Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
31 janvier 2014 5 31 /01 /janvier /2014 17:56

Ma tante Beya, quelle adorable personne !
Elle se prénommait Shelbya, mais tout le monde l'appelait Beya ou Béya, Béatrice à l'école primaire qu'elle a fréquenté jusqu'au cours supérieur.
Tante Beya avait de l'esprit et quel plaisir était d'être en sa compagnie !
Avec l'âge sa vue s'affaiblit et sa mémoire aussi un peu. Si d'habitude on la trouvait souvent assise en train de lire une brochure ou plongée dans un livre, ces derniers temps elle déchiffrait mal les lettres s'embrouillant devant sa vue fatiguée.
- Va consulter un ophtalmologue, azizti* lui proposa maman.
- C'est ce que je ferais bientôt, kouni metanaya oukhti*.


En outre, elle oubliait où elle avait laissé son porte-monnaie, sa clef et en allant à la cuisine, elle ne se souvenait pas si elle y était venue pour remuer le contenu de son tajine, ou pour boire un verre d'eau ou tout simplement pour éteindre le feu. Maman trouva une solution partielle à ces menus problèmes.
- Fais un nœud à un mouchoir Beya et chaque fois que tu ne trouveras pas la clef tu diras :
" Ya Myriam rends moi ma clef, sinon ton mari sera prisonnier, attaché à  mon mouchoir ".
- C'est un bon conseil Meha, mais j'oublierai certainement l'emplacement du mouchoir.
- Non tu t'en souviendras.
Sur ce, maman prit un mouchoir et l'attacha au poignet de tante Beya.
- Voilà, de cette manière, tu trouveras toujours ton mouchoir. Mets tes clefs et ton porte-monnaie toujours dans ce casier. Tu seras ainsi dispensée d'implorer Myriam.
- Quelle bonne idée.  Et les autres oublis ?
- Inscris tout ce que tu voudras t'en souvenir sur un papier, placé toujours à la même place avec le crayon, disons dans le tiroir . Les autres oublis ne sont pas graves.
- Merci ma ch
érie. Enhabek, ya omri*.

 

Un beau jour un arôme de molokhïa* monta de la maison de tante Beya. Moi j'adore la molokhïa, ainsi que maman d'ailleurs. Justement tante Beya nous invite  à en goûter.
- Meha, venez manger avec nous, cria-t-elle de sa cour attenante
à la nôtre.
Ce n
'est pas de refus. Nous y allons.
Assis
à  sa table nous la félicitons pour sa bonne cuisine.  Quel bon plat ! Hum comme c'est bon . La molokhïa est succulente, bien plus qu'aucune autre. Pourtant maman est bonne cuisinière.
- Elle est excellente ya omri. Comment l
'as-tu si bien réussie ? demanda maman.
- La recette habituelle ch
érie, sans rien de plus.
- C'est-
à-dire ?
- Voyons, tu sais : Huile, oignon coup
é en petits carrés, tomate entaillée, piment piquant nettoyé et équeuté, viande baba* en morceaux, du sel, du carvi pilé avec de la coriandre, de l'eau et de la molokhïa moulue en poudre. Je laisse rosir les carrés d'oignon dans l'huile, j'ajoute la molokhïa, la viande, je couvre d'eau en ajoutant la tomate, le piment et le sel. J'assaisonne à la fin de la cuisson.
- Je la pr
épare de cette manière, mais la tienne est unique Beya oukhti.

 

Nous mangeons avec appétit et tante Beya nous ajoute encore sans que nous ne rouspétions. Elle est si bonne, comment refuser un rabiot ?
- Mangez ! nous conseille tante Beya. Tu sais Meha, ajoute ma tante savante : la molokh
ïa calme les nerfs, est bonne pour la circulation, pour le système digestif.
- Tant que
çà ?
- Et
çà ne coûte pas cher.
- Oui c
'est vrai, et elle est excellente ta molokhïa ajoute maman.
- Et elle est bonne pour le sexe ajoute ma tante en chuchotant à l
'oreille de maman.
- Tu aimes le sexe Beya demande maman
à mi-voix pour que nous n'entendions pas ma cousine et moi. Rires.
- J
'adore susurre-telle. Et toi non ? Elles parlent à voix basse, un murmure. Mais moi, j'entends. J'ai l'oreille très fine, vous savez ?  
- Maman c
'est quoi le sexe ?
- Beya ? Ma m
ère regarde ma tante. Celle-ci intervient :
- La sexologie est une science que tu
étudieras plus tard mon petit.
- Et tu aimes
çà  tata ?
- Oui. Nous sommes pour les
études. Qui étudie s'enrichit…
Maman rit et je ris aussi imit
é de ma cousine sans savoir pourquoi. Nous mangeons si bien que la marmite se vide petit à petit.

 

La gourmandise est un défaut, mais c'est exquis. Je trouve une carotte dans le fond et je la croque. Elle a un goût de molokhïa, la  carotte. Maman n'en croit pas ses yeux. Jetant encore un coup d'oeil, elle aperçoit une aubergine.
- Beya, tu as des secrets pour moi ? Tu as ajout
é une aubergine et une carotte ?
Tante Beya est confuse.
- Je les avais pos
ées sur la planche, je ne savais qu'elles ont abouti ici.
Fouillant encore dans la casserole, je ramasse un objet, un ornement en maillons dorés sur le bout de ma fourchette
.  Une parure ?
- C'est qu
'est-ce que c'est ? je demande.
- C
'est ta chaînette, remarque maman ? Ma gentille et adorable tante est confuse.
- Je l
'ai cherchée ce matin. Comment a-t-elle glissé ici ? Ouf ! Mais c'est de l'or pur, vous savez ?
- Dhab safi haï  carat* riposte maman. Ton repas est dhab safi, plaisante-t-elle pour clore le sujet. Mais j
'ajoute mon grain de sel :
- Un repas, fine gourmette
.
-  Pour les fins gourmets conclue tante Beya en m
'
embrassant.  
Du coup nous avions compris que tante Beya est devenue distraite.

http://www.tunecity.net/IMG/jpg/CoreteJapon3.jpg
Glossaire :

Molok
hhïa* : met composé de feuilles de corète séchées et moulues.

Azizti* : ma ch
érie

Kouni metan
ya ya oukhti : sois tranquille ma sœur

Enhabek, ya omri* : je t
'adore ma chérie

Viande baba* : viande grasse avec os

Dhab safi ha
ï carat* : Or pur dix-huit carats

L'image : feuilles de cor
ète, la molokhia

Repost 0
Published by Camus - dans Souvenirs
commenter cet article
8 janvier 2014 3 08 /01 /janvier /2014 17:13

Quelle peur !

J'ai eu peur plus d'une fois durant mon enfance, les gamins Juifs n'étaient pas toujours en sécurité en dehors de leur quartier convivial…

Vous souvenez vous d’une grande anxiété, d’une panique qui vous aurait laissé angoissé, crispé, prêt à jouer le tout pour le tout afin de vous dégager de la cause de cet effroi ?

Moi une vraie, une frayeur bleue je l'ai connue à l'âge de quinze ans à Tunis.

J’étais en colonie de vacances à Aïn-Draham. Le directeur du camp, Meyer Aïdan m’avait  envoyé à Tunis pour faire quelques commissions :

*Accompagner un jeune Sfaxien, Henry La Championade à la gare de Tunis et l'installer dans le train en direction de Sfax ; le pauvre se sentait tellement dépaysé loin de sa maman...

*Acheter un appareil photographique.

*Louer deux tentes pour dix personnes chacune.

J’avais mené à bien ma mission - complétée le  vendredi vers midi - et me rendis à la station centrale des autobus afin de me rendre au campement à Aïn Draham le plus rapidement possible. Là, l'horaire m'indiqua que le prochain voyage était fixé pour le lendemain à 5 heures trente à l’aube : pas d'autre car faisant le même parcours antérieurement.

Mettant de côté le montant du voyage, il me restait heureusement assez d'argent pour payer mes repas d'aujourd'hui et c'est déjà bon. Mais problème,  je n'ayant pas de montre, comment me réveiller à l'heure ?

