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3 avril 2014 4 03 /04 /avril /2014 18:10

Zâïfrana a le dessus

- Zâïfrana, je pars en voyage.

-  Que Dieu vous protège Seigneur, gardez vous bien et revenez en bonne santé.

- Tu n’as besoin de rien ?

- Seulement de provisions. Mais parlez moi de vos projets, sur quel navire naviguerez vous, qui seront vos matelots, sont ils expérimentés ?

Le Prince sans se faire prier parle longuement de son navire, de la date du départ et répond à toutes les questions, tous les détails possibles et imaginaires sont fournis à la jeune femme de même que le nom de l’armateur. Dès le départ du Prince Zâïfrana court chez ses  parents.


- Père ! Préparez-moi un navire !

Selon les instructions de leur maîtresse les servantes font des achats de tissus et de chaussures, pareillement qu’à la première fois ; les esclaves s’affairent aux emplettes d’aliments, d’épices, de boissons et tout ce qui serait nécessaire pour un long trajet. Son père s’occupe de l’armement d’un bateau et le meilleur équipage est enrôlé.

Le jour du départ arrive. Le fils du Sultan envoie des provisions à la matmoura et pendant qu’il prend la route du port vers son bateau, Zâifrana court se préparer et s’habiller se pressant de monter sur son bateau et de prendre le large. Les deux quittent le port en même temps, leurs navires sont identiques, mais tandis que celui du Prince est bleu le sien est rouge. Le fils du Sultan appareille, Zâïfrana donne l’ordre de larguer les amarres. Elle suit la même route que son mari et quand il s’arrête elle fait jeter l’ancre et quand il repart elle est derrière lui à trois encablures.

Au bout d’une semaine le navire du Prince stoppe en pleine mer, celui de notre amie s’immobilise aussi tout près. Le fils du Sultan l’aperçoit et se fait transborder. Etant d’anciennes connaissances ils peuvent brûler les étapes et ce qui devait arriver, arrive de nouveau. Le Prince amoureux ne quitte pour ainsi dire plus le navire de Zâïfrana jusqu’au jour où le temps passant vite, il doit retourner à son port d’attache. Les deux navires se suivent, faisant les mêmes escales. Au moment de la séparation Le Prince offre à Zâïfrana sa montre.


Sitôt descendue au port notre héroïne voilée se hâte d’arriver chez son père, change de vêtements et se dirige vers sa cave. Aux questions de ses parents elle répond qu’on en reparlera. Fidèle à son habitude le Prince vient la voir, dès qu’il lui est possible de se libérer de la réception organisée en son honneur. Il se penche vers le soupirail et demande :

- Zâïfrana, où en sommes-nous ?

- Je place ma confiance et mon espoir en notre Seigneur !

- Zâïfrana, ne t’es tu pas ennuyée ?

- Mes louanges à Dieu pour ce qu’il m’alloue !

- N’as-tu pas eu faim Zâïfrana ?

- J’ai mangé et il en reste Grâce à Dieu !

Ensuite elle s’informe de sa santé, de son voyage, demande s’il s’est bien passé et l’interroge sur ses loisirs en pleine mer. Son mari répond à toutes ses questions, toutefois il ne raconte rien concernant son aventure amoureuse et sur sa galante amie.


Les jours passent et les semaines aussi, Zâïfrana grossit et son ventre s’arrondit. Au bout de neufs mois elle met au monde un très beau garçon dont la chevelure est aussi noire que celle de son frère est blonde. Zâïfrana lui donne le nom Mahmoud aux cheveux de saphir. Le bébé grandit dans la maison de ses grands parents et la propre nourrice de sa maman s’occupe de lui. Des mois après ma mise au monde de son fils, Zâïfrana voit venir son époux et dans sa bouche une nouvelle :

- Zâïfrana, je pars en voyage, les affaires de l’Empire m’appellent.

- Que le Seigneur vous protège, mon Prince. Ayez soin de votre personne et revenez en bonne santé.

Zâïfrana lui pose des questions sur son trajet, son navire, son équipage. Son mari ne se fait pas prier et lui parle de son bateau, de son armateur, de son capitaine et encore maints détails car, nous l’avons vu, il aime parler surtout sur ses occupations personnelles. Le mari lui envoie une provision de pain, d’olives et d’eau puis s’en va vaquer à ses arrangements. Notre héroïne court chez ses parents et demande :


- Père j’ai besoin d’un bateau, le Prince repart en voyage et je vais le suivre.

Le riche paternel qui a une confiance aveugle en sa fille s’exécute et organise des préparatifs menés d’une main de maître.

Les deux quittent le port en même temps, leurs navires sont identiques, tandis que leurs couleurs sont différentes. Le fils du Sultan appareille, Zâïfrana donne l’ordre de larguer les amarres. Elle suit la même route que son mari et quand il s’arrête elle fait jeter l’ancre et quand il repart elle est derrière lui à trois encablures. Elle s’arrange de se trouver au bout de sa lorgnette et comme par hasard ils se rencontrent. Elle l’invite à son bord. Là il y a tout ce qu’il faut pour passer le temps agréablement, musique, boissons, friandises et une bonne nourriture.


Pourtant les deux s’intéressent à d’autres agréments, d’ordre romantique. Ils sont de vieilles connaissances et n’allant pas par quatre chemins, ils arrivent à l’aboutissement inévitable. Le jour de la séparation approche à grands pas et avant de se quitter le Prince offre son collier à sa femme.


Le temps passe, Zâïfrana a des envies, puis de vomissements, elle engraisse, le troisième mois elle maigrit et elle met au monde au bout de neufs mois une petite fille splendide aux cheveux roux bouclés, Aïcha aux cheveux de flamme, qu’elle met en nourrice chez sa propre nurse. Elle-même passe son temps dans la maison de ses parents et ne revient à son caveau que lors des visites de son mari. Un jour il vient lui annoncer son prochain mariage.

- Zâïfrana je suis promis à ma cousine et je dois l’épouser. Telle est la volonté du Sultan.

- Il faut obéir à la résolution du père.                                    

- C’est tout ce que tu as à dire ?

- Je mets mon espoir en Dieu et une confiance aveugle aussi.

- As-tu besoin de quelque chose ?                                     

- Du henné me réjouirait le cœur !

- Du henné ? Et tu comptes t’en servir ?

- Oui, ça me ferait plaisir !

Ensuite elle le questionne sur son habillement, ses chaussures et sur l’organisation de la noce. Bientôt le jour j arrive.

Il tient sa promesse et lui envoie du henné en plus des provisions, pain, eau et olives. Elle prend le henné en main, court chez ses parents, le pétrit, fait un bain dans le hammam familial et s’enduit les paumes des mains et les plantes des pieds, sachant que ce sera elle qui pénétrera ce soir dans la chambre nuptiale.


Elle habille ses enfants des costumes princiers qu’elle a fait préparer, met la bague reçue du Prince au doigt de Hamda aux cheveux d’or, place le collier au cou de Mahmoud aux cheveux de saphir et accroche la montre sur la robe de sa fille Aicha aux cheveux de flamme. Elle donne des instructions à ses garçons et confie la petite fille au soin d’un serviteur noir qui lui est fidèle. Elle donne des instructions à sers fils :


- Vous allez visiter le Palais du Sultan et vous assisterez à une fête. Cassez chaque miroir que vous verrez et chaque vase. Si vous voyez passer un serviteur avec des boissons, bousculez-le !

- Maman, on nous fera des reproches, font remarquer les enfants.

- Si quelqu’un vous réprimande vous lui direz : " Nous sommes dans la maison de notre père, vous n’avez pas de réclamations à nous faire ".

La fête bat son plein, les deux enfants princiers font leur entrée dans le Palais Royal suivis du serviteur noir tenant la petite Aicha dans ses bras. Dans le pêle-mêle des arrivants, nos amis ne sont pas interceptés. Ils font ce qu’ils ont été demandé de faire, bousculant les serviteurs qui culbutent, cassant à leur passage des vases, des vitrines et des miroirs. Les domestiques perdant la tête devant les réponses laconiques qu’ils reçoivent des deux enfants, vont se plaindre chez le Sultan :


- Sa Majesté, dieux jeunes diables font un boucan d’enfer dans le Palais, cassant, renversant et culbutant. A nos reproches, ils nous répondent que c’est la maison de leur père et que nous n’avons pas à nous en mêler.


- La maison de leur père ? Que dites-vous ? Amenez les ici !

Peu après, le trois enfants sont introduits chez le Sultan ainsi que le serviteur noir.

- Qui êtes-vous ? demande le Monarque. Le fidèle Noir répond :

- Sa Majesté, celui ci est Hamda aux cheveux d’or, celui là est Mahmoud aux cheveux de saphir et la petite que je tiens dans les bras est Aicha aux cheveux de flamme. Je suis leur serviteur et ils sont vos petits enfants. Ne reconnaissez-vous pas vos armures dans cette bague, dans ce collier ou dans cette montre ? Le fidèle serviteur fait une révérence et montre les bijoux au Souverain.


