Souvenirs de Tunisie, dialogues, cuisine, littérature, poésie, divers
Par Albert SIMEONI
Paris le 8/3/2005.
Tous les évènements narrés dans cette nouvelle sont imaginaires et ne peuvent constituer un plagiat d’aucune œuvre connue.
Le BILLET II.
Adèle est première couturière depuis son jeune âge, chez ce brave homme religieux, d’origine polonaise du nom de Meyer Leïbovici. Un nom de famille assez courant à Varsovie. La famille Meyer immigra en France, à Paris, dans les années 1915.
Adèle pour son bonheur, dû le quitter pour cause de justes
noces.
Son patron, emballé par le sérieux de la jeune fille et apprenant la nouvelle de son futur mariage à Paris, la recommanda à son frère Elie, fabricant de fourrures dans le quartier du Sentier à Paris.
Meyer lui remit une lettre de recommandation afin de faire valoir ses bonnes qualités auprès d’Elie, une fois celle ci installée.
Elle avait fait part de son projet d’union à son patron deux mois à l’avance et c’est avec un grand regret que M. Meyer dû se résigner au départ de cette belle fille douce, sérieuse et ne répliquant jamais.
-‘…Le mariage est important chez nous, ma fille et je suis heureux que cela soit le seul motif valable à mes yeux pour compenser ma peine. Soyez heureuse et surtout donnez-moi de vos nouvelles. De toutes les manières, mon frère me les donnera, vous allez voir, il est aussi brave que je le suis, c’est une tare chez nous la gentillesse … !’
-‘…Je constate que vous êtes un homme merveilleux, bon, M. Meyer… !’ Dit- elle en baissant les yeux et rougissant de honte dans son bureau rempli de patrons de papier éparpilles dans tous les coins.
-‘…Je souhaite que vous y mettiez de l’ordre M. Meyer … !’ Réplique la jeune fille avec un sourire malicieux aux coins des lèvres… !’
-‘…Oh… ! Ceux ne sont que des patrons de papier, je ne m’en fais pas outre mesure, ce sont les seuls qui ne me commandent pas… !’ Répondit-il avec le même sourire.
-‘…Je suis désolée de vous quitter, M. Meyer … !’ Dit -elle d’une voix triste…
-‘…Mais vous me quittez pour une juste cause, enfin, ma petite… !’
Les yeux d’Adèle brillaient par l’émotion..
-‘…Et surtout ne pleurez pas, vous savez que je monte assez souvent à Paris et que j’aurai mille occasions de vous voir, il n’est pas bon de pleurer, il faut toujours être souriant et surtout ne jamais se morfondre, sinon vous gâcheriez l’instant serein dans lequel nous sommes … !’
Elle essuie un début de larmes qui ne demandait qu’à couler sur ses joues avec son revers de manche et serra longuement la main du religieux.
-‘….Vous avez ma bénédiction… !’
La jeune fille, munie de sa recommandation, se ploie aux exigences que la courtoisie impose dans ces moments là, et prit définitivement congé de son patron, M. Meyer.
Trois jours plus tard, Adèle s’installe à Paris chez une cousine germaine, Georgette. Cette dernière habite un appartement composé de deux pièces du côté de la Rue de Ménilmontant.
Georgette est heureuse de retrouver Adèle, d’autant plus que sa cousine vit toute seule dans ces deux chambres avec fenêtres sur cour, cuisine et salon non compris, qu’elle trouvait trop grandes.
Georgette lui fait visiter dés son arrivée, ce coquet logis où tout est en ordre.
Sa chambre était déjà prête.
Adèle, quelques jours plus tard, eut tout le loisir à flâner et faire ainsi connaissance avec les gens de son nouveau quartier. Elle découvre son nouvel environnement. Elle se prend d’amitié avec la concierge de son immeuble, Madame Hattab, une dame courte et de forte corpulence venue de son pays natal, la Tunisie, il y a des années de cela. Madame Hattab, en femme avertie, comprit la gentillesse de cette jeune demoiselle débarquée de sa province marseillaise et elle rigole de cet accent chantant du sud…
-‘…Va falloir que vous vous y mettiez pour changer votre accent, avec la grisaille que nous avons ici, il risque fort de s’enrhumer Mlle Adèle… !’