J'eu l'idée de demander à Nadine une amie du mouvement de Jeunesse Dror de me prêter un réveille-matin.  Elle voulait bien, mais son père a mal pris la chose et l'a grondé. J'avais compris. J'ai remercié Nadine sur le pas de sa porte et lui je l'ai rassuré :

— Sans rancune, ton père est ton père. Je fermerai le local et laisserai la clef sur le rebord de  la fenêtre, tu la retrouveras là-bas. A un de ces jours, viens que je t'embrasse.

 —  Je dormais cette nuit-là comme les deux nuits d'avant dans le local du mouvement Dror tout près du marché, du coté de l’avenue de Paris. Je me suis mis au lit et  m’endormis vite.

Après une heure de sommeil, je me suis réveillé, levé, sorti, relevant le rideau de fer roulant avec un bruit fracassant, je l’ai refermé et tourné la clef dans le cadenas. Je devais me rendre compte de l’heure qu’il était. Je laissais la clef sur le rebord de  la fenêtre à l'intention de Nadine.

Arrivé au marché, j’ai vu le café encore ouvert, mais je ne savais pas s’il n’avait pas encore fermé ou s’il avait déjà ouvert. Donc l’heure devait être entre minuit et cinq heures. Pour en avoir le cœur net j'ai fait une marche jusqu’à l’Avenue de Paris, là j’ai vu l’heure à la devanture d’un horloger : l’heure exacte était minuit trente. Retourné au local Je me suis mis au lit m’endormis.

J’ai sommeillé encore un certain temps et je me suis réveillé de nouveau. Je me suis levé, sorti, relevant le rideau de fer roulant avec un bruit fracassant, je l’ai refermé et tourné la clef dans le cadenas. Je devais me rendre compte de l’heure qu’il était. Je laissais la clef sur le rebord de  la fenêtre à l'intention de Nadine.

Au marché le café était fermé, donc il n’était pas encore cinq heures. Pour en avoir le cœur net et savoir l’heure exacte je devais...

Mais voila qu’on m’a interpellé. C'étaient deux gars de vingt ans au moins et pas rassurants.  Pour vous donner une idée : le plus petit ressemblait à un bœuf et le second à un cheval, un véritable géant.

— Tu as un peu d’argent sur toi ? Nous avons faim, me dit le moins grand et le plus trapu des deux.

— Non !

En réalité j’avais un peu de fric, mais je le gardais pour l’autobus.

— Emmène nous chez toi, Nous trouverons bien quelque chose à manger. Mon ami est sorti cet après midi de prison et à part un melon crevé nous n’avons rien mis sous la dent...

— Je n’habite pas Tunis, je suis chez des amis, fut ma réponse.

— Bon ! Allons chez eux ! m’ordonna le géant en m’empoignant par le col de ma chemise.

J’avais peur, mes jambes tremblaient je pense, mon ventre était crispé, je sentais mes fesses se serrer mais ma cervelle travaillait rapidement. Pour gagner du temps j’ai dit :

— Pas question de les déranger !

— Tu m'as fait rire, fais ce que je te dis ! s’exclama l’impatient en me poussant.

Faisant mine d’accepter, j’ai fait quelques pas en avant et je me suis retourné d’un seul coup, poussant violemment Le Goliath qui perdit l’équilibre, vu sa grande taille. J’ai décoché un coup de pied dans le genou du second et j’ai pris la fuite courant à toute vitesse, ayant le feu au cul. J’entendais les pas de ces deux crétins me poursuivant, mais le son se faisait de plus en plus faible. Vous connaissez quelqu'un capable de me rattraper ?

Je n’ai pas oublié dans ma retraite de jeter un coup d’œil à la façade de l’horloger et là j’ai appris qu’il était 2 heures et demi. J'ai souhaité trouver la Grande Synagogue ouverte pour les Sélihot à cette heure bien qu'il fut encore si tôt. J'espérai y être protégé.  Mais non, la Synagogue était fermée, les Sélihot n'ayant pas lieu les samedis.  

A un certain moment j’ai tourné à gauche, puis à droite, m’engouffrant dans un immeuble, fermant la porte derrière moi. J’ai escaladé quelques marches, prêt à frapper à une porte s’il le fallait et demander du secours...

J’ai entendu les pas des deux coureurs de garçon, j’ai attendu encore un quart d’heure et puis je me rendis au local du Dror afin de dormir encore un coup.

Après mon troisième réveil j’ai quitté mon " auberge ", laissant la clef dans l'endroit convenu. Nadine devait venir la prendre pendant la journée.

Je suis arrivé à la station des bus vers 4 heures trente et je m’y suis installé. Un homme de petite taille vint s’asseoir près de moi.

— Je suis Yudah Bouhnik de Pic Ville, Sfax, se présentât-il.

— Enchanté ! Je suis Camus Bouhnik de Moulinville.

— Camus ? Mon frère se nomme Camus.

— Oui, je le connais, il est surnommé Galini. Il tient un commerce dans la Rue du Bey. Je connais ta famille et ton fils. Je suis venu chez vous. Mon père Clément Bouhnik est votre parent.

— Je vais de ce pas me rendre à Aïn-Draham voir mon fils.

— Alors nous monterons le même bus et je t’accompagnerai jusqu’à la tente de ton fils qui est dans le camp de L’Anoar Atsioni. C’est à cinq cent mètres de notre campement.

Le dit Youdah Bouhnik a remercié Le Ciel cent fois de m’avoir rencontré, une fois pour l’avoir dirigé, une seconde pour lui avoir redonné de l’assurance, une troisième pour l’avoir réveillé sitôt arrivés, une quatrième pour l’avoir conduit dans la montagne dans des sentiers par moi connus – il ne serait pas arrangé seul –, un cinquième parce que je lui ai promis de ne dire à personne à Sfax qu’il a entrepris ce voyage un samedi. Et une quantité de fois encore pour la simple raison d’après lui, que ceux qui me rencontreront auront un Mazel Tov.

Moi j’ai fais mes grâces à D-ieu, pour le simple fait que je n’étais plus seul, la nuit et ses frayeurs était passée.

Aujourd'hui après 60 ans, je me sens délivré de ma promesse de me taire.

http://www.tunecity.net/IMG/jpg/aindraham12fg_1_.jpg

  Aïn-Draham

http://www.tunecity.net/IMG/jpg/aindraham42xe_1_.jpg

Aïn-Draham

http://www.tunecity.net/IMG/jpg/aindraham32fw_1_.jpgAïn-Draham

Repost 0
Published by Camus - dans Souvenirs
commenter cet article
1 janvier 2014 3 01 /01 /janvier /2014 17:55

delouya

par David Elmoznino

Nous étions des garçons, des filles, jeunes et beaux tous affiliés à l'« Achomer Atzaïr »*: il y avait Rony, il y avait Arrik, il y avait Bouzaglo, il y avait des blondes et des brunes, ce fut un temps haver…

Mais attendez, je commence par le début, vous comprendrez…

Carmïa est un kibboutz au sud d'Israël, une quarantaine de kilomètres au nord de Gaza, sur la route d'Ashkelon. Le kibbboutz fut fondé en 1950 par des haloutzim ressortissants du Nahal*, originaires de Tunisie et de France.

En 1952 une divergence de vue politique scinda le parti parrain Mapam. 

La controverse continuant au sein du kibboutz 22 membres se sont vus obligés de quitter le village communal. Carmïa fut plongé dans une profonde crise de main d'œuvre et  mentale. En 1954 un noyau de jeunes israéliens « Gadish » vint renforcer et complémenter la commune, et il fut suivi par d'autres groupes d'Argentine, du Maroc et d'Israël, tous ressortissants du Mouvement de Jeunesse « Achomer Atzaïr ».

Il y eu aussi pas mal de nouveaux non organisés, venus en privé.

En 1962 beaucoup de jeunes Marocains de 16 ans ou  plus sont venus en Israël faire leur Alya. Leur début en Terre Promise s'avéra dur : le déracinement et l'éloignement de leurs familles leur pesaient.