- J’admets avoue le Sultan. Pouvez-vous me mener chez leur mère ?

Peu de temps après, un carrosse royal s’immobilise près de la maison des parents de Zâïfrana. Le Souverain les connaît bien, car ils sont nobles. Le Sultan est attendu et il est reçut avec tout le respect qu’on doit à une si haute dignité. Le père raconte au souverain la demande en mariage du Prince et c’est Zâïfrana qui lui raconte toute son aventure, le mariage, l’emprisonnement et lui fait visiter la matmoura.


- Quel lâche ! Il se laisse marier à la fille de mon frère quand il a une femme si belle et pleine de qualités ? Vous êtes déjà ma fille pour ces beaux enfants que vous m’avez donnés. Venez avec moi, vous n’avez pas à vous en faire pour ma nièce, "mouch mektoub", ce n’est pas écrit ! Je lui trouverai un noble qui l’épousera dès ce soir.


Et les choses se passeront exactement comme le Sultan l’a décidé. L’estime et l’affection qu’il a pour sa bru allant et grandissant, grâce à sa sagesse et son habileté manuelle, son esprit, ses qualités d’âme, sa perfection et surtout pour les beaux petits enfants qu’elle lui a donnés. Sa beauté et sa longue chevelure n’étant qu’un ajout agréable à admirer et à orner la cour.


Fin

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2 avril 2014 3 02 /04 /avril /2014 07:56

Zâïfrana prend le large

 

 Un jour le Prince  lui annonce :

-- Zâïfrana, je vais en voyage !

-- Que Dieu vous protège Seigneur, gardez vous bien et revenez en bonne santé.

--Tu n'as besoin de rien ?

-- Seulement de provisions. Mais parlez moi de vos projets, sur quel navire naviguerez vous, qui seront vos matelots, sont ils expérimentés ? 

Le Prince sans se faire prier parle longuement de son navire, de la date du départ et répond à toutes les questions, tous les détails possibles et imaginaires sont fournis à la jeune femme de même que le nom de l'armateur.

 

 Dès le départ du Prince Zâïfrana court chez ses parents.

-- Père ! Préparez-moi un navire !

 Zâïfrana donne toutes les instructions nécessaires et bientôt ses servantes achètent des tissus, des vêtements, des chaussures, tandis que les esclaves vont acquérir des aliments, des denrées diverses, des épices et des boissons. Le meilleur capitaine et les marins les plus éprouvés sont recrutés. 

Le jour du départ arrive. Le Prince envoie des provisions à la matmoura et pendant qu'il prend la route du port vers son bateau, Zâïfrana court se préparer et s'habiller et elle se presse elle aussi pour prendre le large.

 

Les deux quittent le port en même temps, leurs navires sont identiques, mais tandis que celui du Prince est vert le sien est bleu. Le fils du Sultan appareille, Zâifrana donne l'ordre de larguer les amarres. Elle suit la même route que son mari et quand il s'arrête elle fait jeter l'ancre et quand il repart elle est derrière lui à  trois encablures.

Au bout d'une semaine le navire du Prince stoppe en pleine mer, celui de notre amie s'immobilise aussi tout près.

 

Zâïfrana fait une toilette, se parfume, se pourvoit d'un costume approprié, chausse de longues bottes, se coiffe d'un chapeau à panache et se place bien en évidence sur le pont. Le capitaine de navire du Prince l'aperçoit et présente la longue vue à son maître. Ce dernier éblouit par tant de beauté lui sourit, elle lui rend son sourire. Ne reconnaissant pas sa propre épouse il donne l'ordre à son homme de confiance de descendre une chaloupe et d'aller supplier cette belle dame de bien vouloir le recevoir à son bord.

 

L'autorisation est donnée, l'homme  amoureux de la belle étrangère est bien reçu et ne quitte plus le navire de la dulcinée. Zâïfrana n'a pas besoin de se conduire en prude puisque c'est son mari, mais elle se serait montrée provocante si ce n'était pas contraire à son éducation.  Le fils du Sultan est tout à son aise, la musique est entraînante, les danseuses le divertissent, les mets sont excellents et il passe ses journées et ses nuits à bord de ce bateau si bien que le lien qui devait se nouer, se noue.

 

Mais le jour du retour arrive : le Prince donne à son amoureuse sa bague comme cadeau. Ils lèvent l'ancre et prennent le chemin du retour, font les mêmes escales et se séparent enfin.

Au port Zâïfrana voilée se presse d'arriver chez elle et là elle change rapidement de vêtements, remettant sur elle ses haillons. Aux questions de ses parents elle répond :

- Je vous expliquerai plus tard.

 

Elle se presse de retourner dans son caveau, attendant l'arrivée de son mari. Ce dernier ayant été reçu avec tous les honneurs qu'il se doit pour une personnalité de haute naissance et ayant du serrer les mains tendues, répondre aux souhaits de bienvenue, ce qui a donné une bonne marge de temps à Zâïfrana qui est arrivée bien avant lui dans sa matmoura. Elle le reçoit poliment faisant mine de n'avoir jamais quitté ce lieu.

 

-- Zâïfrana, où en sommes-nous ?

-- Je place ma confiance et mon espoir en notre Seigneur !

-- Zâïfrana, ne t'es tu pas ennuyée ?

-- Mes louanges à Dieu pour ce qu'il m'alloue !

-- N'as-tu pas eu faim  Zâïfrana ?

-- J'ai mangé et il en reste Grâce à Dieu !

 

Ensuite elle lui demande si son voyage s'est bien passé et elle reçoit maintes informations, depuis le premier jour et jusqu'au retour. Le Prince ne raconte pas à sa femme l'aventure amoureuse qu'il a connue avec elle en pleine mer.

-- Que Dieu vous garde Seigneur !

 

Les jours passent et les semaines aussi, Zâïfrana grossit et son ventre s'arrondit. Au bout de neufs mois elle met au monde un très beau garçon dont la chevelure est si dorée qu'elle lui donne le nom : Hamdan aux cheveux d'or. Le bébé grandit dans la maison de ses grands parents et la propre nourrice de sa maman s'occupe de lui. Des mois après ma mise au monde de son fils, Zâifrana voit venir son époux et dans sa bouche une nouvelle, son désir de naviguer.

 

Lire la suite...

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1 avril 2014 2 01 /04 /avril /2014 10:57


Zaifrana, Petit Grain de Safran


Un riche marchand a une fille tellement comblée de dons et de bonnes aptitudes, qu’il refuse de la donner en mariage à quiconque, mais seulement à celui qui lui paierait 500 écus d’or pour sa beauté et sa longue chevelure, 500 écus d’or pour sa sagesse et son habileté manuelle et encore 500 écus d’or pour son esprit, ses qualités d’âme et sa perfection.

Ces exigences arrivent aux oreilles du Prince qui décide de demander sa main. Il envoie son homme de confiance faire le nécessaire et en soulignant que sa seule condition est qu’il viendrait seul pour emmener sa femme. Les corbeilles traditionnelles arrivent à la maison de la fiancée en même temps que la somme d’argent demandée en plus de maints cadeaux. Tout ce qui doit être réalisé est fait promptement et le mariage a lieu dans l’intimité. Le Sultan ne sait rien de ce qui se trame : Le Prince pensant que son père s’opposerait à son projet, s’il en avait connaissance.

L’époux n’amène pas sa femme au palais royal comme il se doit, mais voulant l’éprouver l’enferme dans une matmoura, cave souterraine, dont il est le seul à avoir la clef. Il place une plaque de fer sur le soupirail pour qu’elle ne puisse pas contacter les gens passant dans la rue. La jeune mariée est ainsi cloîtrée habillée de sa robe nuptiale, encore  maquillée et coiffée. Pour tout repas elle trouve du pain et des olives. Le fis du Sultan ne ferme pas l’œil de la nuit,  anxieux de savoir quelle a été la réaction de son épouse. Au petit jour il envoie son fidèle serviteur lever le panneau d’acier fermant le soupirail pour demander à la princesse si elle voulait parler avec son maître. La réponse étant affirmative le mari s’enquiert de la santé de sa femme à travers le hublot.

— Zâïfrana où en es-tu ?

— Je place ma confiance et mon espoir en notre Seigneur !

— Zâïfrana, ne t’es tu pas ennuyée ?

— Mes louanges à Dieu pour ce qu’il m’alloue !

— N’as-tu pas faim Zâïfrana ?

— J’ai mangé et il en reste Grâce à Dieu !


Plusieurs fois par jour le fils du Sultan vient poser ses mêmes questions et obtient les mêmes réponses. Il lui fait parvenir des nouvelles provisions de pain et d’olives, chaque fois qu’il pense qu’elle en a besoin. Beaucoup de temps passe ainsi.

