Souvenirs de Tunisie, dialogues, cuisine, littérature, poésie, divers
Nous avons gracieusement reçu un recueil de poèmes de Hédi Bouraoui, dont Sfax est le sujet, en gage d’amitié, afin d’en faire profiter les membres d'Overblog. Merci Hédi. Nous souhaitons vous lire très souvent.
Prologue par Hedi Bouraoui.
Ecrire sa ville natale n’est pas contempler son nombril ! Ni conforter l’ego dans sa folle fierté de quadrature du cercle. C’est la nommer, lui rendre ainsi les honneurs. Et colmater en même temps les brèches de la blessure du Lieu de naissance. Se distancier pour ajuster l’Idéal qu’on aurait souhaité qu’elle garde et la réalité affligeante qu’elle assume sans rien nous demander.
Quotidienneté que l’on vit, d’autant plus qu’on l’a quittée depuis belle trompette !
Ni exil, ni aliénation de ce lieu privilégié. En l’abandonnant derrière soi, cela ne veut pas dire qu’on l’oublie. Plutôt, on le porte en soi, en bonne compagnie de son nom propre, et partout où l’on va...
Si l’on a quitté sa ville natale, ce n’est pas pour ramer dans la guimauve, cette nostalgie de pacotille, dans laquelle on risque de se noyer à cœur ouvert. Revisiter le lieu de son origine - en imaginaire ou en lampadaire ambulant - c’est mesurer l’écart vertigineux entre son développement ou sa démise et son propre standing en mutation.
Toujours, la ville natale accepte, de loin ou de près, toutes les louanges à bras ouverts. Elle les dorlote, et les investit par tous les temps. Mais à la moindre égratignure, elle sort ses griffes, bondit de haine et de dépit. Et puis, à la première occasion, elle vous seringue son venin...
Ambiguïté entre l’Amour de sa naissance et son exécration... entre être et paraître... entre avoir et croire... tous ces entre-trois qui sont source de poésie.
Poésie qui maintient le feu sacré de la vie.
Et cet itude qui vient de loin ! Du fin fond de l’Afrique. Continent inaugural de la race humaine. C’est là où est né l’Etre. Pour ne pas dire l’Homme, ce qui lèserait la gente féminine. Des compléments nécessaires et indissolubles. Tels ceux du nom propre et du lieu de la naissance.
Ne chantournent-ils pas ce petit vernis qui fait notre humanité ? Celui-ci ne s’éteint qu’à la mort. Mais il peut survivre par la combinaison de ce que l’on a pu créer.
Lien primal
Sfax ville natale surgit
Poulpe rayonnant tentacules
Toujours ce soleil fulgurant
Remonte la route vers la Capitale
Lointaine concordance de l’absolu
Je cherche la chéchia aux yeux
Des portes de Bab-Diwane vers la mer
A battre ardemment pour attendrir la chair
Et dépecer peau comestible
Rien que pour le souvenir du goût
Chakchouka aux pois verts, piments rouges
Qu’une tendre sœur prépare une fois l’an...
Je ravale ma naissance au lieu-dit du savoir
Rehaussé par une famille corrosive
Qui ne te laisse jamais oublier son ascendance.
Sfax, Soleil de vérité
Ville aux branches d’olivier
Tu mets du baume
Au cœur de chaque regret
Des calamités et du destin traître
De ton Olive, tu étanches
La soif des damnés de la terre
Ta lumière nourrit les éclairs
Ton esprit foudroie les fantômes
Ton arbre mien plonge
Ses racines dans le phréatique
Du ciel inversé de l’adversité
Et redore notre fierté de figue de barbarie
Témoin de la sereine splendeur
Qui racle les épines des envieux
N’es-tu pas la médiatrice de l’espoir
Entre Capitale et pleines saheliennes ?
Tu relèves les défis de cette dédaigneuse
Acerbe dans sa servitude à tant d’aléas
Et quand elle t’abandonne à la Porte du sud
Le No man’s land saharien vient à ton secours
Peu importe le dédain et l’envie
Peu importent les calanques tunisoises
Safakous a inauguré notre prestige
Et nous devons lui rendre la pareille
A l’aune de sa majestueuse oliveraie
Sfax, la Japonaise
Du nerf de la richesse
On t’a affublée
Et comme tu ravives
Les synergies... On a mis
Sur ta tête une couronne
Japonaise
Tous savent que sans toi
Le pays n’aurait qu’une piètre
Economie
Tu es seule à mettre sur les rails
La bourse des survivances
Et pourtant
Au pouvoir, tu n’occupes
Qu’un strapontin bancal
Il fait néanmoins
Tourner rouages et marchandages !
Les deux mamelles de ta béatitude