La situation en Israël en ce temps-là était plus difficile à supporter qu'on ne pourrait le raconter ou l'imaginer…  Les jeunes ont toujours rêvé de venir vivre au kibboutz et  y fonder un foyer. Le kibboutz était la solution normalement souhaitée : se rapprocher de la terre, y planter des racines, y réaliser l'idéal du sionisme-socialiste : la fondation d'une société d'égalité sans écarts sociaux, sans différences entre riches et pauvres. Tout se partage, le travail et l'usufruit du travail.

Ici : Chacun donnera selon ses moyens et chacun recevra selon ses besoins.

Le matin on se lève et on va au travail et le soir on se réunit à la salle à manger où en dehors des repas on se réunit pour échanger des idées, éclaircir de points de vue ayant trait à la commune et aussi pour les divertissements, les distractions c'est le coin culturel, si l'on veut…  

Ô  ce n'était facile au début : l'habillement était tout simple, la couleur  kaki était prépondérante; les repas sobres  basés sur les légumes, les olives, le pain, la soupe et la viande en petite quantité vu le régime d'austérité dicté par les possibilités du moment.

Nous avions les jambes écorchés par les épines et des plaies visibles n'étaient pas belles à voir. Les anciens nous disaient à ce propos :

« Vos membres devraient s'habituer au travail des champs, et vous apprendrez à prendre garde…»    

Après la Guerre des Six Jours en 1967, ayant atteint l'âge de 18 ans, des jeunes  Juifs Marocains ont fait leur Alya dans le but de rejoindre le kibboutz Carmïa. Là ils se sont intégrés comme havérim*  et parallèlement à des études à Nataniya et à Haïfa  ils ont servi au Mouvement de Jeunesse « Achomer Atzaïr » comme moniteurs au terme de leur service militaire.

Les anciens nous ont dit :

« Israël a besoin d'agriculteurs, d'ouvriers pas de fonctionnaires. Chacun doit se donner au labeur. Quand on se donne corps et âme au travail, on s'y attache et on ne sent même pas le temps passer.» c'est ainsi que nous avons respiré le premier souffle d'air pur au pays de nos aïeux, comme le bébé tête le lait du sein de sa maman instinctivement,  c'est ici que nous avons absorbé l'hébreu de la mamelle de la terre que nous travaillions, dans ses sillons ses pierres et dans ses roches, nous planté nos racines.  Ici nous avons couru et parcouru ses prairies.

Et le soir sur la pelouse près du réfectoire nous avons dansé la hora jusqu'aux premières lueurs de l'aube.

Nous n'avons pas seulement valsé, il y a eu aussi des débats politiques, parfois des controverses  très amères dérivant du parti Mapam. Il y a eu des maladies, le malaria, la guerre avec les pays voisins arabes, nous avons été logés sous des tentes, nous avons connu la faim, le travail exténuant,  la fierté de la réalisation, l'ivresse des sens, le bonheur sublime de l'accomplissement.

« Ainsi nous créons une patrie, ainsi nous créons un peuple.»

Comment çà a commencé ?

Tout a débuté quand des jeunes ont voulu quitter les ma'abarot * et s'affilier au kibboutz. De temps en temps arrivaient  à la ma'abara des envoyés du kibboutz à bord d'une camionnette afin de chercher des jeunes gens aptes à être havérim au kibboutz.

Des  garçons et des filles les attendaient près de la baraque servant de bureau à la direction de la ma'abara. Qu'avaient-ils de mieux à faire à part çà ? Les messagers du kibboutz appelaient les jeunes en les appelant de leurs noms et prénoms. Ces jeunes nouveaux émigrants venus de pays arabes et d'Afrique du Nord ne savaient rien concernant le kibboutz, ce qu'ils savaient intuitivement, c'est que çà valait mieux que la ma'abara où l'on s'ennuyait à mourir et qu'il fallait quitter au plus vite. Le plus vite serait le mieux.

Ils ont enfin décidé, ils vont au kibboutz :«  le kibboutz Carmïa » C'est bon, dit-on. On monte sur le camion, on s'assoit sur des bancs dépliants, le camion aurait servi on dirait au transport de poules, si l'on juge selon les plumes éparpillées un peu partout.     

Nous avons compris que nous serons bientôt arrivés au kibboutz, lors de la traversée d'un bois de pins qu'un sentier divisait en deux. Nous descendons enfin. Une sérénité d'après-midi nous enveloppe. Nous nous asseyons sur le gazon et attendons. Un jeune homme en short et la chemise bleue ouverte sur une poitrine musclée nous souhaite la bienvenue et commence à nous donner des explications sur le kibboutz qui nous accueille. Il est sympa. Tout en lui exhale la santé et le bien-être. Nous lui ressemblerons à la longue en restant au kibboutz…   

Mais à la longue…

 « Nous n'avons pas été les bienvenus au kibboutz, tel est notre sentiment en tous cas. »

Au Maroc nous n'étions pas  habitués au travail physique dans les champs, nous avions des cloques dans les paumes des mains et les jambes, mes frères, les jambes aïe, aïe, aïe ! Ce n'était pas du gâteau. Arrik et Rony habitués à la culture physique tenaient le coup bravement et nous encourageaient :

« Nous ne sommes pas venus au kibboutz pour pleurnicher comme des fillettes clamait Arrik. Nous sommes les nouveaux piliers de Carmïa. Détendez-vous et écoutez  Rony.»

Rony nous entraîne la nuit tombée à notre cabane, notre Club. Nous avions pris l'habitude de nous y rendre chaque soir quand l'obscurité couvre de son manteau noir le large espace nous séparant des habitations du kibboutz. Chaque soir nous y arrangeons les chaises  en cercles, une tribune improvisée – de caisse d'oranges vides   est élevée au milieu. Show… Show… Danses, hora, krakoviak, applaudissements à Rony. Rony sort sa guitare de son coffret bleu et entonne un chant d'Avi Tolédano, un autre jeune marocain venu depuis peu en Israël : 

« C'est la Hora : hey !

La Hora avec le : hey !

Le son montait : hey !

On la dansait sans arrêt   

Sans se fatiguer hey !

La Hora avec le : hey !

Son rythme remplissait

Mon cœur à jamais…»

 

 

***

Il n'en faut pas plus pour remonter le moral au top. Ensuite Arrik joue de la darbouka des sons connus, Rony l'accompagne de la guitare, puis le laisse tambouriner à sa guise… je ne connaissais pas à Arrik cette virtuosité dans le darboukage… Ah ! Mes amis, si vous étiez là ! Arrik chuchote quelques mots à Rony qui  de sa plume gratte sur les cordes de sa guitare les notes d'un chant français de Jean Sablon : « Nous allions à Cuba / Carmïa…»

Nous sommes des garçons des filles

Tous adeptes à l'Achomer Atzaïr

Nous aimons tous  Carmïa à la folie

Bouzaglo, Arrik, Bouskila, David  et Yaïr…

La vie aurait été si belle si le ce  n'était 

La tourïa,  le travail dur par le Diable envoyé

Pour nous énerver…  (original : http://paroles.zouker.com/aime-barelli/voyage-a-cuba,209316.htm)

***

Ces soirées au Club nous remontaient le moral en heigh… Bouzaglo nous chantait des chants en arabe-marocain dont il se souvenait, Rony grattait sur sa guitare de ses gestes mélodieux et surs, plein de chaleur des interprétant des chansons françaises. Arrik plein de verve sur sa darbouka semblait sortir d'un conte des Milles et Une Nuit. Je ne leur savais pas tant d'adresse. Quelles soirées inoubliables !  Nostalgie de ces temps si vite passés. On trouvait que c'était dur, mais oin voudsrait revivre ces moments...  

Les jours et les nuits d'autrefois…

Une jeune fille s'est mise à se trémousser dans des mouvements de danse orientale, le batteur accroît le rythme. Un moment, Rony ressent une fascination de satisfaction l'envahir ; le visage de la danseuse s'embrouillent  à sa vue et il n'aperçoit qu'une longue tignasse de cheveux blonds s'envolant follement au fur et à mesure que le rythme de la danse s'affermit.

Parfois les havérim apportent des aliments pour un repas frugal, composé de ce qu'ils ont trouvé au réfectoire. A ces moments ils se sentent dans un monde bien à eux, bien loin du kibboutz. Les anciens ne voient pas d'un bon œil ces fugues et lancent des piques, les moniteurs sont fâchés :

« Nous avons pensé faire de vous des personnes bien et voilà le résultat : Qu'est-ce que c'est ? Un café maure »?

