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3 avril 2014 4 03 /04 /avril /2014 18:10

Zâïfrana a le dessus

- Zâïfrana, je pars en voyage.

-  Que Dieu vous protège Seigneur, gardez vous bien et revenez en bonne santé.

- Tu n’as besoin de rien ?

- Seulement de provisions. Mais parlez moi de vos projets, sur quel navire naviguerez vous, qui seront vos matelots, sont ils expérimentés ?

Le Prince sans se faire prier parle longuement de son navire, de la date du départ et répond à toutes les questions, tous les détails possibles et imaginaires sont fournis à la jeune femme de même que le nom de l’armateur. Dès le départ du Prince Zâïfrana court chez ses  parents.


- Père ! Préparez-moi un navire !

Selon les instructions de leur maîtresse les servantes font des achats de tissus et de chaussures, pareillement qu’à la première fois ; les esclaves s’affairent aux emplettes d’aliments, d’épices, de boissons et tout ce qui serait nécessaire pour un long trajet. Son père s’occupe de l’armement d’un bateau et le meilleur équipage est enrôlé.

Le jour du départ arrive. Le fils du Sultan envoie des provisions à la matmoura et pendant qu’il prend la route du port vers son bateau, Zâifrana court se préparer et s’habiller se pressant de monter sur son bateau et de prendre le large. Les deux quittent le port en même temps, leurs navires sont identiques, mais tandis que celui du Prince est bleu le sien est rouge. Le fils du Sultan appareille, Zâïfrana donne l’ordre de larguer les amarres. Elle suit la même route que son mari et quand il s’arrête elle fait jeter l’ancre et quand il repart elle est derrière lui à trois encablures.

Au bout d’une semaine le navire du Prince stoppe en pleine mer, celui de notre amie s’immobilise aussi tout près. Le fils du Sultan l’aperçoit et se fait transborder. Etant d’anciennes connaissances ils peuvent brûler les étapes et ce qui devait arriver, arrive de nouveau. Le Prince amoureux ne quitte pour ainsi dire plus le navire de Zâïfrana jusqu’au jour où le temps passant vite, il doit retourner à son port d’attache. Les deux navires se suivent, faisant les mêmes escales. Au moment de la séparation Le Prince offre à Zâïfrana sa montre.


Sitôt descendue au port notre héroïne voilée se hâte d’arriver chez son père, change de vêtements et se dirige vers sa cave. Aux questions de ses parents elle répond qu’on en reparlera. Fidèle à son habitude le Prince vient la voir, dès qu’il lui est possible de se libérer de la réception organisée en son honneur. Il se penche vers le soupirail et demande :

- Zâïfrana, où en sommes-nous ?

- Je place ma confiance et mon espoir en notre Seigneur !

- Zâïfrana, ne t’es tu pas ennuyée ?

- Mes louanges à Dieu pour ce qu’il m’alloue !

- N’as-tu pas eu faim Zâïfrana ?

- J’ai mangé et il en reste Grâce à Dieu !

Ensuite elle s’informe de sa santé, de son voyage, demande s’il s’est bien passé et l’interroge sur ses loisirs en pleine mer. Son mari répond à toutes ses questions, toutefois il ne raconte rien concernant son aventure amoureuse et sur sa galante amie.


Les jours passent et les semaines aussi, Zâïfrana grossit et son ventre s’arrondit. Au bout de neufs mois elle met au monde un très beau garçon dont la chevelure est aussi noire que celle de son frère est blonde. Zâïfrana lui donne le nom Mahmoud aux cheveux de saphir. Le bébé grandit dans la maison de ses grands parents et la propre nourrice de sa maman s’occupe de lui. Des mois après ma mise au monde de son fils, Zâïfrana voit venir son époux et dans sa bouche une nouvelle :

- Zâïfrana, je pars en voyage, les affaires de l’Empire m’appellent.

- Que le Seigneur vous protège, mon Prince. Ayez soin de votre personne et revenez en bonne santé.

