Rahem
Par Albert Siméoni
Ce fameux Dimanche arrive.
Métro Pont Marie. Le groupe est au rendez vous vers les 10 heures du matin, à l’ouverture des portes.
Annie aussi. La bande au complet échange quelques bises.
Ils sont les premiers à franchir la porte du souvenir.
Comme s’ils étaient avides et pressés de découvrir la tragédie silencieuse et muette accrochée aux murs.
Ils marchent d’entre le premier hall.
Le regard baladeur, ils n’échangent aucun mot De crainte de déranger les hôtes qui posent en noir en blanc, tous encadrés et accrochés sur des parois blanches. Des photos d’époque. Des
habits d’époque. Des vieillards, des bébés, des jeunes mamans portant leurs enfants, des trains sombres, des images de camp entourés de barbelés, tous d’époque, bref l’apocalypse en noir et
blanc défile devant leurs yeux.
Jonathan sort du groupe.
Il veut être seul à la recherche de son ‘ami’. Il se retrouve piège entre trois murs où sont exposées des centaines de petites photos d’identité. Il lève les yeux, passe d’une
photo à l’autre, sans trop s’attarder, repasse encore les images déjà vues. Son regard descend à la hauteur de sa poitrine, balaye le mur à l’horizontale, à la verticale, essaye de chercher un
visage qui pourrait ressembler à celui de son imaginaire, un visage dont il a déjà dessiné le contour dans son esprit. Il cherche encore, se retourne pour voir l’autre galerie de portraits,
prend son temps pour mieux ausculter les visages, avance, recule, se déporte à droite, à gauche, ajuste ses lunettes. Il n’est entouré que par des visages en petits et gros plans qui le fixent.