Il y avait des brunes, des blondes…

A.Elle avait un ami, un membre du kibboutz et elle se comportait comme si elle était Miss Israël, comme si le monde était à ses pieds, comme si les frontières n'existaient pas pour elle, elle étalait dans son sourire sa confiance en elle, elle était si sûre d'elle... Ou bien était-ce pour masquer son désarroi, sa confusion ?  Ses camarades nouveaux venus la regardaient avec étonnement, d'après eux l'amour fait souffrir, et cette souffrance est la clef du mystère...  Ses camarades répondaient d'un hochement de tête à son salut, ils souriaient d'un sourire entendu, comme s'ils pensaient quelle déraillait. Ils lui faisaient mal et elle en était contrariée. 

Elle n'avait plus confiance en personne. Jamais elle n'oublierait la désillusion, l'humiliation. Elle pouvait se regarder devant un miroir, elle n'avait rien à se reprocher… Elle était sûre qu'il l'aimait pour ce qu'elle était, pour sa personnalité,  que c'était  son individualité qui a  conquis son cœur, car nos moniteurs disaient toujours que la personnalité domine toujours le caractère…  Rony avait une autre idée : sa peau éclatante de brune, ses seins hauts défiant l'univers, sa taille fine et haute, la cambrure de ses hanches tout lui donnait l'air d'une starlette… Mais le kibboutznik* snobe l'épouserait-il, elle la fille de la ma'abara ? Il tire profit de sa jeunesse, de son innocence, de son manque d'expérience, jouit d'elle, mais passera sa vie sans elle.

Elle pensait que venant la visiter très souvent dans sa chambre, passant ses loisirs avec elle, la caressant de ses yeux et des mains, l'entourant de ses bras et la plongeant dans un gouffre de plaisir, il ne pouvait être autrement qu'amoureux d'elle ? Mais elle ne savait rien des rumeurs courant dans ce village communal où tout se sait, où rien ne se cache, de ce petit monde crétin où les anciens se croient être natifs de Santa Maria… Ces havérim du kibboutz voyaient d'un mauvais œil ce lien entre l'un des leurs avec l'étrangère…  Est-il devenu fou pour s'être entiché de cette noire ardente ?

« Il veut m'épouser » disait-elle très sûre d'elle.

Très confiante en elle, de son corps. Elle semblait confiante et aimait découvrir des nouvelles impressions. Elle aimait écouter sa musique préférée, elle embellissait de jour en jour et devenait pour ceux qui l'admiraient une princesse. Elle savait qu'on la suivait des yeux, des regards qui semblaient lui dire :  « Prends garde ! Des fosses sombres s'ouvrent sur ta route. » Mais elle voyait tout en rose. Elle ne n'imaginait pas un chevalier galopant sur un cheval blanc, venant conquérir sa citadelle. Elle-même aimait monter les chevaux, s'en occuper et galoper en les chevauchant. Elle aimait les dessiner et les peindre en couleurs,  tant les chevaux éveillaient sa curiosité.  Elle voulait monter à cheval au clair de la lune, quérir un émoi en galopant.    

Réveillée une nuit de pleine lune, elle s'est sentie envahie d'un désir intense de monter nue une jument, de sentir le bruissement de la peau sur la peau, la fusion de la transpiration avec la transpiration, vivre ainsi son authenticité. Près de la statue d'Alexandre Zeïd, elle arrêta sa monture, se déshabilla et scruta de son regard les champs de la Vallée, aspirant l'air à pleins poumons. Au galop elle s'accole au cou de la jument, tenant fermement les rênes mais sans stimuler la bête, ayant l'habileté nécessaire à tenir l'animal à l'aise…

Elle écouta les pulsations énergiques de son cœur, clignait des yeux brillant les paupières, elle sentait chaque muscle de son corps frémir…  Quand la nuit commençait à retirer son manteau sombre, laissant apparaître les premières lueurs de l'aube, elle prit la route de sa chambre au galop…

Elle se jeta sur son lit fixant le plafond, les bras croisés derrière la nuque dans une tranquillité pondérée… Elle resta ainsi un temps indéfini, lorsque la porte s'ouvrit laissant entrer sa compagne de chambre, qui très énervée lui lança :

– Comment pouvais-tu te permettre ? Comment as-tu osé ?
Elle n'a pas eu le temps de répondre, mais a discerné le regard réprobateur, plein de dégout, accusateur…

« Insolente ! Tout le kibboutz ne parle que de çà; de ces deux nichons effrontés tressautant, de ce cul debout sur la selle, pour qui tu te prends ? N'attendant pas la réponse elle s'en alla en claquant la porte, non sans avoir ajouté avec perfidie :

« Je ne suis pas l'amie d'une putain ! Tu n'approcheras plus une jument, ni vêtue ni déshabillée…   »

Elle dit ces dernières paroles d'une irritation allant en montant, acérant de nouveau le mépris et l'humiliation. Sentant son corps tremblant de  colère, elle tourna les talons en vociférant :

« Comme une putain, comme une putain…  »

Des heures passèrent jusqu'au moment où elle réussit à se lever, s'habillant d'une robe courte et transparente, sans soutient gorge, elle sortit faire un tour de-ci de-là, entre la cuisine et la buanderie, entre les maisons d'enfants ert le garage, descendit à l'entrepôt de coton brut, marchant majestueusement… Enfin elle se rendit aux écuries, se mit en devoir de les nettoyer et de donner à manger à la jument blanche.

B. Tous les essais de Rony de plaire à la fille blonde native du kibboutz n'ont pas réussi.  Des nuits d'insomnies n'ont pas atténué son amour pour elle, l'image de son idole restait présente entre ses paupières mi-closes et l'empêchait de fermer l'œil. Non, les frissons ne le quittaient plus, ces spasmes qu'il avait ressentis pour la première fois lorsqu'il l'avait vue danser  au Club. Ces spasmes ressentis alors continuaient avec le même  éblouissement  de bonheur qui l'avait saisi d'un coup cette nuit-là au cours de la valse, un bien-être jusque là inconnu.

La flamme ressentie brulait comme un grand feu et le consumait : il fallait qu'il la retrouve, qu'il la touche, qu'il la palpe de ses mains…  Mais elle lui avait-dit :

– Non ! Et je ne veux plus avoir aucun lien avec toi…

C'était tout dit.

***

Un beau jour, un essaim de familles de touristes venus de Suisse arriva en visite au kibboutz. Au beau milieu de ce groupe, bien en vue une jeune blonde remarquable, éclatante de  physionomie comme un beau fruit au soleil. Qui oserait le cueillir ? Rony l'admira bouche bée…  

Il n'était plus question du  visage de la danseuse s'embrouillant  à sa vue, (il) n'apercevant  qu'une longue tignasse blonde de cheveux s'envolant follement au fur et à mesure que le rythme de la danse s'affermit.

Rony sentit d'un seul coup que le feu ardent qui le consumait, éteint… Un bien-être emplit sa personne, au vu de cette personne souriant aimablement… C'est la bonne brise printanière après la violence de la tempête, une musique légère allègro jouait dans son cœur, chassant le rythme fou de la danse folle du temps précédent… Une romance printanière…  

Rony resta un moment les yeux plantés dans les yeux de la princesse charmante, sa bouche ouverte n'émit aucune parole, tout charmé qu'il était par la longue chevelure blonde tombant jusqu'aux hanches de la merveilleuse blonde. Émerveillé par les grands yeux bleus largement ouverts sur un joli nez retroussé.

Son cœur battait la chamade, il ne pouvait s'empêcher de regarder ses hanches bien formées s'arrondissant avec grâce.

Il commença à l'imaginer un peu partout. Est-il amoureux ?

Le soir, une bonne brise fraîche transporta à ses narines la senteur des oiseaux virevoltant, les branches de palmier bruissaient agréablement, Rony roula sur le gazon aspirant l'odeur de la terre, essayant de ne pas penser à la belle blonde.

Leurs yeux se sont rencontrés au petit déjeuner. Au travail des champs, son image hanta son imagination sans cesse.

