez nombreux et [...] surtout avec les jeunes !», a-t-elle dit.

cafe

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16 mars 2014 7 16 /03 /mars /2014 17:17

כל הכבוד אבנר, חג פורים שמח. מצווה לשמוח ביום החג ואתה המשמח את הבריאות, זוכה במצוות...

מילים:אשר מזרחי ז"ל יליד ירושלים מתוניס- לחן: רחמים עמר ז"ל מירושלים -פיוט על הגאולה במהרה בימינו אמן

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Published by Camus Bouhnik
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16 mars 2014 7 16 /03 /mars /2014 07:51

Extrait du livre :
Contes et Légendes du Mellah de Marrakech,
par Thérèse Zrihen-Dvir.

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Thérese Zrihen-Dvir
E-mail : phoenix1@012.net.il


Les Jouets de Pourim

Avec le printemps, vint Pourim, l’excitation, les jeux, les jouets et les déguisements pour les enfants. Dans les rues du quartier, la grande majorité des garçons était armée de faux pistolets qu’ils dirigeaient vers une cible invisible en criant Harour Haman (1). Nous les filles, étions leurs malheureuses victimes. La détonation des balles était suffisante pour nous faire fuir à leur approche.

Pourim (2) est plutôt considéré comme la fête des enfants. Ils marchaient en procession déguisés en Reine Esther, Mardochée, Haman et enfin, en Roi Assuérus. Pour l’occasion, le Mellah revêtait spécialement une auréole magique.

Les familles, à Pourim, échangeaient entre elles des cadeaux. Il y avait aussi cette tradition exceptionnelle de préparer des paquets de victuailles pour les familles pauvres que les enfants distribuaient bénévolement.
Au premier jour de Pourim, dans le quartier, on pouvait les voir défiler, déguisés en Reine Esther, Mardochée et en Roi Assuérus. Ils longeaient les murailles des rues, les bras encombrés de présents joliment empaquetés et frappaient aux portes des familles indigentes.

Après le remariage de ma mère, j’habitais chez mes grands-parents qui m’achetaient rarement des jouets, mais m’offraient plutôt de précieux bijoux. Pendant de longues années, cette coutume m’ennuyait, mais je ne pouvais ni faire ni dire quoique ce soit tant ils étaient certains de m’offrir le cadeau le plus souhaitable.

Cette année-là, Grand-père étant gravement malade, je passais le plus clair de mon temps à son chevet.
"Enfant," me dit-il, une semaine avant Pourim, "Je n’ai pas eu le temps de te préparer un bijou cette année. Nous avons beaucoup d’articles précieux dans le coffre-fort, va te choisir un cadeau pour Pourim."
"Pépé," lui répondis-je, légèrement embarrassée. "Ce n’est guère nécessaire. J’ai suffisamment de bijoux que je porte rarement. Cette année, je peux m’en passer."
"Non, non, tu ne devrais jamais dire une chose pareille mon enfant," me répondit-il. "J’ai une excellente idée. Dans le coffre, il y a des ustensiles de cuisine miniatures en argent que j’avais préparés pour la fille d’un riche commerçant. Il n’est jamais venu les réclamer et ainsi ils sont restés en ma possession, quoiqu’il les ait payés d’avance. Les voudrais-tu ?"

"Et si le commerçant venait les chercher," lui dis-je, "que feras-tu ?"
"Je le dédommagerais bien entendu et toi tu pourras garder l’ensemble pour toi. Bien sûr que ce sont des jouets que tu ne pourras pas utiliser pour faire la cuisine, tu le sais, je l’espère," m’expliqua-t-il.
"Je le sais Pépé. Comme je voudrais avoir une dînette ! Une vraie en terre cuite, pour que je puisse cuisiner, comme le fait Mémé," répondis-je.

C’était la première fois que j’avais eu l’audace d’exprimer ouvertement mon opinion sur les cadeaux de Pourim. Mon grand-père réalisa soudain que la famille entière n’avait jamais tenu compte de mes simples désirs de petite fille. Quand je le quittai pour me rendre à l’école, Grand-père se leva du lit, s’habilla élégamment comme de coutume, prit sa canne et se dirigea vers marché. Il acheta une dînette complète en terre cuite qu’il déposa sur mon lit à son retour.