Un jour la jeune femme pense à considérer les murs de sa prison. Elle cherche tâtonnant dans l’obscurité, jusqu’à trouver un jour un mur s’effritant d’humidité. Elle gratte de ses doigts une semaine durant et elle réussit enfin à creuser une faille laissant paraître une fine lumière filtrant du mur. Elle dresse l’oreille, entendant des sons, colle l'oreille et la a presse contre le mur et entend - quelle joie, la voix de sa nourrice. En regardant bien, elle reconnaît la cuisine de la maison paternelle. Elle appelle, la nurse prend peur pensant que les jnouns, les mauvais génies ne se manifestent et elle se sauve. Le secours arrive bientôt et une grande pierre est descellée puis une autre et Zâïfrana peut entrer chez elle.


Ses parents la couvrent de baisers et de chaleur humaine, la trouvent bien amaigrie après tant de diète. Après une bonne toilette et bien habillée elle prend un excellent repas réconfortant et elle raconte enfin ses mésaventures, sa nuit de noces dans un caveau et la conduite bizarre de son époux. Son père fâché veut aller de suite chez le Sultan mais Zâïfrana le retient :

— Papa laisse moi mener cette bataille à ma façon, j’aurais le dernier mot, je te l’assure !

Ensuite elle retourne dans sa cave, remettant sur elle ses défroques, les pierres enlevées reprennent leurs places. Quand le fils du Sultan revient la voir et lui poser se questions habituelles, il la trouve comme toujours près du soupirail et elle lui répond pareillement à son habitude.


Désormais elle vit chez ses parents, jouissant du bienfait du hammam, mangeant une nourriture nourrissante, s’habillant bien et ne retournant à la matmoura que lorsque le Prince vient la visiter.

Lisez la suite prochainement, ne la manquez pas !

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13 février 2014 4 13 /02 /février /2014 20:03

cafeShmile habitant la rue Darom à Bat Yam aime les oiseaux en général et avait en haute estime Coco son perroquet. Avant toute chose, Shmile s'occupe de ses amis volants qu'il laisse libres dans leurs nids bien propres, change les graines, l'eau,  ses compagnons  sont heureux et virevoltent autour de lui à tire d'aile en sifflotant.

Quand tout est nettoyé les oiseaux retournent à leurs logis toujours contents.

Quant à lui Coco le perroquet restait perché au beau milieu de la salle, gesticulant tel un maestro dans son plumage bariolé.

Ce jour là Shmile se rend à l'épicerie voisine se ravitailler pour la journée ; comme c'est un homme simple et confiant, il ne tourne pas la clef dans la serrure et  laisse  les fenêtres ouvertes pour aérer… Si un visiteur vient, il attendra assis dans la véranda à l'ombre. Les habitués se serviront à boire ou liront le journal en écoutant le zézaiement des oiseaux.

Or c'est un malfaiteur qui fait son entrée ce matin de janvier ensoleillé. Les volatiles apeurés prennent le large laissant Coco le perroquet seul en sentinelle. Le cambrioleur fait les tiroirs, se remplit un sac puis un autre et apercevant Coco il a une idée : il va le vendre au marché. Coco n'est pas d'accord et de son bec picore le crane du voleur, envoyant son chapeau à tous les vents. L'homme a le dessus et il fourre  la volaille dans un sac sous son pardessus, pour le vendre au marché peu de temps après.

Bref, l'histoire se serait terminée comme tant d'autres cas de vol si ce n'est que la police toujours pleine de malice trouve sur la place du larcin le couvre-chef imbibé de sang du voleur. Une analyse ADN met les détectives sur la piste du malfaiteur qui a été vu dans les parages par des voisins attentifs ; il est rapidement  incarcéré.

Une bonne nouvelle : les oiseaux reviennent bien vite et ils consolent Shmile du manque laissé par Coco…

Et des fois dans la soirée quand les voisins se réunissent dans la véranda de Shmile, on n'oublie pas de parler de Coco le perroquet. Il était OK le perroquet vendu au marché.  

    

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7 novembre 2013 4 07 /11 /novembre /2013 10:41

 Bouna Meïr

 

Il avait encore un refrain

A composer

Mais qu’on n’entendra pas

Perdu à jamais.

H.N. Bialik

 

Bouna Méïr* est un homme joyeux, aux joues roses, sensible à la musique, aux fables, poèmes, histoires et légendes qu’il raconte à sa famille, tout de suite après leur lecture durant la sieste des siens. Bouna Méïr,  en dehors de ses occupations artisanales et commerciales, aime lire une poésie bien tournée, des nouvelles attrayantes et a abondamment de loisirs encore. Dans chaque conte relaté, il ajoute une maxime qui reste gravée dans la mémoire de ses fils.

  Pépé, raconte nous une histoire s'il te plait… Demande la  petite-fille.

—  Une aventure de J'eha, Rosette ?

—  Non Pépé, une belle légende…

  Bon je vous raconterai celle de "La friponne âgée de sept ans"

Les yeux de Rosette  brillent. Elle adore les histoires des Mille et Une Nuit. C'est elle qui les racontera plus tard, elle ou son frère, de la même manière qu'ils les ont entendu, avec la rime, les intonations et les pauses nécessaires à tenir l'entourage en haleine…

Le vieillard s'assoit, les jambes en tailleur. Il pose le berad* sur le feu du canoun*, le thé est le sucre sont encore enveloppés de papier que les épiciers ont le dont de fermer en faisant des petites plissures, tout le long de la feuille pliée en deux : une fermeture-éclair de fortune en papier. On appelle ces quantités de thé et de sucre "Tlet ou Meya" : Tlet est le tiers d'une once de thé et Meya est tout simplement cent grammes de sucre.   Papi confectionnera  un bon thé fort et sucré versé comme une liqueur  dans des petits verres.  Bouna Méir  en préparera  à quatre reprises. Le thé sera consistant tant qu'on ne dépassera pas ce nombre de préparations, sinon il sera moins ferme. Mamie et les deux fils épluchent des cacahuètes pour la dernière tournée. Enfin Pépé s'accoude sur ses cousins et commence son récit. Un silence absolu de la part de ses auditeurs est de règle…

 

Quelle friponne ! Une fille âgée de sept ans

 

Il était une fois…

Quoi qu'il arrive,

C'est Dieu qui l'a voulu,

De la soie chez nous,

Chez l'ennemi, Des rats et des souris.

 

Le sultan Haroun el Rachid et son ministre, Jaffar el Barmki, habillés en  simples citoyens se promènent dans la capitale de l'Empire. Leurs accoutrements leur permettent de se rendre compte, si l'ordre règne de  partout.

Dans le jardinet d'une maisonnette, un vieillard bêche sa terre de bon cœur. Les deux personnages s'arrêtent et s'adressent au jardinier.

— Salem Alek, ô mon père !

Le vieil homme continue son travail, comme si rien n'était.

— Que le salut soit sur toi, ô mon père ! S'écrient-ils.

— Salem alekoum! Bredouille le vieillard sans lever la tête. (Il aurait dut dire, selon la sagesse populaire : et sur vous le salut et la clémence d'Allah et sa bénédiction. Ou Alekem es salem ou rahmet Allah ou berkatou. )

— Dis-moi, ô grand-père, ce petit jardin te mangera, ou tu en mangeras?

Tu as du temps à perdre, c'est pour ça que tu m'embrouilles avec tes futilités ? Riposte l'homme âgé.

Le Sultan n'insiste pas et retourne au palais. Le lendemain il envoie chercher le vieux bêcheur, tout étonné de la convocation, étant honnête habitant de la ville. Dès qu'il se présente devant le haut dignitaire, il s'entend poser cette question, déjà entendue la veille.

—  Je désire que tu répondes à cette devinette : ton jardinet te mangera, ou tu en mangeras ?

—  Je ne comprends pas, Seigneur le sens de votre énigme.

— Tu as trois jours pour être plus instruit et de m'éclairer par une répartie. Sinon, tu seras décapité.

Le vieux, l'âme en deuil, jeûne à midi, refuse le repas du soir. Sa fille inquiète le supplie de se confier à elle. Ce qu'il fait, le cœur gros.

—  Ce n'est que ça ? Mange, dors et sois tranquille. A expiration des trois jours tu seras pourvu d'une réponse qui lui donnera satisfaction.

Le matin du troisième jour, la fille habilla son père convenablement  et l'envoya chez le Sultan.

— Tu diras à Haroun el Rachid : si je vis suffisamment, j'en mangerai, si je meurs, je laisserai à qui manger.

C'est ainsi que fait le vieil homme. Le Sultan enchanté, lui demande qui l'a si bien conseillé.

—  C'est la Friponne de sept ans, Seigneur.

—  Qui est-elle?

—  Ma fille.

—  Et elle n'a que sept ans?

—  Non Seigneur, mais nous sommes habitués à la nommer ainsi, parce que, il y a onze ans, quand sa maman est morte, nous étions émerveillés pour sa vivacité,  son intelligence dans l'entretien et la tenue de la maison, malgré son jeune âge, sept ans à peine. Le nom est resté.