Le soir au Club, le moniteur souhaita la bienvenue aux nouveaux touristes, hébergés au kibboutz… et demanda aussi :

– Y a-t-il un volontaire qui voudrait enseigner l'hébreu à cette demoiselle ?

En posant cette question il désignait la blonde majestueuse admirée par notre ami Rony. Elle, la princesse, regarda Rony planta sur lui ses flèches bleues lui imposant – pour ainsi dire – de faire le premier pas, elle l'attendait ce premier  pas.

Rony s'empressa de lever la main craignant qu'un autre ne le devance. C'est ainsi que Rony devint Prof. d'hébreu par volontariat pour son plus grand plaisir. Et il enseigna si bien, avec tant de charme et de sympathie que la belle en fut séduite : beau, savant, attrayant  et si aimable…

A la fin d'un cours elle lança timidement sur sa table une feuille de papier plié en deux et se sauva avant qu'il ne le déploie : c'était le dessin en rouge d'un cœur traversé d'une flèche de couleur verte.    

Rony a compris, mais comment s'y prendre ? Se donner un rendez-vous, se promener main dans la main dans le bois ? S'enlacer au su et au vu de tous ? C'est l'amour avec ses charmantes questions, c'est le cas des nouveaux amoureux, qui essaient de comprendre ce qui leur arrive…

« Si je l'embrasse pense-t-il : je l'épouse… c'est un vœu. »

A Chavouot* Rony est au Club, habillé de ses plus beaux vêtements, elle est debout pas loin de lui. Leurs regards se rencontrent, ils se rapprochent d'instinct, ses yeux sont captifs de ses yeux, ils sont maintenant très proches, l'un de l'autre comme ils ne l'ont jamais été. Il lui tend la main qu'elle prend et tient  bien fort dans la sienne, et il ne veut plus retirer la sienne… Ses lèvres sont sèches… leurs mains se maintiennent dans un élan spontané qu'ils ne peuvent retenir… Traduit de l'hébreu par CamusIl s'approche d'elle et leurs lèvres se rencontrent, ses lèvres à ses lèvres se joignent.  

delouya2.jpg
Traduit de l'hébreu par Camus, à ta santé Arrik !

Repost 0
Published by Camus - dans Souvenirs
commenter cet article
11 décembre 2013 3 11 /12 /décembre /2013 09:24

Je venais quitter le kibboutz le 20 mars 1961 et je me suis dirigé vers Beer Sheva en route pour Dimona plus au Sud. 

Souvenirs qui remontent à la surface

cireurC’était une journée de pluie diluvienne, j’aurais été mouillé jusqu’aux os, ne serait-ce ma canadienne  toute neuve, imperméable à l’eau. Mais les pieds, c'était une autre histoire. Les rues de Beer Sheva en ce temps-là étaient mal canalisées et l’eau de pluie s’accumulait avec le sable envoyé par le vent du désert, dans une belle boue, une vraie bouillabaisse. Mes chaussures sales et dégoutantes me mettaient mal à l’aise : comment voyager à Dimona dans cet état ?

La ville était compacte, un pâté de maisons séparées par des voies rectilignes, un mélange de constructions allemandes et turques. L’avenue principale la rue KKL,  Keren Kayémet LéIsraël groupait les magasins, desservant la ville et les localités voisines, des cafés, restaurants, les dernières modes, des kiosks à journaux, des chausseurs, deux banques,  trois coiffeurs, des tailleurs et des bijoutiers.

Sur les trottoirs des étalages de vendeurs de beignets, de gâteaux, de casse-croutes exhibaient leurs marchandises. Ceux qui ont attiré mon attention étaient : « Lalou, spécialités de sandwiches tunisiens, fricassés et limonades » et « Casse-croutes au thon, chez Gaston ». Je m’arrêtais pour me restaurer, heureux de briser mon jeun.

Plus loin, sur l’aile droite les cireurs de souliers, avec leurs caissons, invitaient les passants à venir  débarrasser  leurs chaussures de la poussière du jour. Or dans mon cas, mes bottines  étaient si boueuses que je n’aurais pas osé demander le service à l’un des cireurs.    

J’en étais  là dans mes pensées quand un très jeune homme assis derrière sa boite m’invita à m’assoir :

-       Approche et assied-toi devant moi, pose ton pied, je suis cireur et à ton service, jeune homme.

-        Non, elles sont sales, je ne permettrais pas...

-        Viens !

Je m’exécute timidement. Le garçon me dit :

-        La boue n’est pas de ta faute et c’est  ma spécialité de la nettoyer. Si le maire de la ville était plus dégourdi, j’aurais eu moins de travail, mon ami. Edroub (à l’attaque) !

Le cireur prend une éponge et en tour de main nettoie le cuir. Une lame en acier lui sert à enlever la boue des semelles. Encore un coup de chiffon énergique et mon allure commence à être passable. Prenant en main une brosse le gars la lance en l’air et la rattrape. Il en donne un coup ou deux sur la caisse « toc, toc » et il se met en devoir de cirer. En même temps il me pose des questions :

-        Tu n’es pas d’ici ? On voit çà à ton allure hésitante. Où vas-tu ? A Dimona ? La station est ici, à vingt pas de moi. Le prochain bus passera dans trente minutes. Tu as quelqu’un là-bas ?  

-         Mon oncle et sa famille.

A la fin du cirage, il fait briller les souliers à l’aide d’une deuxième brosse qu’il lance en l’air, la rattrape, en donne encore un coup ou deux sur la caisse « toc, toc » et il se met en devoir d’astiquer. Il continue son opération à l’aide d’un chiffon tenu des deux mains et tiré dans un mouvement de va et vient, de droite à gauche. Le résultat est satisfaisant et je fais le geste de me lever, mais il me retient :

-        Attend, je vais donner le coup final. Il n’y a pas de meilleur brosseur que moi dans toute la contrée…

Sur ce il ouvre un flacon, en verse une petite quantité sur mes chaussures, les enduisant de ce liquide et brossant de nouveau. Mes souliers brillent, scintillent, rayonnent d’un tel éclat que j’en suis étonné. Même neufs  ils étaient moins beaux, moins élégants.

Quarante-cinq minutes plus tard, en faisant bien attention de marcher seulement sur les trottoirs, j’arrive chez mon oncle Meyer qui en me voyant me complimente sur ma tenue et se tournant vers mes cousines leur dit :

-        Il est toujours bien mis mon neveu. Regardez-le, même en un jour de pluie, il se présente net, avec des chaussures… voyez ce brillant ! On ne voit pas çà dans notre patelin.

Le cireur m’avait demandé vingt agourot pour son travail, je lui ai en donné  trente.  Il a bien mérité le surplus.  

 

cireur-2.jpg

Repost 0
Published by Camus - dans Souvenirs
commenter cet article
12 juillet 2013 5 12 /07 /juillet /2013 16:33

 

Le petit éléphant en bois verni

Le récit de Jo :

Une amie revenant des Indes m'avait apporté comme cadeau deux petits éléphants en bois vernis, l'un avec la trompe levée vers le haut avec fierté et le second la trompe basse comme la queue d'un chien chassé.

-           Tu sais l'ami me dis un camarade,  la trompe baissée est un mauvais présage, rends lui son cadeau.

-           Bêtises.

Mais peu de temps après, tout commence à aller de travers avec moi.

Jusqu'au moment où l'on me montre la porte de l'entreprise. Je n'en crois pas mes yeux, ni mes oreilles.

Le temps passe et je n'arrive pas à remonter à la surface. Pas de travail ou si peu. Pas de bonnes places.

C'est tout juste si je trouve d'ici ou de là une place de vigile, c'est vous dire. C'est alors que je me suis souvenu des paroles de mon ami : "la trompe baissée est un mauvais présage, rends lui son cadeau". Et je décide de me débarrasser du petit éléphant en bois verni avec la trompe baisée comme la queue d'un chien chassé.

Je vais à un container d'un supermarché, le Météore dans le but d'y jeter le petit éléphant.

-          Que fais-tu me questionne Robert le magasinier ?

-          Tu vois je jette cette bestiole.

-          Non, laisse-la-moi Je m'en servirai comme presse-papier.