Le rayonnement de joie sur mon visage fut sa meilleure récompense, m’avoua Grand-père plut tard. Seigneur, comme ces petits ustensiles étaient beaux et finement peints à la main ! Mes doigts tremblaient en les effleurant. Comment en faire usage sans les casser ou les endommager, me demandai-je. Grand-mère remarqua mon hésitation et intervint brusquement,

"Enfant, les jouets ont une vie très courte et c’est leur raison d’être. Va dans notre grenier et prends tout les ingrédients nécessaires pour préparer un petit repas dans ta dînette. Invite tes copines pour le pique-nique rituel de Pourim dans les grands jardins de Jnan El Afia (3) à l’extérieur du quartier juif."

Elle n’eut pas besoin de me le dire deux fois. Je partis en flèche chez mes amies de classe pour discuter les détails, préparer la liste des ingrédients nécessaires et celle des participantes entre lesquelles je pris l’initiative de répartir les rôles. Il fallait apporter des pommes de terre, des œufs, de la viande, du poulet, des tomates, des concombres, des oignons, du persil, de l’huile et évidemment un tapis, des oreillers et une corde pour la balançoire. Et surtout, ne pas omettre de se munir d’une quantité suffisante de charbon et d’allumettes. Chacune de nous avait évidemment sa dînette qu’elle voulait utiliser pour l’occasion.

En rentrant chez moi, j’étais tellement excitée que je n’arrivai pas à fermer l’œil de la nuit.

Imaginez le matin suivant, une troupe de dix fillettes,  âgées de huit à dix ans, parées http://www.tunecity.net/IMG/png/Esther.pngde leurs déguisements de Pourim, les frimousses exagérément fardées, défilant orgueilleusement dans les ruelles de notre quartier.
Avec nos yeux soulignés au khôl, notre visage plâtré de fond de teint, une couche généreuse de fard à joue, à en faire honte à une pêche, et nos lèvres outrageusement colorées, il ne faisait aucun doute que toutes les beautés du monde ne nous arrivaient pas à la cheville.

En bande joyeuse, nous faisions route vers le parc, les bras lourdement chargés de tous nos paquets. Nous étions si ravies de nous sentir libres et surtout mûres ! La grande majorité des filles étaient prêtes à défier le monde et surtout lui prouver notre compétence à gérer nos vies indépendamment - du moins nous en étions convaincues.

Une fois dans le parc, nous repérâmes un joli coin agréable au pied d’un eucalyptus géant où nous étendîmes notre vieux tapis rafistolé. Les plus dégourdies d’entre nous grimpèrent sur l’arbre et s’attelèrent à monter une balançoire s’aidant d’une corde solide qu’elles nouèrent autour d’une branche ferme, plus ou moins horizontale. Lorsque la balançoire fut finalement installée, nous défîmes nos paquets. Nous avions une quantité inouïe de pommes de terre, de tomates, d’oignons, d’œufs, de concombres, de feuilles de menthe et de persil sans compter les portions de viande et de poulet. Nous étions persuadées être suffisamment talentueuses pour cuire tout cet amas de victuailles et même éclipser les prouesses de nos mères.

Allumer le feu dans les petits fourneaux en argile remplis de charbon s’avérait être une entreprise bien compliquée. Le feu ne prit qu’après maints efforts et comme nous n’avions pas de soufflet, nous nous servîmes de nos poumons. Au terme de nos efforts, nos yeux étaient pleins de cendre et nos visages couverts de poussière de charbon, sans parler de l’état lamentable de nos vêtements qui évoquaient, à présent, ceux des ramoneurs.

Il fallait commencer à éplucher les pommes de terre pour en faire des frites et remplir la petite marmite d’eau puis y placer les morceaux de viande et de poulet. Avant de procéder à la cuisson, nous n’oubliâmes pas d’ajouter du sel, du poivre et de l’huile. La marmite se mit à bouillir trop rapidement à notre goût et son continu commença à déborder. Ce fut la panique, et aucune de nous ne semblait savoir comment éviter l’imminente catastrophe. Il y eut beaucoup de cris et de rires simultanés. Avec nos drôles têtes, nos visages noircis de charbon, nos habits tachés d’huile et cette marmite brûlante qui ne cessait de déborder, c’était la vraie pagaille.

