Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
26 août 2011 5 26 /08 /août /2011 10:41

La Synagogue de Sfax

 

Par Camus BOUHNIK

 

Je viens d’apprendre une triste nouvelle, un délit affligeant, le saccage et le pillage de La Synagogue Beith-El à Sfax., suite aux évènements ayant commencée le jeudi 18 août 2011,  dans le Sud d’Israël : une embuscade organisée par  vingt Palestiniens ayant causé  la mort de  neuf Israéliens.   

 

Je voudrais vous entretenir à ce sujet.

Suite à ce traquenard une bataille sans fin commença au cours de laquelle des roquettes Quassam ont été tirées sur les villages du Néguev et des missiles Grad sont tombés comme une pluie de feu et d’acier dans les villes israéliennes : Ashkelon, Ashdod, Béer-Shev’a et Quiriat-Gat. Les morts et les blessés sont baignés dans le sang des deux côtés.

 

L’initiative de ces évènements est venue  non pas du Hamas mais des dissidents du Djihad islamiste. Le Hamas a d’abord fermé un œil et ensuite il a dû prendre part au combat, jusqu’au cessez le feu de dimanche soir 21 août, cessez le feu qui n’a pas duré. On a promis 70 vierges à chaque terroriste à son  arrivée au Paradis, alors ils sont bien motivés.   .

 

Un esprit de patriotisme et de vengeance a-t-il mal conseillé des jeunes écervelés jusqu’à s’en prendre à une synagogue  en Tunisie ? Beith-El est le Temple officiel de la ville Sfax. On a souvent vidé sa colère sur ce lieu saint. Dans la même mesure qu’une mosquée ou une église, une synagogue est un lieu sacré, un patrimoine de la communauté.

Nous avons voulu avoir plus d’informations au sujet de ce saccage, cette chmetta. .

 

La police locale refuse de répondre au téléphone et dans le cas échéant où elle le fait, elle ne donne aucun renseignement.

Deux témoins ayant visité les lieux racontent que non seulement la synagogue a des grands dommages, mais la maison attenante, l’appartement du Shamash a été vidée de son contenu. L’histoire se répète-t-elle ?        

 

Déjà dans son livre La Synagogue de Sfax, notre  ami Claude Kayat a décrit les différentes phases de la construction du complexe Beith-El qui comprend une Synagogue et une salle de conférences opposée au Temple et close par un large rideau de bois, s'ouvrant en accordéon. Durant les jours de fêtes, la séparation est ouverte, les deux salles n’en faisant qu'une, permettant l'accès à un grand nombre de fidèles. La Communauté Juive comptait 5600 personnes à l'époque, dont la plupart étaient habitants du Centre-Ville, Bab-el-Bhar.

 

Claude Kayat a rappelé les grands moments de la Synagogue Beith-El, temps qui dura peu, trois ou quatre ans : avec l'Indépendance de La Tunisie, la société juive quitta la Tunisie, pour Israël, la France, Le Canada et d'autres pays. 

 

http://tunecity.net/IMG/jpg/Beith-El_3.jpg

L'auteur a décrit le déclin de lieu saint que complétaient à part les deux salles citées, une Ecole de l'Alliance Israélite, un dispensaire O.S.E et une maison pour le bedeau, le Shamash. Dans l'exhortation pour l'Indépendance, se créèrent des bandes de shabab, de voyous qui s'en prirent au Temple, cassèrent les vitrages, jetèrent à bas les Sépharim Saints, les livres de prières et saccagèrent tout ce qui leur tombait sous la main. Le narrateur n'a pas oublié de faire la critique de ces actes de vandalisme et d'en tenir compte aux responsables municipaux et au Gouvernement qui n'ont pas essayé d'empêcher ce désastre. 

 

Les voyageurs Israéliens en revenant de leurs excursions en Tunisie, ont conté ce que leurs yeux ont vu. Un pincement au cœur a saisi les auditeurs  à l’écoute de ces rapports. Comment rester indifférents ? C'est alors que commença le commerce de ce complexe. Les propriétaires Juifs, de guerre lasse, ont mis en vente ce bâtiment, perle de la communauté Juive. Un indigène qui a conçu l'achat, dit-on, mourut au bout de l'an. L'édifice resta entre les mains des Juifs de Sfax. Toutefois les autorités ont opposé une condition, qu'il soit restauré, sinon il serait mis en vente au plus offrant. On a parlé d'un projet aspirant transformer le site en mosquée ou en centre commercial. 