-          Ce serait te rendre un mauvais service, cet éléphant ne porte pas bonheur.

-          Bêtises.

Le temps passe. Le petit éléphant remplit ses fonctions de presse-papier de moins en moins. Les affaires ne sont pas en or au supermarché le Météore, tant et si bien qu'un associé est recherché. On fait des arrangements dans le magasin avant la réouverture. Je vais y jeter un coup d'œil. Robert n'y travaille plus, mais j'y rencontre Claude. Je lui montre le presse-papier plein de poussière.

Ce petit éléphant ene bois verni avec la trompe baisée comme la queue d'un chien chassé donne la guigne. Jette-le sans tarder.

-          Superstitions ! Tu y crois toi ?

-          J'y crois dur comme fer. J'ai perdu ma place dans une manufacture et j'ai réussi à me remettre sur pied après m'être débarrassé de ce petit démon.  

-          Wow ! C'est vrai ? Et maintenant çà va mieux chez toi ?

-          Changement du tout au tout.

Mais Claude ne jette pas le petit éléphant. Le supermarché dans sa nouvelle appellation Or-Météore bat de l'aile et est vendu au concurrent Superstar. L'éléphant provenant des Indes continue à présider le magasin en tant que presse-papier pendant que des dizaines d'employés sont remplacés une fois l'an.  

Superstition et balivernes, ou magie ?  Jo vide son troisième whisky nous regarde longuement, étire lentement ses jambes avant de se lever et de nous saluer avant de partir.  

 

http://www.fait-maison.com/system/uploads/product_photo/files/000/000/136/021/thumb800q70_IMG_3379.JPG

Repost 0
Published by Camus - dans Souvenirs
commenter cet article
9 juillet 2013 2 09 /07 /juillet /2013 19:11

Cinquante ans ensembles, chic !


Pendant que nous organisons notre voyage en france, combine assez complexe - il ne faudrait rien oublier, tout est inscrit noir sur blanc et on fait un V à chaque phase passée : passeports, change, préparation de la valise, trousse de toilette, linge chaud, choix des chaussures etc. - commence une autre préparation, discrètement celle-là et organisée par Vivi le chef de la mafia Bouhnik and co. Vivi est surnommé Il Diavolo ou tout simplement Vivi ID.

 

Ce que Vivi ID manigance est  l'aménagement d'une surprise-party en honneur aux 50 années de notre mariage. Il en parle à nos filles, ils se chuchotent les cachotiers un peu à l'écart, avec des sourires entendus, se lancent des appels, s'envoient des messages sms, tant et si bien que nous avons la puce à l'oreille et nous nous doutons que quelque chose se trame sous nos yeux. Mais personne ne "sait" rien du tout. A les croire ou non ?


Mochiko (Moché) nous invite à un cours de premiers soins qu'il donnera au Maguen David Adom (la Croix Rouge israélienne).

- Tenez-vous prêts, je viendrais vous prendre. Nul besoin de sortir votre voiture, j'aurais la mienne. Sur ce, il arrive.

- Tiens papi, tu es en T-shirt ?  Tu devrais mettre ta chemise à carreaux, celle qui est assortie à  la mienne, ce ferait chic.

En parfait papi je m'exécute pour faire plaisir au petit. Vivi se demande innocemment : prendre la génératrice ambulante ou se contenter d'un ballon d'oxygène ?

- Un ballon suffirait répond Moché avec malice. Au Maguen David David Adom tu trouveras un ballon de rechange, il n'en manque pas…

Et on s'en va. Moché conduit jusqu'au bout de la rue et juste avant la fin,  bifurque vers le Parc de La Cloche.

- Que fais-t-on là Mochiko demande mamie ? 

- Je viens prendre quelque chose grand-maman…

- Mais tu bloques cette Peugeot Partner ?

- Pas d'importance Mamie…

- Pas d'importance, je reprends, c'est la voiture de son père. On descend ?

Dans le parking on voit un comité d'accueil : Or, Noy, Niv, Shirël, Shir, Eden… Je crois comprendre…

- Suivez-moi s'il vous plait sollicite  Noy. – Noy a 18 ans et le premier prix d'excellence de son Lycée.

En cours de route, nous voyons Jacob mon beau-fils s'affairer près d'un barbecue avec des provisions à alimenter une colonie de vacances : viandes, escalopes de bœuf, steaks d'agneau, lya, merguez, boissons fraiches, tonnelets avec des cubes de glaces, vin, bières, anisettes… Sur des tables recouvertes de nappes en papier, des salades sont posées dans des assiettes en plastique, près de vers de la même matière le tout à jeter après le service… 64 personnes sont déjà là. Cachotiers !


Sont là nos filles venues des quatre coins du pays avec nos beaux-fils, nos petits-enfants, nos frères et sœurs des deux côtés et des amis aussi. Il y a  même un représentant de Sfax, un ex-habitant de Pic-Ville. Ils  nous entourent, nous font la fête. Sur une table s'amoncellent des cadeaux. Un album a été imprimé par nos filles : chacune ayant écrit une page réservant une deuxième pour des photos de famille. Les textes sont pleins d'amour comme on le devine, tous sont bien écrits, certains avec une note de poésie. Les invités écrivent leurs souhaits ultérieurement sur les pages vides restantes.


Gisèle et moi nous sommes aux nues, très émus de surprise ; nous nous attendions certainement à une fête pour le 17,  mais comme elle  a été avancée pour le 13, l'éblouissement est complet. L'amour familial, c'est çà.

 

noce-4.jpg

 

318168_304845292919133_864001216_n.jpg

 

Noces-d-or-a-Paris-044---Copie.JPG

 

Noces-d-or-a-Paris-046---Copie.JPG

 


Repost 0
Published by Camus - dans Souvenirs
commenter cet article
6 juillet 2013 6 06 /07 /juillet /2013 11:49

A Paris


Correspondant avec Hédi Bouraoui depuis huit ans, je décide de le rencontrer enfin cet été en France.  Il n'est nullement trop tôt pour mieux se connaître et jamais trop tard pour bien faire.  Apprenant mon désir mon épouse décide me faire accompagner par l'une de mes filles ou l'un de mes petits-enfants. A deux, c'est plus sur. La question est posée aux descendants de la famille pour savoir qui  m'escortera,  les noms fusent mais aucune décision ne tombe. Au tirage au sort, Osnath est l'heureuse élue. Heureuse ? C'est trop dire, car ayant déjà fait partie de mon voyage en Tunisie en 2009, cette dernière craint que l'on lui reproche d'être l'éternelle désignée et ce n'est guère sympathique comme appréhension.  Mais attendez Osnath a plus d'un tour dans son sac : notre mariage d'or se situant le 17 juin, elle s'écrie :


- Eureka ! J'ai trouvé. Papa (Camus) et maman (Gisèle) voyageront ensemble en couple d'amoureux.

Et tout le monde est d'accord. 

Notre ami Hédi trouve l'idée merveilleuse, pourquoi ne pas offrir du bon temps aux tourtereaux ? Cinquante de mariage ce n'est pas de tous les jours, vous ne pensez pas ? 

Le problème : Vivi souffrant d'une insuffisance respiratoire, est soigné par Gisèle sa belle-sœur. Une conférence au sommet est convoquée, le problème y est exposé. Vivi assure que durant huit jours il se portera comme un charme. Moché étudiant en médecine d'urgence 2è année garantit sa collaboration, de même que Viviane, Osnath, Jacob, Shir et toute la famille enfin.  Gisèle  convoque tout son petit monde pour exposer la situation : de quoi souffre Vivi, comment le soigner, le mode d'utilisation de son appareillage – génératrice d'oxygène fixe, génératrice chargeable ambulante, ballons d'oxygène transportables, bipap, inhalateur -,  la manière de préparer une inhalation ou de repérer une agitation, un trouble  etc. Le groupe se réunit plusieurs fois afin de s'assurer de sa compétence. Gisèle est enfin satisfaite.

- Ne soyez pas effrayés surtout, vous n'allez pas piloter le Titanic. En cas de problème inattendu, posez la question à Vivi, il est très intelligent et connait sa situation, il vous aidera à trouver la réponse.