J’eus la formidable idée de soulever le couvercle et miracle, l’ébullition diminua.
Nous devions également préparer une salade - entreprise très aisée pensions-nous ! Franchement, elle était loin de ressembler à celle que nos mères nous servaient à la maison. Chacune d’entre nous était prête à jurer que personne au monde n’en avait jamais réussi de meilleure. Nous la goûtâmes. Josiane fut la seule à dire d’une voix presque éteinte : "il y a trop de sel et de poivre et beaucoup d’huile. Les tranches de concombre et de tomates sont trop épaisses !"

"Elle est parfaite," répliqua Jacqueline. "Cesse de te comporter en enfant gâtée."

Nos frites brunissaient doucement dans l’huile, mais comme nous les voulions bien croustillantes nous les laissâmes mijoter un peu trop longtemps. Au bout de quelques minutes, elles avaient lamentablement rétréci au point qu’il devint clair que leur quantité ne suffirait pas. Pour notre seconde tentative, l’huile n’était pas assez chaude et les frites se collèrent littéralement aux parois et au fond de la poêle. Nous entreprîmes de les en détacher. Bien entendu, quelques doigts furent brûlés pendant l’opération, mais chose étonnante, aucune d’entre nous n’émit la moindre jérémiade.
Quelques heures furent nécessaires pour obtenir une seconde assiette de frites qui, en toute sincérité, avaient une apparence lamentable. Assaisonnées d’une quantité non négligeable de sel et saturées d’huile, nous les trouvâmes absolument délicieuses. Nous eûmes toutes mal au ventre après les avoir consommées.

La marmite qui contenait les morceaux de viande et de poulet continuait à bouillir sous nos yeux attentifs. Il fallait, comme le faisaient nos mères, y piquer une fourchette avant de nous servir. Celle-ci refusa obstinément de pénétrer leur chair coriace. Après six heures successifs de cuisson, les morceaux de viande s’étaient quasiment désintégrés et ressemblaient de façon étonnante à des cailloux noirs.

Nous fîmes contre mauvaise fortune, bon cœur, en nous contentant de notre salade et de nos œufs durs que nous avions quand même réussi à cuire à point. Dieu merci, nous avions toutes beaucoup de fruits que nous nous partageâmes. Grand-mère avait glissé dans mon paquet quelques biscuits délicieux que nous avalâmes avec cette mixture que nous insistions toutes à nommer thé.
Mais nous étions encore loin de voir la fin de nos misères et quand nous nous décidâmes finalement d’essayer la balançoire, la corde lâcha et la victime qui s’y était risquée, fut projetée sur le sol, se blessant l’avant-bras.

Quelques filles grimpèrent une seconde fois sur l’eucalyptus pour renouer la corde et la resserrer. Je fus choisie pour l’étrenner, et malgré un brin d’appréhension que je cachai efficacement, je m’assis dessus. La balançoire fonctionnait parfaitement et j’eus un très grand plaisir à me propulser le plus haut possible.

Toutes les fillettes se balancèrent à tour de rôle mais, quand ce fut mon tour pour la seconde fois, personne n’avait remarqué l’effilochage dû au frottement de la corde contre la branche. Dès que je pris l’envol, celle-ci se rompit. J’atterris sur un gros caillou en saillie qui me blessa le genou. J’en garde la cicatrice jusqu’à ce jour. Il y eut beaucoup de sang que j’essuyai avec mon mouchoir, tout en fanfaronnant devant mes camarades que la blessure ne me faisait absolument pas mal.

Le pique-nique se poursuivit malgré toutes nos mésaventures et en fin de compte nous fûmes toutes satisfaites de nous-mêmes et de notre épreuve. Ni les nombreux incidents et ni nos visages crasseux ne gâtèrent notre bonne humeur.