— Eh bien réplique le Sultan, puisqu'elle est si vive de pensée, nous mettrons à l'épreuve son esprit. Dans trois jours tu reviendras, tel est mon désir, nu et vêtu, riant et pleurant, monté et piéton. De plus tu conduiras des ânes qui porteront sur leurs têtes des marmites de viande cuite sans feu, faute de quoi, tu perdras ta belle tête, qui ira rouler sur le sol à tes pieds. Voila une bourse pour payer les préparatifs de ma requête.  

L'homme retourne chez lui, de mauvaise humeur, et le moral au plus bas. Il jeûne e a midi et refuse le repas du soir. Sa fille, inquiète, le supplie de se confier à elle. C'est ce qu'il fait le cœur gros.

—  C'est encore le Sultan. Tu aurais mieux fait de ne pas me conseiller de prime abord. En ce moment, mes soucis seraient finis préalablement. Quelles demandes il a ! Nu et vêtu, monté et piéton, de la viande cuite sans feu…

La fille, avec beaucoup de patience se fait rapporter mot à mot les instructions du Sultan. Enfin, elle arrive à recevoir une réponse cohérente.

—  N'aies crainte, père, mange et dort et continue ta routine quotidienne. A expiration des trois jours, tu seras pourvu de la clef de l'énigme.

Puisant dans la bourse attribuée par Haroun el Rachid, elle achète du tulle, trois agneaux de lait, un bouc un sac de chaud vive et trois terrines avec leurs couvercles.

La Friponne de Sept Ans se met au travail. Dans le tulle, elle confectionne un habit à la taille de son père afin qu'il paraisse nu sous le tulle quoiqu'habillé. Elle assaisonne  les agneaux de lait et les place dans les trois marmites couvertes et bien fermées au centre d'une bassine dans laquelle elle met de la chaux vive. Elle verse de l'eau sur la chaux vive qui se met à bouillonner, la viande tendre des agneaux se mit à cuire dans les terrines.

Elle cherche des loqueteux, passant dans la rue, leur pose des questions banales, et parmi tout le petit monde à qui le questionnaire est posé, elle choisit trois,  si peu   intelligents, qu'ils ne savent pas distinguer les jours de semaine, spécifier le mois de l'année, ou designer l'heure qu'il est. Elle leur promet une pièce d'or, s'ils cheminent jusqu'au palais royal, avec les marmites sur leur tête, sans en verser une goutte de leurs  contenus.

Elle installe son père affublé de son costume de tulle, sur le bouc, de façon que monté sur sa monture, ses pieds sont sur le sol et qu'il marche sur ses propres jambes. Dans sa main elle pose un oignon coupé en deux,  et lui recommande de penser à des choses drôles qui le fassent rire par leur bouffonnerie. Derrière lui, les trois hommes par elle choisis sont alignés, les terrines calées sur leurs têtes à l'aide de coussinet.  Elle suit du regard ce curieux cortège, et rassurée, entre chez elle, mettre de l'ordre dans la maison, ce carnaval ayant provoqué mis une confusion, dans le logis.

Bouna Meir choisit se moment pour boire un verre d'eau fraiche… Les enfants sont en haleine, de même que les plus âgés. Pépé prend en main le berad et se met en devoir de verser le thé dans les petits verres. Il lève haut la main, un long filet descend de la théière, produisant des bulles dans les verres. Pour terminer il descend le berad bien bas et arrête la coulée de la fusion. Il goute, claque la langue, il est  satisfait et tend le thé à l'auditoire… pressé d'écouter la suite.   

Cependant le souverain est en attente, guettant l'arrivée du vieil homme,   curieux de voir le produit de ses demandes. La mascarade le fait pouffer et il tombe sur son arrière train à force de rire. Puis il déguste la viande, la trouve succulente, pose des questions sur le mode de cuisson, questionne les trois hommes sur la façon dont ils ont été embauchés. Il trouve marrant l'examen qu'ils ont passé, ensuite il s'adresse au vieillard:

—  C'est la Friponne de Sept Ans qui a tout inventée ?

—  Oui, Seigneur.

—  C'est elle qui a cuisiné cette viande ?

—  Oui, Seigneur.

—  Qui a cousu ton habit?

—  Elle, Seigneur.

—  Fais lui savoir que je désire l'épouser. Je serais heureux, si elle accepte.

La jeune fille agrée à la demande, mais à condition qu'on rédige un contrat.

— Qu'on écrive, dit le Sultan, que si elle se mêle dans des affaires de gouvernement, elle sera rejetée. (Le Sultan sait que sa condition est irréalisable. Quand  une condition ne peut être réalisée on dit : condition du célibataire a la veuve, « redeviens jeune fille, je t'épouserai : Kouni Sbya, ou nakhdek ».)   

—  Qu'on écrive, dit La friponne de Sept Ans, que si je suis répudiée, j'ai le droit de prendre de ce palais, ce à quoi je tiens le plus.

Deux jours plus tard, le souverain lui envoie deux femmes avec des pièces de soieries, afin de préparer son trousseau. Les matonnes prélèvent des corbeilles, deux tissus leur plaisant spécifiquement, l'un d'un bleu turquoise et l'autre de couleur bleu ciel, pour leurs besoins particuliers.

Arrivées devant la petite maison, elles frappent à la porte. La jeune fille répond :

— Monte sur le maçon, lève le forgeron, pousse le menuisier. Ma sagesse est sur mes genoux, je ne  peux pas courir.

Les deux femmes étonnées, tapent de nouveau sur la porte. Elles reçoivent la même réponse. Consternées, elles retournent au palais, et répètent au Sultan les paroles incohérentes à leur avis, entendues à la maisonnette. Le Sultan explique:

— Le maçon est la marche du seuil, le forgeron est le loquet, le menuisier est la porte, la sagesse est sa chevelure. Elle vous a dit, de monter sur la marche, de lever le loquet, de pousser la porte et d'entrer, elle est en train de se coiffer, elle ne peut pas  se lever et ouvrir.

Les deux matrones retournent sur leurs pas, frappent à la porte, reçoivent la même déclaration, lèvent le loquet et entrent. Elles sont accueillies avec politesse et beaucoup d'égards, par la jeune fille qui vient de finir de tresser ses longs cheveux. Elle leur offre à boire, leur sert des petits gâteaux, et les charge, après avoir fait son choix, d'un message pour le Sultan :

A la mer, manquent deux voiles,

Au ciel deux étoiles,

Mais pour l'amour d'Allah

Ne nuis à aucune des deux.

 

Le Sultan est ainsi averti qu'il manque deux mesures à deux pièces de soieries, sermonne les deux fautives confuses, mais elles ne seront pas punies grâce à la gentillesse de la fiancée.

Le mariage a lieu et La Friponne de Sept Ans quitte bientôt la maisonnette pour le palais royal. Or le désœuvrement lui pèse et commençant à s'ennuyer, elle assiste derrière sa fenêtre, au spectacle de la rue. Ainsi elle remarque un jour, un groupement autour d'un paysan, très énervé. Elle fait appeler l'homme tourmenté  et lui demande la raison de sa colère.

— Ecoutez princesse ! Ma jument était pleine, et l'ânesse du voisin aussi. Elles devaient mettre bas, la même nuit. Alors, voila qu'à l'aube je trouve un ânon près de ma jument, tandis que près de l'ânesse du voisin je vois un beau poulain.

— Ton voisin aurait-il fait l'échange, la nuit ?

— Je pense la même chose que vous, j'ai fait appel à la justice du Sultan, mais voyez-vous, faute  de témoin, le Souverain a décidé que chacun garde ce qu'il a trouvé à coté de sa bête.

— Je comprends ton indignation. Veux tu faire ce que je vais t'ordonner ?

— Bien sur  ! Mot à mot.

— Tu iras chez le Sultan et tu lui diras que tu possèdes un pré, au bord de la mer. Tu  réclameras justice en disant  que la nuit les poissons abordent et mangent de ton herbe. Haroun el Rachid fera la remarque, qu'on n'a jamais vu des poissons sortir de l'eau pour manger de l'herbe. A cela tu répondras : Et Sa Majesté, a-t-elle vu une ânesse donner la vie à un poulain ?

Le paysan obéit et il arrive à toute allure dans la salle du tribunal en s'écriant :

— Seigneur! Ô Seigneur !

— Que se passe-t-il encore ?

—  Les poissons sortent de l'eau Seigneur et mangent l'herbe de mon pré…

— Idiot ! Triple idiot ! A-t-on déjà vu des poissons sortir de l'eau et manger de l'herbe. Je vais bientôt te nommer bouffon de la cour !

— Ô Seigneur, pardon de faire la remarque : ma jument peut-elle engendrer un ânon?

Le Sultan, homme juste et loyal, révise son jugement, à la grande joie du paysan qui reprend possession de son poulain. Mais le Souverain ayant de l'esprit reconnut là, une intervention de La Friponne De Sept Ans.

Il appelle sa nouvelle épouse et lui ordonne de retourner chez son père, pour s'être  mêlée dans les affaires du Sultan. 

— C'est exact ! Je me suis mêlée d'un jugement qui n'était pas mon affaire. Mais  en tant que femme du Seigneur, je demande à ne pas être renvoyée en plein jour. Que Sa Majesté attende la nuit, et je me plierais à sa volonté.