- Hé ! Hé ! s'écrie le patient je serai moins souffrant que vous ne vous y attendrez.

Le récit du voyage ci-après.

 

Le voyage : préparatifs d'ici et là

Commence alors l'organisation du voyage. Combine assez complexe, il ne faudrait rien oublier, tout est inscrit noir sur blanc et on fait un V à chaque phase passée : passeports, change, préparation de la valise, trousse de toilette, linge chaud, choix des chaussures etc.   

 

Voyage 1ère option

Traveliste propose un vol pour le 19 juin avec hôtel compris, l'Hibiscus, deux étoiles Rue de Malte, sept nuits pour 714 dollars américains. Inscription et attente. Annonce aux amis des détails du voyage prévu. Hédi lui, préfèrerait que nous réservions un hôtel Rue des Gobelins, tout près de chez lui,  mais cette pension ne serait pas libre avant le 26 juin. Il cherche d'autres alternatives dans le 5è ou 6è arrondissement, mais attendant d'abord la réservation de Traveliste. Hédi écrit :

"Si c'est déjà commandé, vous serez quittes pour faire quelques stations de métros. Nous nous retrouverons donc le 19 juin".

Quatre jours plus tard une employée de Traveliste nous annonce que l'hôtel en question n'est pas libre et que l'on pourrait en réserver un autre en ajoutant une somme rondelette. Ce n'est pas fair-play de tenir un client en haleine une semaine pour lui dire en fin de compte, I am very sorry sir…   Nous coupons donc avec Travelist sans dommage. Nous annonçons à nos amis que le voyage est annulé. Tout le monde est désolé bien sûr.


Voyage 2ème option  

Au petit matin Vivi ID se réveille avant l'aube et commence à naviguer sur les flots du net. Comme nous cherchons un voyage à Paris, Internet nous envoie toutes les options à nous embrouiller. Une adresse attire son attention : une proposition ressemblant à la précédente, si ce n'est le nom de l'hôtel qui change : Hôtel Mattlé Rue de la Boule Rouge près de l'Opéra et du Moulin Rouge. C'est tentant. Les images déroulantes de l'hôtel nous plaisent. Nous laissons nos coordonnées et attendons le début de la journée pour commander.  

Pas de problème nous dit-on. Le prix est un peu supérieur au précédent, mais qui compte ?  Bon, il n'y aurait aucun obstacle du côté réservation du gite parait-il et on attend que la commande du vol soit établie. Nous annonçons donc notre arrivée à Paris pour le 19. Peu de temps après on nous demande d'ajouter 300 dollars chacun pour la chambre d'hôtel car la Salon Aéronautique accapare tous les lits de la capitale. Contre force, pas de résistance et Vivi ajoute ce qu'il faut, joueur impassible. Passe un jour, puis deux, puis trois, le quatre suit, le cinquième ne tarde pas, ni le sixième…   Bref, un pépin. Pas Pépin le Bref,  bref, un pépin tout court…  on nous annonce, tenez-vous bien :

- Cet hôtel est complet Monsieur, je suis vraiment désolée nous dit une voix chantonnant au téléphone.

- J'écoute la suite...

- Je vous propose un autre dans la même rue, quatre étoiles, pour deux mille dollars, un prix très modique vu la saison…  Je regarde Gisèle. Elle prend le combiné et répond :

- Madame, je suis aussi désolée que vous, mais je voyage à Paris, ce n'est pas le Thaïlande que je désire visiter. Coupez l'affaire et envoyez-moi s'il vous plait une note que je ne dois rien.

- Sur.

C'est tellement sur qu'en surfant dans Internet nous découvrons que notre carte bancaire accuse une dépense  future de 1.000 dollars premier et deuxième acomptes.  Téléphone à Visa, téléphone à la société 90è minute-voyage, re-Visa, re-90è minutes-voyages… Enfin après un petit casse-tête tout s'arrange. Heureusement que Vivi Il Diavolo est  là et il tient le taureau par les cornes. Avec lui, on ne badine pas. Il ne me reste plus qu'à écrire à mes amis que  ce nouveau voyage est annulé. Cela me  vaudra bientôt le pseudo : Camus annonce, Camus annule. On me répond gentiment que ce n'est pas mektoub, ce n'st pas écrit dans le Ciel que j'arriverai de sitôt à Paris…


Donc il n'y a plus de voyage. Mais nous gardons nos illusions. Les hôtels recherchés sont pris jusqu'au 15 juillet. Mais c'est Tichâ bé-Av, le mémorial de la destruction des deux Temples, deuil national et jeun. Pas de voyage avant cette date. Et après c'est Hédi qui voyage en Italie parfaire son italiano. Nos illusions retombent à l'eau et notre valise se vide. C'est mardi 18 juin, le mémorial de maman. Toute la famille est chez nous et je me presse chez le dentiste.


Voyage 3ème option

Entretemps Osnath lance un appel SOS à ses sœurs, consœurs, confrères et amis : papa est triste, trouvez-lui un voyage à Paris…  Le plus rapide c'est Vivi qui trouve deux places vacantes chez Arakia avec hébergement au New Hôtel Saint Lazare. Cela me parait magnifique, l'emplacement et l'hébergeur me plaisent. Un nouveau mail est envoyé aux amis parisiens :

Bonjour, contrairement à ce que je vous ai écrit ce matin, nous voyageons quand même demain, nous logerons au Nouvel Hôtel Saint Lazare Rue Amsterdam. A la bonne heure.  

Dans cette histoire rien n'est vrai jusqu'à la dernière minute. Le mercredi 19 j'apprends que le New Hôtel Saint Lazare est complet.

- J'ai compris nous prendrons une tente avec nous.

- Non répond l'impassible Vivi ID. Ils ont trouvé un hôtel meilleur que le précédent mais il coute  beaucoup plus cher.

- Charmant.

- Oui, mais tu ne paieras pas la différence. Comme ils sont obligés de vendre leurs billets d'avion, on nous fait une réduction. C'est aussi grâce à la réservation par Internet qui nous vaut 10  %    de rabais.


Nous re-préparons la valise, prenant avec nous les chemises à manches courtes sans y prendre garde, oublions la pâte de dentifrice, nous devrons l'acheter ailleurs, nous faisons nos dernières formalités en dernière minute, assurance voyages + maladies, nous avons quand même le temps de manger avant de sortir prendre le train pour Tel Aviv. Nous arrivons à l'aéroport trop tôt et nous attendons patiemment le départ qui  aura un retard évidemment. Arrivée à Paris, terminal Trois, à Charles de Gaulle à 22 heures trente, accueillis par un orage et heureusement aussi par nos charmants bienfaiteurs Victor et Chantal venus nous emmener à l'hôtel Pavillon Arc de Triomphe, 51 Boulevard Pereire.

 

Si c'était moi le conducteur je ne serais jamais arrivé à bon port. Heureusement que Chantal et Victor connaissent Paris comme vous la cour de leur maison. Les rues sont bondées, inondées, les voitures telles des escargots se frayent la route à coups d'accélérateur et de freins. Quel voyage épuisant pour Victor, son carrosse roule deux heures au moins. Des chaussées affaissées ou baignant dans l'eau sont fermées et nous contraignent de les contourner.  Victor et Chantal, nous vous devons un fier service.  

Chantal descend avec nous afin de s'assurer que nous sommes arrivés à bon port. Une accolade avec nos compagnons et nous nous quittons. A la réception on nous  dit que des appels ont fusé d'un peu partout en Israël, s'enquérant de nos nouvelles. Justement notre portable choisit le moment de faire des siennes.

 

Je vous raconterai notre séjour inoubliable à Paris dans un autre article. 

 


http://horizons.over-blog.net/article-en-route-pour-paris-hôtel-118925993.html

 

 

 


noces-2.jpg

http://pics3.meilleursagents.com/photos/1d/fb/3257e6012e56c90.65901.ms.jpg


Paris

Repost 0
Published by Camus - dans Souvenirs
commenter cet article
19 mai 2013 7 19 /05 /mai /2013 20:05

Quiproquo et pain rassis

 

http://www.tunecity.net/IMG/jpg/pain_1_.jpg

 

En bref : L'infirmier surnommé Boukha Boukhobsa, un des habitués du café Cyrnos, interprète mal les rumeurs, il se lève et va a l’encontre de Maman et lui présente ses condoléances.