Zâïfrana lui pose des questions sur son trajet, son navire, son équipage. Son mari ne se fait pas prier et lui parle de son bateau, de son armateur, de son capitaine et encore maints détails car, nous l’avons vu, il aime parler surtout sur ses occupations personnelles. Le mari lui envoie une provision de pain, d’olives et d’eau puis s’en va vaquer à ses arrangements. Notre héroïne court chez ses parents et demande :


- Père j’ai besoin d’un bateau, le Prince repart en voyage et je vais le suivre.

Le riche paternel qui a une confiance aveugle en sa fille s’exécute et organise des préparatifs menés d’une main de maître.

Les deux quittent le port en même temps, leurs navires sont identiques, tandis que leurs couleurs sont différentes. Le fils du Sultan appareille, Zâïfrana donne l’ordre de larguer les amarres. Elle suit la même route que son mari et quand il s’arrête elle fait jeter l’ancre et quand il repart elle est derrière lui à trois encablures. Elle s’arrange de se trouver au bout de sa lorgnette et comme par hasard ils se rencontrent. Elle l’invite à son bord. Là il y a tout ce qu’il faut pour passer le temps agréablement, musique, boissons, friandises et une bonne nourriture.


Pourtant les deux s’intéressent à d’autres agréments, d’ordre romantique. Ils sont de vieilles connaissances et n’allant pas par quatre chemins, ils arrivent à l’aboutissement inévitable. Le jour de la séparation approche à grands pas et avant de se quitter le Prince offre son collier à sa femme.


Le temps passe, Zâïfrana a des envies, puis de vomissements, elle engraisse, le troisième mois elle maigrit et elle met au monde au bout de neufs mois une petite fille splendide aux cheveux roux bouclés, Aïcha aux cheveux de flamme, qu’elle met en nourrice chez sa propre nurse. Elle-même passe son temps dans la maison de ses parents et ne revient à son caveau que lors des visites de son mari. Un jour il vient lui annoncer son prochain mariage.

- Zâïfrana je suis promis à ma cousine et je dois l’épouser. Telle est la volonté du Sultan.

- Il faut obéir à la résolution du père.                                    

- C’est tout ce que tu as à dire ?

- Je mets mon espoir en Dieu et une confiance aveugle aussi.

- As-tu besoin de quelque chose ?                                     

- Du henné me réjouirait le cœur !

- Du henné ? Et tu comptes t’en servir ?

- Oui, ça me ferait plaisir !

Ensuite elle le questionne sur son habillement, ses chaussures et sur l’organisation de la noce. Bientôt le jour j arrive.

Il tient sa promesse et lui envoie du henné en plus des provisions, pain, eau et olives. Elle prend le henné en main, court chez ses parents, le pétrit, fait un bain dans le hammam familial et s’enduit les paumes des mains et les plantes des pieds, sachant que ce sera elle qui pénétrera ce soir dans la chambre nuptiale.


Elle habille ses enfants des costumes princiers qu’elle a fait préparer, met la bague reçue du Prince au doigt de Hamda aux cheveux d’or, place le collier au cou de Mahmoud aux cheveux de saphir et accroche la montre sur la robe de sa fille Aicha aux cheveux de flamme. Elle donne des instructions à ses garçons et confie la petite fille au soin d’un serviteur noir qui lui est fidèle. Elle donne des instructions à sers fils :


- Vous allez visiter le Palais du Sultan et vous assisterez à une fête. Cassez chaque miroir que vous verrez et chaque vase. Si vous voyez passer un serviteur avec des boissons, bousculez-le !

- Maman, on nous fera des reproches, font remarquer les enfants.

- Si quelqu’un vous réprimande vous lui direz : " Nous sommes dans la maison de notre père, vous n’avez pas de réclamations à nous faire ".