Le Sultan accepte sa requête. Le soir il dîne seul, morose et sans entrain. Il est fâché d'avoir eut à réviser un jugement et de perdre sa femme. Or, cette nuit c'est sa femme qui doit lui servir une infusion. Elle y ajoute quelques gouttes de narcotique, et bientôt le Sultan tombe dans un profond sommeil. La Friponne De Sept Ans, le fait transporter dans la maisonnette de son père, couché sur son divan.

Le matin en se réveillant, il s'étonne de se trouver dans une chambre qui n'est pas la sienne, une pièce bien arrangée mais inconnue.

— Où sont mes serviteurs ? Où suis-je ?

— Peu importe Seigneur, ne suis-je pas là à votre service ?

— Je t'ai ordonné de retourner chez ton père !

— Eh bien. J'y suis chez mon père. Et vous aussi. Pour m'en tenir à notre accord, j'ai emporté ce que j'ai de plus cher : toi mon chéri.

—  Friponne de Sept Ans, aucune femme n'a compté avant toi, aucune ne le sera après toi. Viens, nous retournons au palais, mais ne te mêles plus de mes affaires.

— Et toi, petit chou, essaies de juger avec équité.     

Bouna Meïr termine son récit en disant : fa-fa-fa fouat el khrafa : fa-fa-fa l'histoire est terminée. A demain mes petits, passez une bonne nuit... 

— Bonne nuit pépé... souhaitent les enfants en choeur.  

                 

                 Le titre original de ce conte est : Maksoufa bent Sheba'a Shnin.  

La suite de la nouvelle Bouna Meïr bientôt...

Notes :

Bouna Meïr : Notre père Meïr

Berad : Théière

Canoun : fourneau en argile

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10 novembre 2009 2 10 /11 /novembre /2009 17:58

 

Un an après la mise au monde de son fils, Zâifrana voit venir son époux et dans sa bouche une nouvelle, son désir de naviguer.

 

 

Zâïfrana a le dessus.

- Zâïfrana, je vais en voyage !

-  Que Dieu vous protège Seigneur, gardez vous bien et revenez en bonne santé.

- Tu n’as besoin de rien ?

- Seulement de provisions. Mais parlez moi de vos projets, sur quel navire naviguerez vous, qui seront vos matelots, sont ils expérimentés ?

Le Prince sans se faire prier parle longuement de son navire, de la date du départ et répond à toutes les questions, tous les détails possibles et imaginaires sont fournis à la jeune femme de même que le nom de l’armateur. Dès le départ du Prince Zâïfrana court chez ses  parents.
- Père ! Préparez-moi un navire !

Selon les instructions de leur maîtresse les servantes font des achats de tissus et de chaussures, pareillement qu’à la première fois ; les esclaves s’affairent aux emplettes d’aliments, d’épices, de boissons et tout ce qui serait nécessaire pour un long trajet. Son père s’occupe de l’armement d’un bateau et le meilleur équipage est enrôlé.

Le jour du départ arrive. Le fils du Sultan envoie des provisions à la matmoura et pendant qu’il prend la route du port vers son bateau, Zâifrana court se préparer et s’habiller se pressant de monter sur son bateau et de prendre le large. Les deux quittent le port en même temps, leurs navires sont identiques, mais tandis que celui du Prince est bleu le sien est rouge. Le fils du Sultan appareille, Zâïfrana donne l’ordre de larguer les amarres. Elle suit la même route que son mari et quand il s’arrête elle fait jeter l’ancre et quand il repart elle est derrière lui à trois encablures.

Au bout d’une semaine le navire du Prince stoppe en pleine mer, celui de notre amie s’immobilise aussi tout près. Le fils du Sultan l’aperçoit et se fait transborder. Etant d’anciennes connaissances ils peuvent brûler les étapes et ce qui devait arriver, arrive de nouveau. Le Prince amoureux ne quitte pour ainsi dire plus le navire de Zâïfrana jusqu’au jour où le temps passant vite, il doit retourner à son port d’attache. Les deux navires se suivent, faisant les mêmes escales. Au moment de la séparation Le Prince offre à Zâïfrana sa montre.


Sitôt descendue au port notre héroïne voilée, se hâte d’arriver chez son père, change de vêtements et se dirige vers sa cave. Aux questions de ses parents elle répond qu’on en reparlera. Fidèle à son habitude le Prince vient la voir, dès qu’il lui est possible de se libérer de la réception organisée en son honneur. Il se penche vers le soupirail et demande :

- Zâïfrana, où en sommes-nous ?

- Je place ma confiance et mon espoir en notre Seigneur !

- Zâïfrana, ne t’es tu pas ennuyée ?

- Mes louanges à Dieu pour ce qu’il m’alloue !

- N’as-tu pas eu faim Zâïfrana ?

- J’ai mangé et il en reste Grâce à Dieu !

Ensuite elle s’informe de sa santé, de son voyage, demande s’il s’est bien passé et l’interroge sur ses loisirs en pleine mer. Son mari répond à toutes ses questions, toutefois il ne raconte rien concernant son aventure amoureuse et sur sa galante amie.


Les jours passent et les semaines aussi, Zâïfrana grossit et son ventre s’arrondit. Au bout de neufs mois elle met au monde un très beau garçon dont la chevelure est aussi noire que celle de son frère est blonde. Zâïfrana lui donne le nom Mahmoud aux cheveux de saphir . Le bébé grandit dans la maison de ses grands parents et la propre nourrice de sa maman s’occupe de lui. Des mois après ma mise au monde de son fils, Zâïfrana voit venir son époux et dans sa bouche une nouvelle :

- Zâïfrana, je pars en voyage, les affaires de l’Empire m’appellent.

- Que le Seigneur vous protège, mon Prince. Ayez soin de votre personne et revenez en bonne santé.

Zâïfrana lui pose des questions sur son trajet, son navire, son équipage. Son mari ne se fait pas prier et lui parle de son bateau, de son armateur, de son capitaine et encore maints détails car, nous l’avons vu, il aime parler surtout sur ses occupations personnelles. Le mari lui envoie une provision de pain, d’olives et d’eau puis s’en va vaquer à ses arrangements. Notre héroïne court chez ses parents et demande :


- Père j’ai besoin d’un bateau, le Prince repart en voyage et je vais le suivre.

Le riche paternel qui a une confiance aveugle en sa fille s’exécute et organise des préparatifs menés d’une main de maître.

Les deux quittent le port en même temps, leurs navires sont identiques, tandis que leurs couleurs sont différentes. Le fils du Sultan appareille, Zâïfrana donne l’ordre de larguer les amarres. Elle suit la même route que son mari et quand il s’arrête elle fait jeter l’ancre et quand il repart elle est derrière lui à trois encablures. Elle s’arrange de se trouver au bout de sa lorgnette et comme par hasard ils se rencontrent. Elle l’invite à son bord. Là il y a tout ce qu’il faut pour passer le temps agréablement, musique, boissons, friandises et une bonne nourriture.


Pourtant les deux s’intéressent à d’autres agréments, d’ordre romantique. Ils sont de vieilles connaissances et n’allant pas par quatre chemins, ils arrivent à l’aboutissement inévitable. Le jour de la séparation approche à grands pas et avant de se quitter le Prince offre son collier à sa femme.


Le temps passe, Zâïfrana a des envies, puis de vomissements, elle engraisse, le troisième mois elle maigrit et elle met au monde au bout de neufs mois une petite fille splendide aux cheveux roux bouclés, Aïcha aux cheveux de flamme, qu’elle met en nourrice chez sa propre nurse. Elle-même passe son temps dans la maison de ses parents et ne revient à son caveau que lors des visites de son mari. Un jour il vient lui annoncer son prochain mariage.

- Zâïfrana je suis promis à ma cousine et je dois l’épouser. Telle est la volonté du Sultan.

- Il faut obéir à la résolution du père.                                    

- C’est tout ce que tu as à dire ?

- Je mets mon espoir en Dieu et une confiance aveugle aussi.

- As-tu besoin de quelque chose ?                                     

- Du henné5 me réjouirait le cœur !

- Du henné ? Et tu comptes t’en servir ?

- Oui, ça me ferait plaisir !

Ensuite elle le questionne sur son habillement, ses chaussures et sur l’organisation de la noce. Bientôt le jour j arrive.

Il tient sa promesse et lui envoie du henné en plus des provisions, pain, eau et olives. Elle prend le henné en main, court chez ses parents, le pétrit, fait un bain dans le hammam familial et s’enduit les paumes des mains et les plantes des pieds, sachant que ce sera elle qui pénétrera ce soir dans la chambre nuptiale. Elle habille ses enfants des costumes princiers qu’elle a fait préparer, met la bague reçue du Prince au doigt de Hamdan aux cheveux d’or, place le collier au cou de Mahmoud aux cheveux de saphir et accroche la montre sur la robe de sa fille Aicha aux cheveux de flamme. Elle confie la petite fille au soin d’un serviteur noir qui lui est fidèle et donne des instructions à ses fils :


- Vous allez visiter le Palais du Sultan et vous assisterez à une fête. Cassez chaque miroir que vous verrez et chaque vase. Si vous voyez passer un serviteur avec des boissons, bousculez-le !