 

Des volontaires ont décidé d’e restaurer la Synagogue.  L’un d’eux a fait un  rêve dans lequel il se voyait restaurant la Synagogue Beith-El. Etait-il influencé par la cupidité des filous des immobiliers ? Toujours est-il qu'en parlant avec des amis, il fut décidé d'un commun accord de prendre le taureau par ses cornes. Ils s'installèrent dans la Synagogue et commencent la restauration du bâtiment qui a été le dispensaire de l'OSE et phase après phase, firent des travaux dans les autres ailes de l’immeuble.  

 

Par les moyens de bord et subventionné par leurs propres économies, ils entreprirent un travail d'arrache-pied, et ont changé des centaines de carreaux cassées dans un labeur colossal, remplacé des portes brisées, remis de l'ordre et les Sépharim dans l'Eikhal, qui fut verrouillé par une barre de fer et cadenassé. Une quantité de livres saints est mise dans des sacs, afin de les porter à la Guéniza. Les murs sont retapés et au bout de quelques mois, la synagogue a pris une allure décente. 

 

Mais le labeur n'est pas terminé. 20.000 euros ont été investis, les dons sont si rares, qu'un appel est fait pour offrir à cette Synagogue l'ampleur de naguère.  

J'ai retrouvé quelques-uns des volontaires et j’ai vu dans les photos qu’ils m’ont exhibées, la différence entre ce qui était et le renouveau.  

 

L’esprit de vengeance n’est pas toujours guidé par le bon sens. Quelle idée de se venger et de punir un peuple en saccageant ses lieux saints, son patrimoine ? La colère est mauvaise conseillère et dans un pays démocratique, un lieu saint reste un lieu saint.

 

J’ai été très déçu de voir l’état des lieux de culte juif en Tunisie. Ça m’a fait  mal au cœur  de voir les parchemins déchirés à Gabès et les tabernacles de la synagogue Beith-El jetés au sol. Beith-El a été restauré  en 2008, tandis que la Synagogue Azria a été réparée et remise à neuf en mai 2010 avec l’aide de quelques familles de La Diaspora.

Hélas çà n’a pas tenu longtemps.

 

La révolution du jasmin n’a pas la senteur du mechmoum, de la fleur de Yasmine que j’aime. Le pillage de la Synagogue d’El-Hamma - qui attire tant de touristes -,  est un boomerang qui retouchera le tourisme en Tunisie. Je ne parle pas des émeutes devant la Grande  Synagogue dans l’Avenue de Paris à Tunis.

 

Les Juifs n’ont pas visité La Tunisie cette année et pas seulement eux. La branche touristique si essentielle à l’économie tunisienne n’est plus si consistante.

 

http://img.over-blog.com/300x225/2/38/73/59/Voyage--en-Tunise-2/Voyage--en-Tunise-2_0705.jpg

 

Je reviens au sujet de la Synagogue Beith-El. Tant de travail de restauration pour rien. Quel saccage, quel dommage…

Je ne comprends pas ce qui a poussé les Sfaxiens si aimables en général à en venir à ce vandalisme. Car une synagogue, comme une mosquée ou une église est un lieu de cultes et la convivialité sfaxienne a toujours respecté tous les mœurs.

Pourquoi les extrémistes islamistes sont tolérés dans notre  pays natal, ce pays que nous devrions oublier si rien ne change. 

 

Hier on m’a averti que la sécurité a été rétablie devant les deux synagogues. Le Ministre des Cultes est responsable des lieux saints.  Va-t-il assumer ses responsabilités ?  

 

Je suis à l’écoute et souhaite avoir des bonnes nouvelles bientôt.

 

Lettre de Chochana Boukhobza, écrivain de talent, au gouverneur de Sfax : 

 

Beith-El ou la Maison de Dieu

par Chochana Boukhobza

par Camus Bouhnik, dans facebook, le mardi 6 septembre 2011, 12:27. Notre amie Chochana Boukhobza a écrit cette lettre et nous a autorisé de la reproduire ici. Merci Choochana.