-‘…Il est encore trop tôt, Madame Hattab pour cela, laissez-moi encore deux mois et je serai une vraie parisienne, et puis tutoyons-nous… !’
-‘….Ah….. ! Là vous commencez à perdre vos bonnes habitudes, bien alors comme il te plaira.. !’
Elles se mirent à rire ensemble par cette nouvelle convenance.
Adèle avait hâte de connaître son futur fiancé. Elle s’empresse de lui téléphoner à partir
d’une cabine téléphonique installée dans une brasserie car Pierre avait une vague idée du jour de l’arrivée de sa promise, et c’est dans un café ‘ …Les Montants qui chantent…..’ Situé dans le Bd de Belleville, chez Fred, qu’ils se rencontrent pour la première fois, le dimanche suivant.
Comme convenu, nos deux jeunes gens se retrouvent dans ce lieu, fort bien connu par les habitués du quartier, d’autant plus que FRED, le patron, organise des après- midi dansant dans son arrière boutique. Il y règne dans ses bals, une ambiance toute parisienne et les accordéonistes s’en donnent à cœur joie pour emporter les adeptes de ‘musettes’, dans des danses entraînantes, choisies dans des répertoires d’époque. Un certain Maurice Chevalier, y vient même chanter, à l’improviste par amitié pour Fred, ‘ …Et respirer un peu d’air frais de mon quartier …’ Comme aimait à le dire M. Canotier, avec son large sourire, à ses admirateurs.
La rencontre, entre les deux jeunes gens, fut très agréable et le courant passa. Adèle lui parue charmante, c’est du moins ce qu’elle écrit à ses parents restés à Marseille, dans une longue lettre. Elle le trouve aussi beau et surtout plein d’humilité. Agréable de compagnie convenant et fort modeste. Elle reproche même à ses géniteurs, cette cachotterie de cousinage écrite dans un esprit de plaisanterie.
De son côté, Pierre se laisse aller à des confidences avec sa maman. Il est tombé sous le charme de cette jeune fille à l’accent méditerranéen. Il vient d’entendre la voix toute chaude d’une Marseillaise. Il en est ravi. Il ne tarit pas d’éloges sur Adèle. Sa maman, l’écoutait attentivement.
-‘…Je vois que tu es emballe par cette jeune fille, et je suis heureuse pour toi … ! Les Parmentier sont des gens sobres, de la campagne. De bons chrétiens: Adèle a été élevée dans la foi chrétienne. Ce sera une bonne mère pour tes futurs enfants…. ! Pierre.. !’
-‘…Merci maman…. ! Tu seras près de nous, ne t’inquiètes pas… ! Nous avons discuté de tout cela ensemble, sans rien nous cacher. Elle est d’accord sur le principe et nous allons vivre dans un coquet appartement, tous les trois réunis, pas loin d’ici… ! Le père Mourron, mon chef de service vient de me proposer sa maison ; la grande direction va le transférer dans le centre de la France, à Orléans. Il est promu directeur dans un grand secteur. Il en est tout fier ….. !’
-‘…Mon fils, tu ne crois pas que je suis bien ici et que je peux m’occuper de ma personne, je ne veux être à la charge de personne.. !’
-‘…Pour une fois, tu vas m’écouter ; c’est soit, tu viens habiter chez moi, soit, je ne me marrie pas c’est bien compris et ne me répète plus ce genre de chose…’ Conclue Pierre légèrement contrit par les propos de sa maman.
Aurèlie, sans polémiquer sur la décision de son fils, baisse la tête et rentre dans sa cuisine en tenant sa béquille.
Pierre ressent un léger remord. Il va vers elle et la prend dans ses bras, en l’embrassant sur le front.
-‘…Je t’aime maman.. !’
Elle lui sert son dîner, puis va se coucher.
A suivre….