Souvenirs de Tunisie, dialogues, cuisine, littérature, poésie, divers
Tout en parlant Isabelle ne me quitte pas des yeux et je suis confus. Son sourire
ferait perdre la tête à un curé de campagne ou à un rabbin à cheval sur ses principes. Sa gaieté me gagne et je ne parle pas de sa beauté envoûtante. D. me garde, je me sens comme un animal
pris au piège de cette femme qui semble sortir d’un conte. Un animal ? C'est mon chien Bouli qui est la cause de notre rencontre.
Je la revois les jours suivants, toujours aussi lyrique qu’a notre première rencontre. Nous décidons de nous tutoyer comme il convient à des amis. Il me vient à l’idée que c’est sûrement une femme de situation aisée et désœuvrée par-dessus le marché. Inversement à mon opinion, un matin elle me demande de lui prêter une petite somme d’argent, chose qui m’étonne vu son allure et son accoutrement élégant. Elle devine sans doute mes pensées, car elle me confie :
— Je m’habille bien, mais je ne suis pas riche, je travaille pour subvenir à mes
besoins. Mais j’aime être à mon avantage physiquement parlant et en tous points de vue, instruction, culture et bienséance bien sur.
J’aurais voulu lui refuser ce prêt, mais mes mains ouvrent mon portefeuille. d'instinct. Qu’auriez vous fait à ma place, vous qui souriez sous cape ?
Si Lucie me voyait en ce moment, elle serait dans tous ses états.
Une semaine après cette rencontre, sortant faire mon jogging journalier d’un pas alerte, humant l’air frais le long des jardins de mon quartier, admirant le long de la route les gazons tondus, les massifs de fleurs et les haies bien taillées. Les villas sur mon parcours sont admirablement tenues. Mes pas me mènent dans une rue un peu éloignée et la j’aperçois une grande maison, un palais dirais-je, de belle dimension, mais étant entourée d’arbres et de verdure sa grandeur parait atténuée. Une perle dans son écrin ! Arrivé au portail de cette propriété, une voix m’appelle, celle d’Isabelle :
— Viens Omer !
Je suis tout ému en foulant l’allée et en grimpant les trois marches menant à l’entrée. Isabelle n’est pas sensée avoir les moyens d’entretenir une maison pareille, du moins selon ses dires. Qui est Isabelle ?
Un grand salon richement pourvu m’accueille. Des sofas confortables, des tapis persans, des tableaux de maîtres, des lustres de cristal, des meubles de la belle époque, un grand écran suspendu semble étranger à tout cet équipement quiet et douillet, mais il est discrètement placé dans un recoin. Je ne vois personne. Isabelle m’appelle de nouveau :
— Omer ! Par là.
Je me tourne, ni les plantes ni les meubles n’ont masqué cet accès en voûte, d’où me parvient la voix enchanteresse : la raison est que mon attention était attirée par les tableaux sur les murs de la salle de séjour :
* Un crépuscule se noyant dans la mer étale des rayons scintillants sur les vagues.
* A coté, un lever de soleil, grande tache pourpre illuminant l’aube, ses lueurs divertissant les ondes.

Je trouve une ressemblance entre les deux peintures : le soleil y trône sur une nappe bleue éclaboussée d’écume blanche. Isabelle aime le soleil !
La tombée de la nuit et le début d’une journée. Ils se concordent mais en cherchant la corrélation entre les deux œuvres j’essaie d’en saisir les différences : de l’une émane la mélancolie et le romantisme de la naissance la soirée, l’autre évoque la beauté de la création dans toute sa splendeur, poésie chaque jour reproduite. Ces travaux et bien d’autres sont signées par Isabelle.
Je fais quelques pas en avant et elle m’apparaît dans toute sa beauté : elle porte
un déshabillé d’une teinte bordeaux bien chaude. Sa tunique s’ouvrant au cou découvre une poitrine superbe. Elle me sourit de toutes ses dents et de ses lèvres émouvantes. Poser mes lèvres sur
les siennes ? C'est ce que je je voudrais. Pourquoi attendre ? A quoi bon lutter contre cette envie qui me hante ? Et pourquoi cette sensation soudaine de nervosité
?
— Avance Omer ! Qu’attends tu ? Je la regarde, mon cœur bat la chamade, je me sens devenir fou. Je la tiens par les épaules, la regarde droit dans les yeux et lui dit d’une voix mal assurée :
Que va lui dire Omer ? Quelle sera sa conduite ? Vous le saurez bientôt.
(A suivre)