Souvenirs de Tunisie, dialogues, cuisine, littérature, poésie, divers
Par Albert Siméoni
Acte I. Scène III.
Plus rien, à part quelques accessoires hétéroclites, vêtements éparpillés dans un grand désordre.
Plus rien sauf la cave à vins pour le moment épargnée. Elle redescendit rapidement les escaliers pour se réfugier dans ce qui sera son abri.
Ses voisins les Kurtzman, et les Hassbergen, avaient pris les devant bien avant cette fameuse nuit de Cristal. Ils avaient immigré en Grande Bretagne avant d’aller s’installer définitivement aux Etats-Unis sans espoir de retour.
La famille Steinberg était la seule à rester dans cet immeuble cossue de la capitale, leur propriété. Elle refusait de croire à l’impensable.
Elle occupait le troisième étage, un appartement de 150 mètres carrés donnant sur les trois plus grandes et plus belles avenues de ce qui était Berlin avant sa déchéance.
Il était l’un des rares immeubles à ne pas avoir été touché par les bombes. Un miracle.
Il était resté debout fier et intacte comme un donjon perdu en plein milieu d’un champ de blé dévasté par une plaie.
Khana à dix ans, se transforma en recluse.
Vivant dans le noir, évitant de s’éclairer.
Après le passage de la horde sanguinaire, elle remonta dans sa maison pour ‘voler’ quelques vêtements épars dans sa chambre, draps et couvertures, savons et autres accessoires pour se vêtir sobrement et maintenir un semblant d’hygiène.
Elle eut le temps aussi, de s’approvisionner de quelques boites de conserves, fit une réserve de boites d’allumettes et de bougies qu’elle évita de consommer durant son enfermement.
Craignant de se faire découvrir.
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Les provisions épuisées, elle se nourrissant de tout ce qui lui tombait sous la main lorsque la neige se transformant en pluie charriait quelques miettes de pain ou de cadavres d’oiseaux à travers le caniveau qui par moment s’engorgeait. Il lui suffisait de tendre le bras par le soupirail donnant sur le grand boulevard pour voler à la rue cette substantielle et éphémère manne. La nuit surtout.
Khana se nourrissait aussi de souris, de rats bien maigres qu’elle tuait, pour survivre, à l’aide d’un demi-tesson de bouteille transformée en un instrument de mort.
Elle avait même conçu des petits pièges pour capturer bestioles et ces petits rongeurs en mal de nourriture.
La faim décuple l’énergie et ose l’impensable. Après avoir consommé sa réserve d’eau, elle se désaltérait par l’eau provenant de la fonte de la neige, cette mousse froide et blanche, parfois sale, qu’elle recueillait et stockait dans des récipients de fortune. Elle s’était astreinte à une discipline. Ne boire qu’un verre d’eau le matin et le soir en prévision des semaines sans neige. Elle ne fut jamais à court d’eau.
Ce soupirail était son ouverture sur le monde extérieur, sur cette ville qui l’a vue
naitre et grandir.
Elle se sentait comme protégée par je ne sais qu’elle D ieu vivant. Elle ne tomba jamais malade durant ses 5 années d’enfermement. Sa cave était son tombeau. Son abri.
Personne n’a jamais su son existence dans ce Berlin dépouillé de tous ces juifs au fil des mois et dont le sort fut dévoilé des années plus tard lorsque la guerre prit fin, laissant derrière elle des cohortes de cadavres dans les conditions que l’histoire et les témoignages ont rapportées.
A Suivre...