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Sfax
Les Aghlabides sont la première dynastie arabe à
régner sur la Tunisie au nom du calife abbasside de 800 à 909 ; elle compte onze souverains. Son fondateur est "Ibrahim Ibn El Aghleb".
Dans la légende sfaxienne, aucun de ces onze souverains n’est nommément désigné comme étant le fondateur de la ville : Ibrahim Ibn El Aghleb y est cité
sous le psudonyme " Sultan Ben Yaghleb".
La légende est racontée ainsi :
Ayant eu un cauchemar dans lequel il a été appelé à voyager à travers le pays, le Sultan Ben Yaghleb quitta Kairouan incognito au dos d’une mule chargée d’or et de provisions. En cours de route, il traversa un oued dans lequel il a failli perdre la vie et, quoiqu’il pût se sauver, la mule fut engloutie par les eaux avec toute la charge qu’elle portait. Le Sultan continua son voyage à pied pour arriver à Thyna exténué par la faim et la fatigue.
Il s’arrêta ainsi au niveau d’un "ftayri" (fabriquant de beignets) de la famille "Siala" ; celui-ci, pris de pitié envers ce passant, l’invita à manger quelques beignets et lui proposa du travail dans son échoppe moyennant sa nourriture quotidienne et un coin pour dormir, ce que le passant accepta de bon cœur.
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Notre nouveau ftayri est connu désormais sous le
nom de "Boukricha".
Boukricha (maître de son ventre - car il travaillait principalement pour sa
nourriture), connu à Thyna son honnèteté et sa droiture, fut sollicité à épouser une femme trois fois divorcée et de la répudier le lendemain : dans la "Charia" islamique, un homme qui répudie sa
femme trois fois de suite n’a plus le droit de l’épouser une quatrème fois, sauf si elle épouse quelqu’un d’autre et en soit divorcée (ou veuve). Ceci, pour trouver un échappatoire permettant au
mari de récupérer sa femme après un 3ème divorce, une "fatwa" fut trouvée : on s’arrange avec quelqu’un connu pour son honnèteté pour que celui-ci épouse la femme et s’en sépare le
lendemain.
Boukricha accepta cette demande mais ne put tenir sa promesse. Cette femme tomba follement amoureuse de lui et cet amour fut partagé, ce qui l’amena à la garder.
Notre ami est donc en couple. Lui et sa femme assistèrent quelques mois plus tard à une cérémonie de circoncision des trois enfants de son beau-frère : au cours de cette cérémonie et conformément aux us et coutumes, les invités étaient tenus d’offrir des cadeaux aux enfants circoncis. "Boukricha" promit par écrit comme cadeaux les recettes d’Ifriqiya au premier enfant, les recettes du Sahel au deuxième et les recettes du Cott El Djérid au troisième.
Les assistants avaient cru à une farce ce qui coûta à "Boukricha" d’être la risée des invités ; l’un des assistants osa même lui porter un coup sur la tête tant ses apparences de "ftayri" étaient loin de lui permettre une action relevant strictement des prérogatives du Sultan.
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Indigné, "Boukricha" fit enregistrer en sus des cadeaux promis aux enfants, la promesse de châtier celui qui l’avait frappé, par l’amputation de son bras ; sur ce, il quitta Thyna tout en colère pour regagner Kairouan sa femme l'accompagnant.
Sur le chemin du retour, ils passèrent par l’endroit sur lequel Sfax sera construit plus tard ; ils y trouvèrent des gourbis habités par quelques pécheurs et autres familles de la région qui les reçurent en invités en leur offrant une savoureuse "marka" à base de "sbarès" (bouillabaisse à base de pataclets) accompagnée d'un couscous unoubliable.
Le Sultan inconnu en fut très satisfait et promit de larges récompenses à ses hôtes, puis, continuant sa route avec sa femme, il passa de nouveau par l’oued où sa mule s’était noyée ; là, il put retrouver et récupérer le trésor qui constituait la charge de sa pauvre monture. Il acheta une nouvelle mule au village voisin et cacha son trésor dans les couffins dec sa monture.
Sitôt arrivés à Kairouan, on fêta somptueusement
son retour et l'arrivée de l'âroussa. Mais sans s’attarder trop longtemps, le Sultan se fit accompagner d’une bonne escorte pour retourner à Thyna et exécuter ses promesses et son
châtiments puis, de nouveau sur les hauteurs de Sfax, il récompensa largement ses hôtes.