Une des fillettes nous murmura gentiment qu’il commençait à se faire tard et qu’il était temps de se préparer à rentrer. Avant de rassembler nos effets et nos ustensiles, il fallait évacuer les morceaux de viande brûlés de la marmite. Le premier chien famélique qui vint à notre encontre en fit son repas. Son combat acharné pour mâcher ces cailloux fut le clou de la soirée.

En chantant à pleine gorge les refrains habituels de Pourim, scandés avec les lamelles de nos semelles, et heureux comme des pinsons, nous ne cessâmes le joyeux tintamarre qu’une fois devant la porte de nos logis.
"Quelle journée merveilleuse," ne cessais-je de dire quand j’atteignis mon paisible chez moi.

Grand-mère vint m’ouvrit la porte, mais, à ma vue, elle éclata d’un rire sonore qui attira toute la maisonnée. Les taches noires sur mon visage et les souillures d’huile sur mes vêtements avaient certainement provoqué cette hilarité soudaine. La découverte de mon genou blessé coupa court au concert de rires. Grand-mère lava ma blessure et la pansa après l’avoir enduite d’un antiseptique qui faillit me faire hurler de douleur.

J’évitai cependant de me plaindre, mais par contre, je ne cessai de répéter qu’elle journée magnifique j’avais passée, en décrivant nos mésaventures avec force détails.

"Il ne fait aucun doute," me dit enfin Grand-mère, "que l’expérience valait la chandelle et qu’il est toujours utile de s’initier aux tâches constantes de la vie. Toutefois, ce que tu as expérimenté aujourd’hui est ce qu’on appelle la salle d’attente, l’antichambre de la vraie vie. N’oublie jamais qu’on n’a rien sans rien et que même dans les pires situations de la vie, il y a toujours de bons cotés."

Ce soir-là, le dîner que Grand-mère me servit me parut étonnamment délicieux. Quant à mon lit, je ne l’avais jamais trouvé aussi confortable.
La blessure au genou me faisait encore mal, mais elle se cicatrisa au bout de quelques semaines.


Glossaire :

(1) Harour Haman : Maudit Haman-le vizir de l’empire perse sous le règne du roi Assuérus.

(2)Pourim (Sorts) : fête juive qui commémore la délivrance des juifs du complot mené par le Vizir Haman qui avait planifié leur extermination ainsi décrit le livre de la reine Esther, la Méguila.

(3) Jnan El Afia : Jardins où les juifs festoyaient, géraient des pique-niques.

Ce récit a paru aussi dans Tunecity :

http://www.tunecity.net/?Les-jouets-de-Pourim
Bonne fête de Pourim et merci à Thérèse Zrihen-Dvir qui nous a gracieusement laissé lire ses souvenirs d'enfance. 

L'histoire nous raconte d'autres fêtes de Pourim : celle de Narbonne, celle d'Oran, celle de Tunis, nous y reviendrons dans un  prochain article...

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13 mars 2014 4 13 /03 /mars /2014 11:50

13 mars 2014

QUI DIT POURIM, DIT BONJOUR AU PRINTEMPS, BONJOUR AUX RIRES,

Par

Thérèse Zrihen-Dvir

                                                    HYMNE A LA VIE

 

POURIM, avec la naissance du premier coquelicot qui pique sa tête dodelinante et vermeille de la masse de verdure du bosquet du coin, vient le réveil de la nature, du renouveau, de la résurrection après de longs mois d’hivernage.

Les pousses neuves d’herbe tendre parfumée que nous découvrons sous nos pieds avant d’être foulées avec une exultation presque sauvage et insolite, nous attendrissent. C’est le rayon de soleil hésitant qui réchauffe nos corps transis et où nous tous cherchons une toute petite place pour jouir de sa clarté d’aube nouvelle.

Le doux gazouillis des oiseaux dans leurs nids avant qu’ils ne s’élancent dans les cieux en vagues compactes et spiralantes, nous surprend. On croirait presque qu’ils suivent le crescendo d’une musique céleste ou ceux des sons doux de la vie en plein sursaut.

