Souvenirs de Tunisie, dialogues, cuisine, littérature, poésie, divers
PEINANT ET TRISTANT
Par Albert Siméoni.
Lorsque s’imprime sur moi, ce médaillon,
Le regard plastron de mes petits-enfants,
Il est le plus grand et le plus beau baiser
Que nul orfèvre célèbre ne peut fabriquer.
Je me sens décoré d'une infinie tendresse.
Lorsqu’il percute mes joues, à peine ridées,
Je ressens le grand frisson, qui fait trembler
Mon être imbibé par ces joies non cachées,
Pour mes petits-enfants adorés.
Leur regard sur moi fera que je serai gravé,
Lorsque j’irai en enfer ou au blanc paradis,
A tout jamais dans leur mémoire, durant toute leur longue vie.
Et quand je ne serai plus là, par le souvenir de leurs regards d’enfants
Sur moi,
Ils diront plus tard, adultes à leurs amis ou alliés
‘...Mon papi oui je l’ai connu... ! Charmant
Aimant, beau, gentil, chaleureux, généreux, souriant, il était tout à la fois... !’
Avec surement un frisson ému dans ce regard de futur père ou mère.
Combien d’époux, d’épouses, de fils et jeunes filles ou femmes célibataires
Ayant eu la chance d’être servis élevés et aimés par leurs anciens grabataires
N’ont t’ils pas tant pleurés lorsque l’aïeul s’en allait vers le jardin d’hiver.
J’en ai vu.
Oui j’en ai vu, moi l’homme des tombes des froids et sombres cimetières.
Combien d’entre eux, si ce n’est pas tous ou bien grand nombre,
Ne sont t’ils pas restés plantés sous la pluie, le soleil, ou l’ombre
Devant la porte grande ouverte du sombre caveau
Mouillant leurs yeux et embrassant l’éternel sommeil
Du vieux ou de la vieille, avant que chape de ciment
L’enferme dans le noir, sous le ciel bleu ou grisonnant.
Et les entendre gémir, sur l’épaule de leur mère, père, frères ou amis
En murmurant leur dernier souhait vain, en regardant l’enseveli.
‘....Non... !Ne fermez pas... ! La boite... !
Je veux le voir une dernière fois... ! Mon papi... !’
Et de s’évanouir parfois sous les horribles sanglots étranglés
Qu’ils ne peuvent réprimés mes chers amis, pour le défunt adoré.
J’en ai vu.
Oui j’en ai VU et ENTENDU de ces paroles d’amour
Qui ont disent long sur l’amour du papi ou de la mamie.
Moi l’homme des tombes dans les froids et sombres cimetières.
C’est la seule partie d’un moment du deuil qui me fait pleurer.
Sachant sur qui, pleurent tous ces anciens grands petits-enfants.
Je peux attester que bien souvent leur immense chagrin
Laisse bien des traces qui ne restent pas sans lendemains.
Consentant et ne pouvant faire autrement,
‘Peinant et Tristant'
Mes deux compagnons
A mon crépuscule naissant, m’accompagneront
Vers mon soleil déclinant, mais bien avant
Que la receveuse des bonnes âmes
Prenne mon souffle, je hurlerai par ma voix
Monocorde décadente et agonisante, ma foi,
Mon amour pour eux, pour mon épouse, mes enfants et petits-enfants.
J’imprimerai dans mon dernier regard cristallisé
Le regard de mes grands gars mes biens aimés,
Qui, sur mon front, viendra surement se poser.
Tel est à juste titre,

L’injuste choix du cours de la vie,
Qui laisse à nos départs pour l’éternité,
Cet amer gout dans nos gorges séchées
Que l’on emporte bien nu et sans attrait.
Le souvenir impérissable des visages de nos
Chers et bien aimés.