— Mira ! Baraka fikem* ! Quel malheureux accident ! Je te donne un calmant ?

 

Il fait encore jour l'été assez tard à Sfax, pas comme dans ces pays ou le soleil disparaît dès l’après midi. Un samedi à vingt heures, peu de temps après la sortie du shabbat, maman m’envoie acheter du pain. 

— Ne vas plus loin que l’épicerie Bouraoui. Si tu ne trouves pas de pain, on s’arrangera.

Sitôt dit, je sors faire ma commission. À l’épicerie, il n’y a plus de pain.
Je me dis : " Si je vais un saut jusqu’au four à Jnan Shouchane ? Ce n’est pas loin du tout. "
A la boulangerie m’attend une désillusion, il ne reste rien.

Je me dis : " Si je vais jusqu’au four près de la station Shell, à la bifurcation, c’est à deux cent mètres seulement. "

Là m’attend une nouvelle désillusion. Mais je rencontre André Msihid dit Le Bel - pseudo acquis grâce à sa chevelure bien tenue -. Lui aussi cherche du pain.
— Si on allait à Bab Ejebli, ce n’est pas au bout du monde.


J’acquiesce et nous nous mettons en marche. À Bab Ejebli, nous ne trouvons pas de pain.
— Si on entrait en ville arabe, nous trouverons bien quelque chose, propose André. Je suis d’accord avec lui, à La Médina il y a de tout, mais pas de pain. De là nous sortons bredouilles.

— Si on fait un détour par l’Ancienne Gendarmerie (Nofs Etnïa - la mi-route) ? Nous ne ferons pas plus de chemin, mais nous trouverons surement un magasin ouvert. Tel est le nouveau conseil d’André Le Bel Msihid.
— Mais ce sera le dernier essai, dis-je, on va s’inquiéter à la maison de mon absence.

 

À "Nofs Etnïa " nous trouvons deux pains rassis, rendus la veille par les autorités de la Prison de Pic- Ville. Nous hésitons, mais le vendeur insiste, nous fait un prix de rabais, les deux pour le prix d’un demi. Nous achetons le pain dur en fin de compte. S’il ne sera pas mangeable nous l’offrirons aux poules. Et nous voila de retour, prenant le chemin allant vers Moulinville et passant par l’École Cachât. Il était temps.


Cependant maman se faisant du soucis par raport à mon absence de deux heures, se dirige vers le Café Cyrnos allant et venant, trottant les cent pas. De sa physionomie émane le manque de calme. Le patron du bistrot, M. Casanova dit Le Corse lui demande ce qui ne va pas.

— C’est mon fils Camus qui ne revient pas depuis plus de deux heures. Je l’ai envoyé acheter du pain

— Bah ! il va revenir bientôt.
M. Casaova raconte aux habitués que le fils de Mira s’est égaré.

La nouvelle passe de bouche en oreille : "Égaré" devient "perdu" en un clin d’oeil, puis "perdu" se transforme en "défunt". On suppose qu’il s’agit d’un accident. L’infirmier surnommé Boukha Boukhobsa, un des clients interprète mal les rumeurs, il se lève et va a l’encontre de maman, la seringue à la main et lui présente ses condoléances.

— Mira ! Baraka fikem ! Tu as perdu ton fils ? Quel malheureux accident ! Je te donne un calmant ?


Juste à ce moment j’arrive suivi d’André Le Bel Msihid et je demande ce qui se passe.

L’infirmier se tourne vers moi et me pose des questions concernant l’accident.

— L’accident ? Ça m’étonne, je n’ai rien vu, je viens seulemnt d’arriver.

Maman respire profondément et prend à part M. Boukha en lui proposant d’aller faire une cure de désintoxiquement d’alcool. Puis se tournant vers moi elle me reproche :
— Mon fils j’allais mourir. J’étais folle d’inquiétude. Ne me fais plus ce coup là.


Évidemment, personne n’a mangé du fameux pain acheté à L’Ancienne Gendarmerie.

 

Nota : Baraka fikem* :  mes condoléances

 

A paru dans Tunecity :  http://www.tunecity.net/?Quiproquo-et-pain-rassis

 

 

papillon-copie-1

Repost 0
Published by Camus - dans Souvenirs
commenter cet article
15 février 2012 3 15 /02 /février /2012 15:54

Le mouvement Dror 

 

Quelques photos en souvenir des années 50 du siècle dernier, envoyées par Judith Sitbon-Aberman  une grande amie, une personne qu'on ne pourrait jamais oublier. Ceux qui se reconnaîtront dans ces photos, sont priés de me contacter.  

 

Image--2-.jpg

 

x,x,x,x , Gégé, x, x, x, Ben Tzion, Meyer Aïdan, Rivka Ankri-Krief, Suzanne Aïdan, le passage à Tunis 1952


 

Image--4-.jpg

Debouts en maillot : Nessim Luçato et Victor Berdah, La Goulette


 

Image--5-.jpg

 

Meyer Aïdan, Bébé de dos , Rivka allongée, Gégé et Alev Sarfati

 

 

Image--6-.jpgSé"

Séminaire à la villa Héréra à Sousse, Pessah 1951

 

 

Image.jpg

 

x, x, x, x, Camus, Meyer, Rivka, Gérard (Michkafaïm), x, Gégé Tunis 1953

 

 

Image--3--copie-1.jpg

 

x, Ben Tzion, Gégé, x, x, Michkafaïm 1951


 

Que de nostalgie dans ces images jaunies par le temps ! Ces amis que je retrouve dans ces vielles photos  me font battre le coeur.

 

Le slogan du mouvement Dror :


Alé Haloutz ! Alo Naâlé... 


      Fais ta âlya pionnier ! Nous la réaliserons...


 

cafe-copie-1

Repost 0
Published by Camus - dans Souvenirs
commenter cet article
25 décembre 2011 7 25 /12 /décembre /2011 08:12

Marte el hlaïbi


http://img100.imageshack.us/img100/995/lemouilinvilloisgb4.jpg

 

Par Vivi

 

En 1969, j'étais chez mon frère Camus ou j'ai vu à la télévision une émission avec Jack Lord de " Hawaï 5-0 ". Retournant chez moi assez tard, j'ai rencontré une très vieille femme, toute habillée de blanc et s'appuyant à une canne. Elle me montra une entrée sombre et me demanda d'aller appeler la femme du laitier, en arabe marocain : 

- Ya oulidi, shir gh'ouette li, marte el hlaïbi.
J'ai répondu que le laitier et sa femme n'habitaient pas là dans cette maison, et je suis parti.

Arrivé dans la place menant à ma demeure, une surprise m'attendait dans la personne de la vieille femme qui m'interpellant me redemanda :


- Ya oulidi, shir gh'ouette li, marte el hlaïbi.

J'ai senti une sueur froide couvrir mon front et ma tête, dégoulinant le long de mon dos.

Je me suis posé la question comment est-elle arrivée avant moi, avec ses jambes molles et sa canne, alors que je me suis dépêché à cause du froid, une vraie performance ! Pris de peur, j'ai tendu le bras pour la repousser, mais ma main traversa le vide, son corps n'était que du néant.

J'ai couru jusqu'à mon logis et sitôt entré, j'ai fermé la porte à double tour et si je pouvais je l'aurais close à triple tour. Maman quelle peur ! J'ai poussé la table sur la porte d'entrée et je me suis caché jusqu'au matin dans le lit de mon frère Herzl qui n'a jamais été effrayé par les phénomènes de ce genre.

Au petit matin maman m'a demandé la raison de ma conduite plutôt curieuse. Après m'avoir écouté bien calmement, elle me demanda si j'étais sûr de mes dires.
J'ai répondu :


- Oui ! Pourquoi ?
- Avait elle des pieds humains, ou des pieds de poule ironisa mon oncle.
- Le fait est dit maman, que la femme du laitier est morte.

- Maman !!!

 

Horizon

Sfax : photo Mohamed Aloulou

Repost 0
Published by Camus - dans Souvenirs
commenter cet article