- Maman, on nous fera des reproches, font remarquer les enfants.

- Si quelqu’un vous réprimande vous lui direz : " Nous sommes dans la maison de notre père, vous n’avez pas de réclamations à nous faire ".

La fête bat son plein, les deux enfants princiers font leur entrée dans le Palais Royal suivis du serviteur noir tenant la petite Aicha dans ses bras. Dans le pêle-mêle des arrivants, nos amis ne sont pas interceptés. Ils font ce qu’ils ont été demandé de faire, bousculant les serviteurs qui culbutent, cassant à leur passage des vases, des vitrines et des miroirs. Les domestiques perdant la tête devant les réponses laconiques qu’ils reçoivent des deux enfants, vont se plaindre chez le Sultan :


- Sa Majesté, dieux jeunes diables font un boucan d’enfer dans le Palais, cassant, renversant et culbutant. A nos reproches, ils nous répondent que c’est la maison de leur père et que nous n’avons pas à nous en mêler.


- La maison de leur père ? Que dites-vous ? Amenez les ici !

Peu après, les trois enfants sont introduits chez le Sultan ainsi que le serviteur noir.

- Qui êtes-vous ? demande le Monarque. Le fidèle Noir répond :

- Sa Majesté, celui ci est Hamdan aux cheveux d’or, celui là est Mahmoud aux cheveux de saphir et la petite que je tiens dans les bras est Aïcha aux cheveux de flamme. Je suis leur serviteur et ils sont vos petits enfants. Ne reconnaissez-vous pas vos armures dans cette bague, dans ce collier ou dans cette montre ? Le fidèle serviteur fait une révérence et montre les bijoux au Souverain.


- J’admets avoue le Sultan. Pouvez-vous me mener chez leur mère ?

Peu de temps après, un carrosse royal s’immobilise près de la maison des parents de Zâïfrana. Le Souverain les connaît bien, car ils sont nobles. Le Sultan est attendu et il est reçut avec tout le respect qu’on doit à une si haute dignité. Le père raconte au souverain la demande en mariage du Prince et c’est Zâïfrana qui lui raconte toute son aventure, le mariage, l’emprisonnement et lui fait visiter la matmoura.


- Quel lâche ! Il se laisse marier à la fille de mon frère quand il a une femme si belle et pleine de qualités ? Vous êtes déjà ma fille pour ces beaux enfants que vous m’avez donnés. Venez avec moi, vous n’avez pas à vous en faire pour ma nièce, "mouch mektoub"6, ce n’est pas écrit ! Je lui trouverai un noble qui l’épousera dès ce soir.


Et les choses se passeront exactement comme le Sultan l’a décidé. L’estime et l’affection qu’il a pour sa bru allant et grandissant, grâce à sa sagesse et son habileté manuelle, son esprit, ses qualités d’âme, sa perfection et surtout pour les beaux petits enfants qu’elle lui a donnés. Sa beauté et sa longue chevelure n’étant qu’un ajout agréable à admirer et à orner la cour.

 

 

Fin

Notes :

Henné5: Pâte à base d'une poudre verte, sert de teinture pour les cheveux et dans les mariages à enduire les paumes des mains et les plantes des pieds. Devient rouge ocre en séchant.

Mouch mektoub6 : Ce n'est écrit, D. n'a pas prévu cette situation.

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9 novembre 2009 1 09 /11 /novembre /2009 12:01

Un conte : Zaïfrana1

 

Un riche marchand a une fille comblée de dons et de bonnes aptitudes, pour cette raison il ne voudrait accorder sa main qu'à l'heureux élu qui lui paierait 500 écus d’or pour sa beauté et sa longue chevelure, 500 écus d’or pour sa sagesse et son habileté manuelle et encore 500 écus d’or pour son esprit, ses qualités d’âme et sa perfection.


Ces exigences arrivent aux oreilles du Prince qui décide de demander sa main. Il envoie son homme de confiance faire le nécessaire, en soulignant que sa seule condition est qu’il viendrait seul emmener sa femme. Les corbeilles traditionnelles arrivent à la maison de la fiancée en même temps que la somme d’argent demandée en plus de maints cadeaux. Tout ce qui doit être réalisé est fait promptement. Le mariage a lieu dans l’intimité. Le Sultan ne sait rien de ce qui se trame : Le Prince pensant que son père s’opposerait à son projet, s’il en avait connaissance. L’époux n’amène pas sa femme au palais royal comme il se doit, mais voulant l’éprouver l’enferme.


Elle sez retrouve dans une matmoura2, cave souterraine, dont il est le seul à avoir la clef. Il obstrue le soupirail par une plaque d'acier, ainsi elle ne pourrait pas contacter les gens passant dans la rue. La jeune mariée est ainsi cloîtrée habillée de sa robe nuptiale, encore  maquillée et coiffée. Pour tout repas elle trouve du pain et des olives. Le fis du Sultan ne ferme pas l’œil de la nuit,  anxieux de savoir quelle a été la réaction de son épouse. Au petit jour il envoie son fidèle serviteur enlever le panneau, afin de demander à la princesse si elle voulait parler avec son maître. La réponse étant affirmative le mari vient s’enquérir de la santé de sa femme à travers le hublot.


— Zâïfrana où en es-tu ?

— Je place ma confiance et mon espoir en notre Seigneur !

— Zâïfrana, ne t’es tu pas ennuyée ?

— Mes louanges à Dieu pour ce qu’il m’alloue !

— N’as-tu pas faim Zâïfrana ?

— J’ai mangé et il en reste Grâce à Dieu !


Plusieurs fois par jour le fils du Sultan vient poser ses mêmes questions et obtient les mêmes réponses. Il lui fait parvenir des nouvelles provisions de pain et d’olives, chaque fois qu’il pense qu’elle en a besoin. Beaucoup de temps passe ainsi.


Un jour la jeune femme pense à considérer les murs de sa prison. Elle cherche tâtonnant dans l’obscurité, jusqu’à trouver un jour un mur s’effritant d’humidité. Elle gratte de ses doigts une semaine durant et elle réussit enfin à creuser une faille laissant paraître une fine lumière filtrant du mur. Tous ses sens  en éveil, elle s'approche, discernant des sons, colle l'oreille et la pressant contre le mur elle entend - quelle joie, - la voix de sa nourrice. En regardant bien, elle reconnaît la cuisine de la maison paternelle.


Elle appelle, la nurse prend peur pensant que les jnouns3, les mauvais génies ne se manifestent et elle se sauve. Le secours arrive bientôt et une grande pierre est descellée puis une autre et Zâïfrana peut entrer chez elle.


Ses parents la couvrent de baisers et de leur affection, la trouvent bien amaigrie après sa diète inévitable. Après une bonne toilette et bien habillée elle prend un excellent repas réconfortant et elle raconte enfin ses mésaventures, sa nuit de noces dans un caveau et la conduite bizarre de son époux. Son père fâché veut aller de suite chez le Sultan mais Zâïfrana le retient :


— Papa laisse moi mener cette bataille à ma façon, j’aurais le dernier mot, je te l’assure !

Ensuite elle retourne dans sa cave, de rhabillant de ses défroques, les pierres enlevées reprennent leurs places. Quand le fils du Sultan revient la voir et lui poser se questions habituelles, il la trouve comme toujours près du soupirail et elle lui répond pareillement à son habitude.


Désormais elle vit chez ses parents, jouissant du bienfait du hammam4, mangeant une nourriture nourrissante, s’habillant bien et ne retournant à la matmoura que lorsque le Prince vient la visiter.

 


A suivre...

 

****

 


Notes :

Zaïfrana1 : petit grain de safran.

Matmoura2 : cave.

Jnouns3 : Au singulier Jène, mauvais génies habitant sous terre, selon les contes.

Hammam4: Bain maure.

 

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14 septembre 2009 1 14 /09 /septembre /2009 16:24

 

     Une légende


Dans la mythologie grecque, Eurydice est une dryade (nymphe des arbres). Elle est l'épouse d'Orphée, grand poète et musicien.

Poursuivie par Aristée, elle est mordue dans sa fuite par un serpent et meurt. Inconsolable, Orphée descend jusqu'aux Enfers pour la sauver. Il endort Cerbère, le chien des Enfers grâce à sa lyre et sa musique puis arrive devant les souverains du monde souterrain : Hadès et sa femme Perséphone. Impressionnée par son courage et son amour, Perséphone prie Hadès de rendre Eurydice à son mari. Ce dernier accepte à la seule condition qu'Orphée ne se retourne pas avant d'être sorti des Enfers. Malheureusement, celui-ci, trop impatient, se retourne à quelques pas de la sortie. Eurydice lui fait alors un signe d'adieu avant de disparaître pour toujours.