La fête bat son plein, les deux enfants princiers font leur entrée dans le Palais Royal suivis du serviteur noir tenant la petite Aicha dans ses bras. Dans le pêle-mêle des arrivants, nos amis ne sont pas interceptés. Ils font ce qu’ils ont été demandé de faire, bousculant les serviteurs qui culbutent, cassant à leur passage des vases, des vitrines et des miroirs. Les domestiques perdant la tête devant les réponses laconiques qu’ils reçoivent des deux enfants, vont se plaindre chez le Sultan :


- Sa Majesté, dieux jeunes diables font un boucan d’enfer dans le Palais, cassant, renversant et culbutant. A nos reproches, ils nous répondent que c’est la maison de leur père et que nous n’avons pas à nous en mêler.


- La maison de leur père ? Que dites-vous ? Amenez les ici !

Peu après, le trois enfants sont introduits chez le Sultan ainsi que le serviteur noir.

- Qui êtes-vous ? demande le Monarque. Le fidèle Noir répond :

- Sa Majesté, celui ci est Hamda aux cheveux d’or, celui là est Mahmoud aux cheveux de saphir et la petite que je tiens dans les bras est Aicha aux cheveux de flamme. Je suis leur serviteur et ils sont vos petits enfants. Ne reconnaissez-vous pas vos armures dans cette bague, dans ce collier ou dans cette montre ? Le fidèle serviteur fait une révérence et montre les bijoux au Souverain.


- J’admets avoue le Sultan. Pouvez-vous me mener chez leur mère ?

Peu de temps après, un carrosse royal s’immobilise près de la maison des parents de Zâïfrana. Le Souverain les connaît bien, car ils sont nobles. Le Sultan est attendu et il est reçut avec tout le respect qu’on doit à une si haute dignité. Le père raconte au souverain la demande en mariage du Prince et c’est Zâïfrana qui lui raconte toute son aventure, le mariage, l’emprisonnement et lui fait visiter la matmoura.


- Quel lâche ! Il se laisse marier à la fille de mon frère quand il a une femme si belle et pleine de qualités ? Vous êtes déjà ma fille pour ces beaux enfants que vous m’avez donnés. Venez avec moi, vous n’avez pas à vous en faire pour ma nièce, "mouch mektoub", ce n’est pas écrit ! Je lui trouverai un noble qui l’épousera dès ce soir.


Et les choses se passeront exactement comme le Sultan l’a décidé. L’estime et l’affection qu’il a pour sa bru allant et grandissant, grâce à sa sagesse et son habileté manuelle, son esprit, ses qualités d’âme, sa perfection et surtout pour les beaux petits enfants qu’elle lui a donnés. Sa beauté et sa longue chevelure n’étant qu’un ajout agréable à admirer et à orner la cour.


Fin

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commentaires

gisèle 19/02/2009 08:34

Quel joli conte, merci Camus

Morgane 18/02/2009 12:56

Bonjour Camus
Merci pour ta visite ce matin, je passe te voir, pour te dire que je viens de te faire une pub sur mon blog, en espérant que ça t'ammène du monde.... Tu peux venir voir si tu veux
bises

Camus 17/02/2009 11:19

Bises et bye.

Morgane 17/02/2009 11:15

Ne t'inquiètes pas, j'ai déjà mis ton lien, et je vais te faire une petite publicitée....
Encore merci, et j'ai hâte de lire d'autres contes...
bies

Camus 17/02/2009 10:45

Merci Morgane.
Je tacherai de reconstituer des autres contes que j'ai écoutés en Tunisie.
Dans mon pays natale il y avait des conteurs de fables et de contes, des troubadours en somme.
Mais je les ai entendu surtout de la bouche de ma mère, de ma tante, de mon oncle et de mon brau-père.
On racontait en langue judéo-arabe et en vers. Les conteurs étaient très appréciés, faute de postes de radio, de télévision et d'ordinateurs bien sûr.
La beauté du conte était aussi sa poésie, car on le racontait toujours tel qu'il a été écrit.
J'étais toujours surpris par la mémoire des conteurs.
Bonne journée. Passe mon lien, merci.
Bisous, Camus.