Le lecteur va s’étonner par ce qui va suivre ,en fait, je n’aborde jamais un sujet sans une entrée en matière ou si
vous préférez je ne mange jamais un couscous avant d’avoir pris un apéro. Ici, je goûte déjà aux bons plats que mijotaient ma grand-mère et ma mère c’est à dire dans
le..................
“........Ventre de ma
mère.....”
Parmi tous les millions de petits frères qui se bousculaient au portillon ,j’ai eu la chance de piquer un sprint pour
être l’élu et couper ainsi la corde de l’arrivée. Premier dans la loge. Ni meubles ni fenêtres...
Dans ma petite bulle obscure, je m’installais assez confortablement. Pas de voisins. J ’étais tout seul dans mon
espace. Ni charges, ni eau, ni électricité. Tout était gratuit dans ma nouvelle chambre d’hôtel louée pour 9 mois sans bail.
Je ne risquais pas non plus l’expulsion à court terme tant que D.ieu veillait sur ma mère et sur moi. Je n’avais
même pas à commander la nourriture, elle m’était servie par traiteur. Celle ci était souvent variée. Le goût de ces plats était excellent mais malheureusement j’ignorais les noms que ma
propriétaire (ma mère) ingurgitait, ils m’arrivaient par petites doses sucrées ou salées. Alors ,un jour, j’ai collé l’esquisse de mes deux petites oreilles sur la paroi et j’ai pu me
familiariser avec ces noms.
La voix de ma grand-mère : “Yè Héyà.....(nom de ma mère)....él bsal ou loubia nèfchèt.......zidelà chouià
mé....” ce qui veut dire :
(Louise.........le ragoût d’haricot manque d’eau ,ajoutes lui un peu d’eau
)
“La bsal ou Loubia ....un plat que j’adore....qui m’arrivait une fois toutes les semaines par le
cordon.......
Ma grand’mère “Yà Hèya........él gnaouia.....tchidét.....”
(Louise......le ragoût de gombos va brûler...)
Le ragoût de “gnaouia” .....mmmmmh...même s’il était un peu brûlé...
Ma grand-mère “”El markà ta él kchoukchou......jéttèk
mgamè...
(Le bouillon du couscous est trop gras...)
Les “ yèh” ......de ma grand’mère qui veillait surement à la bonne cuisson des plats étaient une sorte de sirène
d’alarme. Bref les “Hachouià = (purées) “Les tajines aux pommes de terre”“Les bijilouch= (plat de petits pois)”. “Les bkaillahs= (ragoûts d’épinards) “ etc......n’avaient plus de secret pour moi.
Je les appréciais avec délice comme bon Goulettois que j’allais être. Les boissons et les fruits de saison étaient agréables. Je devinais aussi grâce eux, les saisons; melons, pastèques,
raisins, prunes etc. furent mes premiers fruits de printemps puis arrivèrent les oranges et les mandarines d’hiver. A mesure que les semaines s’écoulaient, je voyais pousser mes petites choses, à
droite, à gauche et au milieu. Mon seul souci était mon inactivité.
Alors ,je tournais et me retournais en donnant quelques fois de grands coups de pieds sur “le mur”d’en face. Je
prenais du poids. Et puis, un Vendredi vers les 1 heure du matin un 9 février 1945, je me suis senti
comme aspiré par des mains étrangères, c’était la sage femme Mme Jeune qui me faisait glisser du ’’toboggan”. Enveloppe, j’ai crié de toutes mes forces alertant l’univers par ma
naissance.
Je tombais dans un sommeil profond. Me voilà donc arrivé dans le monde des humains sans tambour, ni trompette et sans
fleurs seulement avec quelques youyous de ma grand-mère maternelle que j’entendais derrière la porte.
Tous mes frères sont nés dans la même chambre de la rue Pasteur au n°4.