Monsieur le Gouverneur de Sfax,

 

Nous sommes nés la même année, à quelques mois près.

Si la vie avait joué ses cartes autrement, nous aurions pu nous connaître, faire nos études dans la même fac, nous rencontrer dans la rue et qui sait ? manger un couscous ensemble et déguster un thé vert assis à la même table, dans la lumière d'un jour d'été.

Il n'empêche, Monsieur le gouverneur Ali Jendoubi.


Même loin de Sfax, je suis encore de Sfax, et j'en appelle à vous et à votre justice.

La synagogue de mon grand-père a été vandalisée. Les coupables seront-ils poursuivis ?

Si vous ne dites rien, ils se sentiront encouragés à recommencer ailleurs. Et moi, je ne veux pas que cela recommence. Je ne veux pas que l'on médise de la Tunisie. Je ne veux pas que cette révolution dont j'écoute la voix depuis son premier jour, qui m'a mis au coeur une émotion puissante, soit souillée par des actes de violence aussi absurdes qu'inutiles.

 

Je suis fille de Sfax. Les miens y sont nés. Sept générations. C'est peu et en même temps énorme.

Et cela crée des liens. Entre vous et moi. Entre nos deux peuples. Pour tous ces gâteaux donnés et rendus pour célébrer nos fêtes, pour toutes ses salutations amicales que nous nous sommes adressés entre voisins durant des centaines d'années.

 

Nous ne sommes pas amis sur Facebook, hélas. Mais je crois au bouche à oreille qui fait sortir les gens de leurs maisons et créé la révolution.

Je sais que ma prière vous parviendra.

Dites un mot pour nous qui portons notre identité tunisienne, là où nous vivons.

Et que nos livres nous soient rendus! !

 

Chochana Boukhobza

Partager cet article

Repost 0
Published by Camus - dans Dialogue
commenter cet article

commentaires

Barant. 26/08/2011 18:46



Une révolution censée amener le pays vers plus de liberté et de justice, pour l'instant ce ne sont que des cohortes de désoeuvrés qui piétinent, pillent cassent sans vergogne ce que Dieu nous a
donné en commun: des lieux de cultes qui sont ce qu'il y a de plus sacré, qui doivent être respectés sans dispense.


Quel triste constat que d'apprendre ces saccages gratuits qui n'amèneront que haine et rejet pour des populations qui ont vécues en harmonie depuis si longtemps et que rien ne désignaient a cette
séparation douloureuse en touchant ces lieux de cultes innocents a être livrés a la vindicte de voyous sans éducation car l'éducation commence par le respect du bien d'autrui et des lieux de
cultes qui doivent rester intouchables qu'elle qu'en soit la croyance.


C'est triste, mais cela devient le quotidien que les dirigeants doivent prendre en compte avant que de tomber dans l'anarchie et le chaos faute de réactions immédiates  a ces exactions
gratuites et sans fondements qui ne font que séparer des communautés autrefois respectueuses de ces préceptes.


AB.


 


 



Camus 26/08/2011 21:58



Mon très cher Ami,


Nous avons toujours vécu dans la convivialité à Sfax dans notre pays natal. Il y a des accrocs mais sans importance et un sfaxien a toujours été heureux de rencontrer un autre sfaxien, même s’il
ne l’avait pas connu auparavant.


Chacun disait bonne fête à son prochain que ce soit à Noël, au Aïd ou à la fête des cabanes.


 


C’est vraiment triste de voir où nous sommes arrivés, la foule poussée par les extrémistes et nous venons à regretter l’ancien régime. Tu as raison de dire que les dirigeants doivent prendre
l’initiative en main avant de voir le pays tomber dans le chaos.


J’ai été parmi les volontaires qui ont fait des appels et ont demandé des dons pour restaurer ce qui avait été détruit naguère.


Mais la violence a frappé de son grand poing plus d’une fois :  le saccage des deux synagogues dans la fin des années 50, le transfert du cimetière sans crier gare,
l’attaque à main armée à La Ghriba, le pillage et l’incendie de la synagogue de El-Hamma en 2011 et les autres larcins au cours des années.