Pourim, nous ramène des ribambelles d’enfants outrageusement maquillés et déguisés en tout ce que notre imagination vagabonde nous inspire… C’est des Hamann enturbannés, des Esther en robe de velours carmin brodé d’or, c’est aussi des Mordechai trainant l’âne qui mène Hamann au poteau, et comment non, le tir de fausses balles dans l’air à tout moment qui nous éjectent de la quiétude de notre quotidien.

Bien sûr nous aurons droit à des monticules de gâteaux mielleux et croustillants qui fondent dans la bouche et que l’on découvre sur presque toutes les tables, encerclées par des essaims d’enfants qui meurent d’envie d’incruster leurs petits doigts pour gratter quelques gouttes du si tentant liquide doré qui en dégouline.

Mais c’est aussi, les petits cadeaux, les pique-niques, l’échange de plateaux rituels, les rires, les sourires, les petits amoureux effarouchés que l’air du printemps galvanise et qui, sous de timides petites blagues innocentes réussissent à susciter de singuliers torrents de rire, comme des cascades d’eau fraiche.

Pour les moins fortunés, c’est aussi un jour de fêtes puisqu’ils ne seront jamais laissés seuls. Ils verront des voisins et leurs enfants venir frapper à leurs portes pour les inviter à joindre les liesses, les rires, les repas en plein air… N’est-ce pas là la déclaration muette de la solidarité et de la fraternité que le bonheur de la liberté et la joie de la vie exhorte ?

Pourim est le cadeau de l’amour, puisque la victoire de la Reine Esther n’est autre que le fruit des sentiments profonds que son époux, le roi Assuérus, lui portait…

Mais c’est surtout celui incommensurable de l’Eternel à son peuple et à sa création.

Alors, formons ensemble ce cortège bigarré, bruyant et époustouflant … Quittons nos coquilles feutrées et mettons nous en route pour glorifier D.IEU pour Sa clémence, Sa profusion et pour ce petit coquelicot sauvage qui s’épanouit sous le sourire taquin du rayon du soleil…

Le bonheur est beaucoup plus près qu’il ne semble être… Il est en nous tous, et il nous suffit de lui permettre d’éclore.

http://theresedvir.com/
http://therese-zrihen-dvir.over-blog.com/

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6 mars 2014 4 06 /03 /mars /2014 10:02

Question : Dans les prisons marocaines, vous avez échappé à la mort, vous avez été torturé et humilié, et vous avez plusieurs fois tenté de mettre fin à vos jours. Vous avez été abandonné par la France qui vous a donné une fin de non recevoir alors que vous étiez innocent, emprisonné illégalement, et que les autorités françaises étaient parfaitement informées de votre cas. Vous devez être très amer aujourd’hui. Comment tout cela a-t-il commencé ?

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Réponse : Tout a débuté par une simple acquisition d’un terrain que trois escrocs, amis dans la vie, un faux vendeur Jaouad Sakib, un vrai avocat véreux Mohamed Nakhly et un vrai notaire voyou Brahim Ousaid, ont voulu me vendre. Mais le terrain en question appartenait à l’état et ne pouvait ni être vendu ni louer. Les trois sont d’ailleurs maintenant inculpés d’escroquerie et risquent des peines de plus de 20 ans de réclusions. Ces faits et mon innocence ont été reconnus rapidement par les autorités française et marocaines, mais cela a joué contre moi car je devenais un témoin gênant, crédible, une contre publicité à l’image du Maroc.

Car le Maroc n’est qu’une façade, conforme à l’image des visites royales où tout est repeint 5 jours avant… où du matériel sophistiqué est loué pour l’occasion, et des ouvriers payés pour se mettre au bord des routes avec des petits drapeaux… tout est une vaste fumisterie. Les accords internationaux signés s’empilent sans qu’aucun ne soient respectés, ce qui permet de leur allouer des subsides. En échange, le Maroc fait la balance du Magreb pour les problèmes de terrorisme, et ils gardent une partie des immigrés sub-sahariens. Pour ce rôle, la France ferme les yeux, mais tout le monde sait. 