 



J'ai perdu mon Eurydice
Rien n'égale mon malheur
Sort cruel! Quelle rigueur!
Rien n'égale mon malheur
Je succombe à ma douleur

Eurydice! Eurydice!
Réponds ! Quel supplice !
Réponds-moi

C'est ton époux, ton époux fidèle
Entends ma voix qui t'appelle
Ma voix qui t'appelle

J'ai perdu mon Eurydice
Rien n'égale mon malheur
Sort cruel! Quelle rigueur!
Rien n'égale mon malheur
Je succombe à ma douleur

Eurydice! Eurydice!

Mortel silence! Vaine espérance!
Quelle souffrance!
Quel tourment déchire mon cœur

J'ai perdu mon Eurydice
Rien n'égale mon malheur

Sort cruel! Quelle rigueur!
Rien n'égale mon malheur
Sort cruel ! Quelle rigueur !
Je succombe à ma douleur
Succombe à ma douleur
Succombe à ma douleur


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1 juin 2009 1 01 /06 /juin /2009 17:36
Le saviez vous ? Les Tunisiens sont superstitieux, mais surtout craignent le coup d’oeil. Leur parler comprend beaucoup de diminutifs, quant à leur nourriture : une tomate, un oeuf, une marmite deviennent une petite tomate, un petit oeuf ou une petite marmite.


Un chat noir
? Dispute

 Voilà deux superstitions, j’en connais beaucoup d’autres et aussi des anecdotes. Si ça vous intéresse, je serais à votre disposition.

Idiot

C’est un porte-bonheur que d’avoir un idiot dans sa famille et l’on considère qu’il vaut mieux ne pas habiter dans un village ou il n’y a pas d’idiot (d’après les Français et les Ecossais).
 Si un idiot sème du persil, celui-ci poussera beaucoup mieux (selon les habitants de Provence).

 Moi j’en connais un, Sfaxien d’origine, pas si idiot que ça, mais ça marche quand même, lui ayant attiré la chance de son côté. Faisant la cour à une fille et toujours repoussé, il a après son immigration en Israël écrit à la dulcinée que " le pétrole a jailli sur notre terre. " La nouvelle a finit par décider la récalcitrante qui a accepté de l’épouser. En réalité, il a dit " nôtre terre " voulant dire notre pays",  ce qui n’est pas exactement pareil.

Koun maboule,  eteish : sois fou et tu vivras (assez bien)

Plus tard j’ai constaté qu’il avait réussi dans tout ce qu’il avait entrepris, des fois par chance et d’autres fois au défit de la chance. En Tunisie, on disait " Koun maboule et eish ". Autrement dit : Sois fou et tu vivras (assez bien).


Etoile filante ? Faîtes un souhait.

Echelle

C’est un danger, mais surtout un malheur que de passer sous une échelle.
Je vais vous dire, c’est dangereux aussi de tomber de l’échelle et si une échelle vous tombe dessus.
 Un autre idiot est passé sous une échelle, sans la toucher dans la Rue des Belges à Sfax. L’échelle a glissé, celui qui était dessus essayant de se retenir, sans succès, a chuté. La dite échelle est tombée sur un passant. Les deux ont eu des bobos assez sérieux et le chanceux qui est passé en dessous était sain et sauf. Je lui ai demandé ce qui s’était passé, il m’a répondu : " Moi, je ne sais pas, je viens tout juste d’arriver ".
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6 avril 2009 1 06 /04 /avril /2009 13:58
 
http://img3.imageshack.us/img3/47/poule.jpg




Les histoires de J'ha : fables, contes et légendes
Par Camus


J’ha entend un marchand crier dans la rue :
— Qui veut les acheter, une poule et ses sept poussins ! J’ha sort vite de la maison et s’écrie en les voyant :
— Comme ils sont mignons ! Que faut-il vous payer pour cette poule et ces poussins si beaux ? Le marchand est un géant noir et qui n’est autre que le chef d’une bande de quarante voleurs.
— Toute la monnaie que tu possèdes, est le prix de cette volaille, lui répond il. J’ha ne se laisse pas prier, il court chercher la tirelire de sa maman et la donna au vendeur.

Sa mère revenue de ses courses, s’attendrit en voyant la poule et ses petits.

— Comme ils sont attendrissants ! J’espère que tu ne les as pas payé cher ? Mais en entendant les conditions du marché, elle se frappe les cuisses, se griffe les joues et se désole du manque d’intelligence de son fils.
— Hélas ! Mon argent ! N’ai-je pas travaillé pour chaque franc ? N’ai-je pas subi des affronts de mes patrons pour chaque centime gagné ? N’ai-je pas travaillé sous le soleil brûlant et sous la pluie froide pour cet argent ? Et quand est amassé un petit pécule n’est-ce pas avec un manque de sagesse, que mon fils a tout gaspillée ? Vas, sors de cette maison et ne reviens plus. Je ne veux plus t’entretenir, disparais ! Adieu, sors de ma vie !

J’ha s’en va et avec lui sont mis a la porte, sa poule et ses poussins. Il se promène un peu partout, ne sachant quoi faire de sa personne, très contrarié de la conduite maternelle. Fatigué et ennuyé, il s’installe dans un coin, et se met à réfléchir à son sort et plongé dans ses pensées, il s’endort d’un profond sommeil, la poule et les poussins posés dans le capuchon de son burnous.

http://img89.imageshack.us/img89/5576/poussins5bj.png


Mais voila que vient a passer le marchand voleur qui l’a roulé auparavant, et avec un sourire ironique au coin des lèvres, il décide de tromper encore une fois ce naïf J’ha et lui vole sa volaille. Il emporte la poule et ses poussins chez lui, les égorge, les pose dans un plateau, les arrose abondamment d’huile d’olive, les sous poudre de sel et d’harissa et les emmène au four de la ville. Cependant J’ha se réveille, découvre le vol et erre triste et nerveux dans les rues, sans but précis. Il aperçoit bientôt son voleur, son plateau soulevé sur la paume de sa main, et il décide de le suivre. Le bandit arrive au four et donne ses instructions à l’enfourneur.

— Quand ce sera cuit, je viendrai prendre le plateau, mais si j’envoie quelqu’un a ma place, il te pincera l’oreille comme signe que je l’ai envoyé.

J’ha a écouté le dialogue et après une heure il revient au four, pince l’oreille de l’employé du four, prend les poulets cuits, et avant de quitter les lieux, il écrit avec un bout de charbon sur le mur du four :


Vous avez volé ma poule et ses sept petits,


Attendez ma vengeance qui est en route,


Vous n’avez été ni noble ni gentil,


Mon prochain coup sera dur, pas de doute.


Signé : J’ha fils de J’ha.


http://img131.imageshack.us/img131/6751/images743kv.jpg

Il retourne à la maison chez sa mère qui a déjà regretté son renvoi et sa colère. Elle fait des remontrances à ses ongles d’avoir griffé ses joues, à ses mains qui ont tapé ses cuisses et a sa langue coupable du congé de son fils adoré, elle est contente de le revoir et les deux se réjouissent de leurs retrouvailles et du repas. Peu après il sort, et va aux nouvelles. Pendant ce temps, l’un des brigands arrivé au four ne trouve ni poule, ni poussins, mais seulement l’inscrïption sur le mur. Il pousse un juron, pose des questions et devant l’air agressif de l’enfourneur qui a sa pèle a la main, il retourne sur ses pas raconter a son chef le déroulement des événements. J’ha le suit et arrive au refuge des bandits, caché par un bois aux confins de la ville.

Le lendemain il achète des bagues, des bracelets et des colliers de couleurs vives, attrayantes chez les Noirs et monté sur son âne, il revient a la maison abritant les quarante et un voleurs. Ces derniers sont justement en sortie professionnelle et seule la femme du chef est la. J’ha lui propose une bague, qu’elle prend a travers l’huis de la porte.

— Elle est trop petite ! Dit elle. J’ha lui propose une autre, mais elle est trop grande.
— Ouvre, tu peux me faire face, je ne te mangerai pas ! Il faudrait que j’essaie moi-même la bague. Sitôt a l’intérieur, il assomme la pauvre femme, choisit parmi les richesses accumulées pendant des années, ce qu’il y avait de plus précieux et pas trop encombrant et en remplit les paniers de son âne, non sans avoir écrit auparavant sur le parterre de la cour :

Vous avez volé ma poule et ses sept petits,


Attendez ma vengeance qui est en route,


Vous n’avez été ni nobles ni gentils,


Mon prochain coup sera dur, pas de doute.


Signé : J’ha fils de J’ha.

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Et sans perdre de temps, il retourne chez sa mère et étale devant elle ses richesses.


Les brigands arrivés au repaire, voient le cadavre de la malheureuse, enfoncent la porte et découvrent le vol et l’inscrïption de J’ha et jurent de se venger, des que l’occasion se présentera. Ils font le serment :

"Nous caquerons sur sa tombe, après l’avoir liquidé."