Est-ce que je devrais m’habituer à oublier mon pays natal et effacer mes rêves ?
 


Une grande accolade et mon amitié à ton épouse et toi.



la libellule 26/08/2011 13:18



Mon cher Camus,


C'est triste mais pas surprenant. Le vandalisme dans les pays arabes est chose courante, surtout quand il s'agit des biens juifs.


Shabbat Shalom



Camus 26/08/2011 13:35



Chère La libellule,


Et oui c'est connu, mais c'est triste  quand même et çà fait mal au coeur.Avec l'espoir de raconter des choses plus gaies. Bisous.


Chabbat Chazlom



Marcel (Fafouin) 26/08/2011 11:55



Bon Matin Soleil Honorable tout Camus !


Grands mercis pour cette NeWs qui déconcerte la Communauté du Sfax !!


De cette NeWs, ce Mot :


Comment se fait-il que ce Genre de Violence-Pillage existe, même chez une Communauté qui, de convivialité, devient, soudainement ?, animosité ?


Comment se fait-il et pourquoi ?


Une Idée comme ÇA :


1 Du Domaine de la Douceur à Celui de la Rigueur, et du Domaine de la Rigueur à Celui de la Douceur, un Fil Celui du Domaine de la Connaissance les lie ou encore les délie ;


2 Si Aucun Lien de Connaissance les lie ou les délie, les Domaines et de la Douceur et de la Rigueur en paient le Prix ;


3 Et le Monde du Prosélytisme (Vent d'esprit sans Corps) s'y exécute ce, sans aucun lien du Domaine de la Connaissance !


Par le Temps qui court actuellement, ce Vent d'esprit (Celui du Prosélytisme) s'y niche et effectue ses Ravages ce, avec l'aide d'une certaine Complicité Système qui l'alimente et lui assure un
durée de demi-temps de Type Assimilation-Évacuation sans lien !


Quelle Tristesse !


Que Celui qui se tient et voit du Milieu du Buisson voit et se tient près du Peuple, d'Israël chalom ! 


Chabbat chalom honorable tous les Sfaxiennes-Sfaxiens, tout les Camus du Sfax ! - 26 août 2011 / 26 av 5771 -



Camus 26/08/2011 12:45



Cher ami etrès honorable Marcel,


Ce n'est hélas pas la première fois :


* Attaque à main armée a Djerba par El-Quaïda en 1990.   


* Saccage à Beith-El entre 1956-1960.


*Saccage à La synagogue Edmond Azria dans les mêmes années. 


* Incendie et pillage de la synagogue El-Hamma en 2011. La police était àcent pas.


* Emeutes devant la synagogue Avenue de paris à Tun is en 2011.  


En judéo-arabe on donne ) cela un nom :Chmetta qui veut dire "le plaisir de nuire". 


Et je passe.... 


Bon Chabbat ami Marcel.   


- 26 août 2011 / 26 av 5771 -
                                           



Nina Padilha 26/08/2011 11:26



Pourquoi faire autant de dégâts, autant de misérables actes ?
C'est stupide et vain.
Je déteste lire de telles choses.
Ce serait qi facile de vivre en paix.
Au Brésil, la synagogue n'est pas loin de la mosquée et l'Eglise.
Sans compter le centre de Candomblé (vaudou brésilien).
Aucun remous.
Tout le monde reste tranquille.
C'est bien mieux que de se tirer dans les pattes pour divergences d'opinions.
Bisous, mon ami.



Camus 26/08/2011 11:54



Je suis aussi triste que toi chère amie,


Depuis quatre jours j'essaie d'en savoir plus, j'ai téléphoné, envoyé des mails.


La Police locale a répondu qu'elle n'a de compte à rendre qu'au grand rabbin de Tunisie.


On va nier cette affaire comme on l'a fait pour le pillage et l'incendie de la synagogue d'El-Hamma, un lieu saint qui attirait des milliers de touristes chaque année. .


On doit respecter toutes les confessions et toutes les coutumes et bien sûr tous les lieux sacrés.


Bisous l'amie...