50m2 pour 85 prisonniers et des conditions d’hygienne déplorables

Donc j’ai été jeté dans une prison sordide, dans une cellule affreuse – 50 m2 pour 85 prisonniers – dans des conditions d’hygiène des plus déplorables. Je dormais à même le sol dans les souillures, sous un des rares lits, avec un espace de 5 cm au dessus de mon visage par 45° jour et nuit – sans air. Une alimentation tellement pauvre que j’ai perdu 16 kilos durant les quatre premiers mois;  j’avais la peau en sang à cause des puces, des poux, des cafard. Sans parler des rats…

Le directeur de la prison m’a confié qu’entre juillet et août, il déplorait plus de 10 morts en moyenne uniquement à cause de la chaleur.

J’ai vu des gens mourir par manque de soin ;  même dans ma cellule : un jeune de 25 ans, de la tuberculose.

J’ai vu un Français prisonnier égorgé – pas mortellement – par un islamiste car un film était sorti au USA. Son prénom est Olivier. La France et le Maroc ont négocié son silence en échange de deux mois de grâce, la honte.

Pour me faire entendre, j’ai du monter sur un toit me faire braquer avec des armes, m’immoler dans un bureau en présence du Consul général de France, qui en a été malade et a vomi pendant 2 jours … des actes et des actes pendant deux ans.

Une grâce royale a été demandée par la République française en ma faveur, mais a été balayée et n’a pas été transmise par l’administration marocaine. J’ai été le seul à crier « Le Maroc a pissé sur la France ! »

Un jour j’ai dit à l’Élysée : « si vous ne pouvez me libérer, redonnez moi au moins la fierté d’être français ».

Questioin : Le 21 octobre, nous publiions un article pour alerter les Français sur votre sort, et annoncions que vous étiez au bout du rouleau, que vous aviez décidé de vous suicider. Le 3 décembre, vous étiez libéré alors qu’il vous avait été dit que « vous ne sortiriez jamais du Maroc ». Pensez-vous que les pouvoirs publics, une fois notre article publié, ont craint un scandale d’Etat s’il vous arrivait quelque chose ? A quoi attribuez-vous votre libération ?

Réponse : Rectification.. on m’a dit et on l’a répété à d’autres prisonniers que je ne sortirai jamais du Maroc, que j’étais foutu, car ils savaient que je ne me tairai pas. En prison, fort de mon innocence et de mon honneur, celui d’être citoyen de la 5è puissance mondiale, j’ai mis ma vie en péril. Je n’ai jamais plié à la torture, ni au chantage, ni aux menaces de mort. Dans une prison ou juste monter le ton vous occasionne d’être battu, j’ai secrètement écrit, téléphoné, ce qui m’a valu la menace d’un transfert en quartier de haute sécurité. Un gardien m’a même été attribue 24 h sur 24. Je ne pouvais pas faire un pas, pas un déplacement sans lui à moins de 20 cm de moi. Surveillance maximum.

J’étais fouillé plusieurs fois par jour, mes affaires démontées, fouillées, souillées. J’étais le seul dans tout le Maroc sous ce régime.

Même les prisonniers européens me boycottaient – sauf cas rares de quelques courageux – car juste me saluer pouvait leurs causer des problèmes.

Sans vos articles, sans mon comité de défense, sans ces deux sénateurs… je serai aujourd’hui mort !

Oui, les quelques articles qui ont fait cas de ma cause m’ont aidé en alertant quelques politiques de haut rang comme le Sénateur eric Doliger et la Vice présidente du sénat, Mme Gariaud Meylam, à qui je dois, au bout de la chaine de solidarité, ma vie et mon exfiltration, il y a maintenant deux mois.

Sans vos articles, sans mon comité de défense, sans ces deux sénateurs… je serai aujourd’hui mort !

Question : Vous dites que la France entretient une escroquerie d’Etat au sujet du Maroc, que les rapports sur les droits de l’homme, sur la torture, sont faux, qu’en est-il exactement, quel témoignage voulez-vous apporter ?