Là, séance tenante, il ordonna à son assistant qui s’appelait "Safa" de tracer, sur une peau de mouton, les contours d’une ville qui sera implantée sur cette colline.
Une fois ce plan tracé, le Sultan donna ordre à " Safa" de couper la peau de mouton en suivant le traçage. L’ordre de couper se traduit en arabe par le terme "Koss" : ya Sfa ! Koss ! "Ô Safa, coupe !" (Le plan). Sfa ou Sta c'est le titre du contremaître menant les travaux de coinstruction.
D'après une autre version le Sultan donna l'ordre de construire les murailles de la ville. Le Sfa debout en haut du mur édifié, déroula un fil à plomb et sollicita l'avis du Sultan : ce dernier lui ordonna de couper le fil à cette hauteur en ces termes : Sfa… Koss !
La ville ainsi conçue prit désormais l’appellation de "Sfakos" ou "Safaques" ou Sfax. Ceci selon la légende sfaxienne.
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Qu'en disent les historiens ?
Constitution de la population
Du fait de sa position sur la mer, Sfax avait de
tout temps attiré les commerçants du bassin méditerranéen et ceux des villages avoisinants pour effectuer leurs échanges une fois par semaine.
La population sfaxienne s’était donc initialement constituée par les familles de commerçants étrangers ou indigènes qui avaient choisi de s’établir à Sfax.
Parmi les étrangers, figurent notamment des égyptiens, des tripolitains, des marocains et des algériens.
Parmi les indigènes, figurent des originaires de Kerkennah, Djerba, Gargour, Fériana, Melloulech, Charaf, Enchla, Ellouza, Djebeniana, Agareb, Gabes, Gafsa, etc.
Il y avait aussi des Juifs à Sfax. Ils prenaient part à ses échanges par mer avec la Sicile et avec l’Egypte, exportant de l’huile d’olive et important du lin, de la laque et de la pourpre. Voici comment les Juifs sont arrivés à Sfax.
Un riche Sultan, qui devait marier sa fille, se souciait de trouver les meilleurs artisans. On lui conseilla d’aller faire appel à ces nombreux Juifs qui vivent à Djerba, et qui excellent dans l’art des bijoux traditionnels, ainsi que dans l’art de tisser des toilettes riches en broderie, prisées par les femmes de la cour.
Dans le numéro 29 de "la Diaspora sfaxienne" paru en 1995, M. Gérard Ghariani, qui dit avoir l’honneur et la lourde responsabilité de gérer la mémoire juive sfaxienne, écrit :
" Nous avons désormais la certitude que les premiers Juifs, recensés à
Sfax, vinrent de Djerba. L’on attribue le plus souvent ce fait à la légende suivante.
Le Sultan manda ces personnes qui, après plusieurs semaines pour effectuer les 250 kilomètres qui les séparaient de Sfax, se trouvèrent en face de lui. Outre les exigences exagérées de ces artisans, il en fut une des plus originales. Les corps de métier exigèrent auprès d’eux une structure communautaire. En effet, plusieurs mois étaient nécessaires et il fallait recréer toute une atmosphère juive autour d’eux : synagogue, rabbin, shoet, chorus de dix hommes (minian), etc…
Le Sultan s’inclina devant leurs exigences et ainsi la communauté juive sfaxienne naquit. Nous devons aux familles Azria, Aïdan, Berrebi et Mazouz le privilège d’avoir eu notre présence dans cette ville bénie. "
Toute cette population s’est enrichie progressivement par des familles d’origine arabe venant du Hidjaz, de l’Iraq, de Syrie, ou par des familles d’origine berbères comme les "hentati", masmoudi, Louati, Hakim, Marrekchi, etc.
Plus tard, des Arabes et des Juifs d’Andalousie pourchassés d’Espagne de même que des Turcs de l’empire Ottoman sont venus également s’istaller à Sfax.
• Fondation de Sfax
En 849, soit 89 ans après la fondation de Kairouan et sur proposition de "l’Imam Souhnoun" dignitaire religieux, le Sultan Aghlabide "Aboul-Abbes Mohamed" accorda à Sfax le statut d’une ville et y nomma comme gouverneur, le "Cadi" (chef religieux détenant des pouvoirs judiciaires et administratifs) Ali Ben Sell’am Djebeniani
Sur ordre du Sultan, ce gouverneur fit construire les remparts de la ville et sa Grande Mosquée.
D'après Syfax et la Diaspora
Sfaxienne 1995. A paru aussi dans Tunecity : http://www.tunecity.net/Taparura-Syfax-Safaquos-ou-Sfax