Le lendemain, J’ha se déguise en femme et vient frapper a la porte des voleurs, et demande l’hospitalité pour une journée ou deux. Les bandits pensent que leur chef étant privé de femme, il serait bon de trouver une personne pour faire la cuisine, le ménage et garder le logis en leur absence.

— Tu peux rester tant que tu veux, si tu acceptes d’épouser l’un de nous.
— Pourquoi pas, si c’est un honnête homme ? Sitôt dit, sitôt fait, bonne affaire se disent les hôtes, et tous ensemble s’affairent a préparer le mariage de J’ha avec leur chef. Comme ils sont nombreux, les fonctions sont départagées, l’un coupe le bois, l’autre fait chauffer le hammam, le troisième et le quatrième s’affairent a la cuisine, certains préparent les tables, les amateurs d’art préparent des guirlandes et chacun donnant du sien le mariage a lieu le soir et bientôt le chef Graunait se retire dans sa chambre avec son "épouse".

A peine entrés, J’ha sort une matraque cachée sous sa fouta et frappe le chef Graunait, il le ligote et le suspend a une poutre. Sans perdre une minute, il amasse tout ce qu’il trouve de précieux a porté de la main, enroule le tout dans son sari dont il attache les bouts, et a l’aide de son bâton, il en fait un baluchon, et profitant de l’obscurité, il s’enfuit, mais avant de partir il écrit avec un morceau de charbon sur le mur de la maison :


Vous avez volé ma poule et ses sept petits,


Attendez ma vengeance qui est en route,


Vous n’avez été ni nobles ni gentils,


Mon prochain coup sera dur, pas de doute.


Signé : J’ha fils de J’ha.

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J’ha arrive chez sa mère, qui est déjà folle d’inquiétude et il étale devant elle son nouveau butin, la rassure, lui promet d’être prudent, les rennes de cette épopée étant entre ses mains, elle n’a rien a craindre.


Cependant les brigands veulent savoir ou en est leur chef, ils s’approchent de la porte nuptiale et demandent à haute voix de ses nouvelles. Sa réponse ne se fait pas attendre :

— Ana maa’lek ! Crie-t-il. Ce qui veut dire : je suis suspendu. Ses subordonnés comprennent :
— Ana maa’nek, autrement dit : je suis enlacé.

Deux fois encore, on lui pose la même question, et on reçoit la même réponse qui est mal interprétée. On le laisse donc "à ses ébats". Mais comme le temps passe et qu’il ne montre pas "patte blanche", on décide de demander une nouvelle fois ce qui se passe, et comme réplique, il les supplie avec l’énergie du désespoir de le secourir :

— Ana maa’lek, je suis suspendu. Cette fois-ci, une fine oreille l’entend distinctement et la porte est enfoncée. Graunait libéré, est contusionné et mal en point. Les bandits trouvent l’inscrïption de J’ha et refont le serment d’en finir avec lui.

Le lendemain J’ha déguisé en médecin, se rend au refuge des quarante et un voleurs et leur propose ses services.

— Je suis le docteur Salah, si vous avez des bobos, des maux de ventre, une fracture vous aurez besoin de mes services. J’ha est invité aussitôt a donner ses soins au chef Graunait. Après un examen approfondi, J’ha ordonne :
— Chauffez le hammam et laissez moi seul avec le malade. J’ai besoin aussi de vingt bouteilles d’huile. Le traitement sera douloureux, et chaque fois que vous entendrez votre chef crier, répondez tous en chœur : "Bonne guérison". Sous aucun prétexte, je ne veux être dérangé.

J’ha entre au hammam, et Graunait y est introduit aussi. Sitôt la porte fermée et verrouillée de l’intérieur, le faux médecin donne un grand coup de gourdin au malheureux patient qui pousse un grand cri auquel les voleurs répondent à l’unisson :


— Nos souhaits de bonne guérison.


J’ha renverse le contenu d’une grande bassine d’eau bouillante sur son malade qui pousse un cri affreux auquel les brigands répliquent :


— Nos souhaits de bonne guérison.


J’ha donne ensuite le coup de grâce, a l’aide de sa massue. Un léger cri, et c’est la fin. Il n’y a pas de répartie à cette plainte, les personnes à l’écoute, étant arrivées à la conclusion logique qu’un gémissement si faible est le signal du rétablissement proche. J’ha verse de l’huile parterre, et cassant les bouteilles en mille morceaux, il éparpille les segments. Il déverrouille la porte et invite les quarante naïfs à aller visiter leur chef.


— Monsieur Graunait est complètement rétabli et il vous attend dans son bain. Les innocents crédules, font irruption à l’intérieur et glissent sur le sol mouillé d’huile, la vue n’est pas si bonne a cause du brouillard du a la vapeur blanche. Ils tombent l’un sur l’autre et forment une belle pyramide. Ils poussent des cris de douleur en se blessant sur les bouts de verre cassés, pendant que J’ha tourne la clef dans la serrure. Avant de partir, Docteur J’ha fait un razzia sur tout ce qu’il peut emporter de la richesse inestimable et fourre le tout dans les paniers de son âne. Et prenant un morceau de charbon, il calligraphie des jolies lettres qui en devenant des phrases donnent :


Vous avez volé ma poule et ses sept petits,


Je vous ai montré de quel bois je me chauffe,


Vous verrez, mon châtiment sera terrifiant,


Vous n’avez pas d’envergure ni de voleurs l’étoffe,


Ceci n’est que le début d’un match horrifiant.


Signé : J’ha fils de J’ha.

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La maman J’ha accueille son fils avec un soupir de soulagement.

— Je n’ai pas besoin de tous ces trésors J’ha. Je suis folle d’inquiétude. Ils finiront par t’avoir. Prenons la poudre d’escampette.
— Maman chérie, ne t’angoisses pas. Demain, ils ne me rechercheront point, pour la bonne raison qu’ils vont enterrer leur chef et son épouse. Veux tu m’aider a mettre au pied le prochain acte ?
— Oui fils, que faut-il faire ?
— Je vais creuser une tombe au cimetière, je m’allongerai dedans. Tu viendras pleurer ma mort, en rappelant la poule et les sept poussins. Des que l’attention des quarante voleurs sera attirée, tu repartiras, je m’occuperai du reste. Sois tranquille maman adorée.

Le lendemain comme prévu, les malfaiteurs viennent ensevelir leurs morts. Entendant des sanglots ils se retournent et voient la maman de J’ha éplorée.

— Mon petit, tu as pris a cœur cette histoire de poule et de ses sept poussins. Tu es vaincu, terrassé par tant de chagrin et de projets de vengeance. Pourquoi tant d’entêtement mon chéri ?

Les brigands, entendant qu’il s’agit d’une poule et de sept poussins, comprennent que J’ha est parti a l’au-delà.

— Chère Dame, vos pleurs ne réveilleront pas ce défunt. Allez vous reposer chez vous, nous nous occuperons de nos décédés et du votre, proposent-ils.

Dès que la maman est partie, les compères décident de se venger, comme promis. N’ont-ils pas fait le serment de caquer sur son tombeau ? Le premier se déculottant se met en position de faire ses besoins sur la tombe ouverte, le postérieur tourné vers le trépassé. J’ha qui l’attend, sort d’une petite niche un fer rougi et marque le cambrioleur dans la partie grasse de son arrière train. Le brûlé pousse un cri effrayant :

— Même sa tombe est brûlante.

Le deuxième en s’accroupissant le derrière nu, subit le même sort, tout comme le troisième, le quatrième et ainsi de suite. Les bandits s’enfuient peureux comme des lapins...


J’ha sorti de sa tombe se rend directement chez le bey, porter plainte.

— Son Altesse, je viens demander justice. Mon père, paix à son âme, possédait quarante esclaves. A sa mort, les impies ont prit la clef des champs.
— Tu sais ou les trouver ?
— Oui Son Altesse, ils habitent la même maison aux confins de la ville, et vivent de vols et cambriolages. Le bey envoie les chercher avec un mandat de se présenter à son jugement. Quand ils sont la, le bey leur expose la plainte.
— C’est un menteur Son Altesse, il nous poursuit sans raison, s’écrient-t-ils tous ensemble. Le souverain demande a J’ha de prouver ses dires.
— Ce n’est pas difficile, Son Altesse, mon père les marquées de son nom sur la fesse droite.
— Contrôlez ! Ordonne le bey à ses commissaires. L’examen prouve que J’ha a dit vrai.
— Ces esclaves t’appartiennent, proclame le haut juge. Justice est faite.
— Monseigneur, répond J’ha modestement, mes moyens ne sont plus ce qu’ils étaient. Je ne peux plus les entretenir. Je vous en fais cadeau.
— Fort bien ! Accepte le haut dignitaire. Mais en échange, je t’offre une oliveraie au Sahel, une villa a Nabeul, et un bâtiment a Tunis, Avenue de Paris.
— Mais non ! Non ! Non ! Proteste le modeste J’ha.
— Telle est ma volonté décide le bey.

Et si c’est sa volonté, que faire a part accepter ? Et s’il vous arrive la même chose, je vous conseille d’obéir.


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                                                                                                      Fin
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