Réponse : De faux rapports, de faux bilans sont rendus public sur les réalités du Maroc pour justifier les millions d’euros versés à ce pays pour des raisons géopolitiques… mais qui contribuent à laisser ce pays faire toutes les exactions dont toute la population souffre, et pour quelques nantis corrompus qui dilapident les ressources du pays. Chaque état qui verse … est complice.

Les faux sont partout. Tout comme la nomination récente d’une marocaine, présidente de l’INDH Maroc (Initiative Nationale pour le Développement Humain) au poste de secrétaire générale de l’INDH à Paris… En 20 ans, l’INDH n’a pas réussi la moindre avancée dans son propre pays. Ces mensonges d’états tuent. Il faut arrêter cela, parler vrai pour résoudre ces problèmes.

Question : Vous avez décidé de vous battre pour que la vérité éclate, comment pensez-vous briser la raison d’État, et quel est votre objectif ?

Réponse : Par le droit international. Avec mon avocat, nous préparons un dépôt de plainte contre Mrs Hollande et Fabius, car eux étaient en charge de mon dossier, j’en ai toutes les preuves. Même lors de la visite officielle de Hollande au Maroc, mon cas était en deuxième position dans sa liste de problèmes à aborder… mais tous… tous ces représentants de la 5ème puissance mondiale se sont couchés. L’un par manque de charisme, par lâcheté, et l’autre a peut être des choses à négocier au sujet de son fils.

Si j’avais été coupable, j’aurais été libre depuis longtemps

J’étais le seul prisonnier français à avoir une cellule de crise à l’Elysée dirigée par Mr Bénard, chef de cabinet du Président, et Mr Emmanuel Bonne, conseiller à la présidence de la République pour les question africaines.

Il y a une cellule de protection des personnes au Quai d’Orsay. Ils ont mis plus de 18 mois pour négocier la libération. Il va falloir me donner des explications.

Certains d’entre eux mon dit que si j’avais été coupable, j’aurais été libre depuis longtemps. Avant de m’exfiltrer la nuit en avion, j’ai eu un entretien secret avec des autorités … certaines choses me sont restées en travers.

Question : Vous avez tout perdu financièrement, au Maroc. Vous y avez laissé deux ans de votre vie, vous avez inévitablement des séquelles psychologiques, allez-vous demander à la France des réparations ?

Réponse : Même des séquelles physiques. Car j’ai été complètement massacré à plusieurs reprises. Les seuls choses qui me restent sont la dignité, mon honneur, et comme le dit une chanson, ma liberté de penser. Mais je suis toujours menacé de mort. Irai-je jusqu’à ma liberté de parler ?

Oui, le Maroc et la France me doivent de lourdes réparations. A chaque minute ils pouvaient mettre un terme à mon cauchemar. Ils ne l’on pas fait – en toutes connaissances de cause.

Question : Comment voyez-vous votre futur, quels sont vos projets ?

Réponse : Parler. Parler devant les juridictions concernées. Faire taire ces mensonges d’Etat qui me rendent encore malade à leur lecture.
Déposer plainte contre Hollande et Fabius.
Déposer plainte contre Ramid, ministre de la justice marocaine, Abdennabaoui, directeur des affaires pénales et des grâces, pour complicité de tortures.
Déposer plainte contre Mendès, rapporteur à l’ONU pour escroquerie et prise illégale d’intérêts.
Déposer plainte contre des ministres, des députés français pour non dénonciation de crime et non assistance à personnes en danger.
Déposer plainte contre certains sénateurs qui continuent à cacher la vérité, à mentir aux médias.
Tous devront répondre de leurs actes ou de leurs négligences … ou simplement pour avoir fermé les yeux.
Et je m’adresse à ceux qui écrivent de fausses déclarations sur le Maroc… vous me trouverez en face de vous, et vous aurez à en répondre.

Merci Alain Combe, et encore une fois profondément heureux si nous avons pu contribuer à votre libération.

Merci à vous pour votre honnêteté et votre courage.

Merci Jean-Patrick Grunberg et Dreuz.info.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Jean-Patrick Grumberg pour Dreuz.info.

Source :  Dreuz.info http://www.dreuz.info/wp-content/uploads/dreuz-info51.png


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