Souvenirs de Tunisie, dialogues, cuisine, littérature, poésie, divers
Ba - Aretz
De Said Sayagh (Ecrivain et prof)
Son premier voyage en Israël : les 21-25 Avril 2010
Ce rêve, je l’ai longtemps caressé. Je l’ai redouté aussi et, fini par le considérer comme irréalisable.
Aller en terre sainte, reposer ma tête sur le Kotel, me retrouver avec des hommes et des femmes qui seraient mes frères, mes sœurs, mes cousins, mes cousines. Et si ce n’était qu’une illusion, un délire identitaire longtemps étouffé !
Au moment où j’ai commencé à y croire fermement, un vilain nuage venu des contrées glacées a failli le réduire en cendres. Et puis, je me suis retrouvé à Marignane, la joie et l’angoisse se disputant mon ventre noué.
Dans l’avion, une logorrhée aigue s’est emparée de moi. Les victimes, un couple ; l’homme, une kippa auréolant sa tête brune geai, la femme, belle et docile, les grands yeux écarquillés par la surprise ; tous deux ont prêté une oreille bienveillante à mon récit intarissable sur mes ancêtres juifs, sur le judaïsme marocain, sur Lalla Soulika.
Les mots les plus sophistiqués, les plus précis, les plus nuancés ne sauraient décrire le bouleversement, paisible, qui m’a saisi durant ce séjour en Israël. Entre l’instant où Victor Aflalo, l’homme, le vrai, m’a accueilli à l’aéroport Ben-Gourion et celui où il m’a ramené dans ce même lieu, il s’est écoulé des temps immesurables, des temps compacts qui résument les siècles et amplifient les instants les plus brefs.
Comment mesurer les moments d’échange avec Mimy, la femme à la douceur inflexible ! Comment parler de la durée des discussions sur la terrasse de la maison « Mishpahat Afflalo », des évocations tendres et tumultueuses à Ashdod, face au bleu intense de l’éternelle Méditerranée !
Et ce jeudi du barbecue, quelle longueur aura-t-il dans ma mémoire ? Celle d’une journée ou celle de l’histoire, toute l’histoire du Maroc, condensée, exilée, mais renouvelée dans les accents insolites où se nouent le français, l’arabe, l’hébreu, la joie, la nostalgie, l’espérance dans une scène prophétique, biblique.
Et ce vendredi à Jérusalem, entre Yad VaShem et le Kotel !
J’avais imaginé des centaines de fois la scène où je réunirais toutes mes plaintes, protestations, reproches, invectives accumulés depuis de années. Tout d’un coup, apaisé, j’ai glissé mon petit mot, sans effusions, dans une proximité avec l’Insondable, presque familière, qui libère la raideur de la nuque et nettoie un abcès endurci.
Les noms et les prénoms résonnent encore une ritournelle entêtée : Dany, Shosh, Ygal, Dikla, Kfir, Danielle, Jean-Pierre, Judith, Ran, Shaï, Aviv, Joseph, Raphy, Arrik, Thérèse, Betzalel, Salomon, Nimrod, Shira, David, Itsik, Manolo, Gilbert, Coco, Haviv,…Bentolila, Bitton, Knafo, Chetrit, Ruimy, Knizou, Afflalo, Delouya, Zrihen, Ouazana, Bar Kokhba, Dahan, Bensoussan, Abitbol, Lasry…
Comment décrire un premier Shabbat de rire, de communion et de festin en présence de jeunes qui assument avec sérieux l’héritage et le lendemain.
Comment dire que je me suis senti chez moi !
J’en voudrais presque à Arrik d’avoir déclenché tant de questions, mais je lui en aurais voulu plus de ne pas l’avoir fait.
Said Sayagh
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