Souvenirs de Tunisie, dialogues, cuisine, littérature, poésie, divers
Par Albert SIMEONI
Paris le 8/3/2005.
Tous les évènements narrés dans cette nouvelle sont imaginaires et ne peuvent constituer un plagiat d’aucune œuvre connue.
Le BILLET IV
‘…Bonjour Monsieur… !
‘…Ah… ! Vous devez être sans doute Adèle, mon frère m’avait averti de votre visite. ! Rentrez ma fille et surtout ne faites pas attention au désordre… ! J’ai tout de suite compris que vous étiez Mlle Adèle, mon frère m’a tellement parlé de vous que j’avais hâte de vous connaître…. !’ Lui dit-il dans son accent français, matiné de yiddish.
‘…Je suis très touchée par vos paroles et je ne sais que dire… !’
‘…Ne dites rien… ! Venez, je vais vous montrer l’atelier.. !’
‘…J’ai sur moi la recom.. !’
‘…Oh, mais je n’en ai pas besoin, les éloges intarissables de mon frère sur vous, vous dispense de me présenter quoi que se soit, ma fille… ! Allez venez… !’
Il lui fait visiter le grand atelier où s’affairent une dizaine d’employés pour la plupart des femmes.
‘…Regardez celle là, c’est Tilda, une bonne et vieille machine mais robuste. Je donne toujours un surnom à mes piqueuses, comme un fermier envers ses vaches après tout ne sont t’elles pas mes pies à lait… ? Celle ci c’est Yvonne, en souvenir de ma vieille tante, elle était sourde mais pas celle là, elle vous entend et vous obéit au doigt et à l’œil. Celle que vous voyez là bas, recouverte d’un tissu blanc c’est Gilda, elle a trépasse depuis deux ans mais je me suis tellement attaché à elle qu’il m’en coûte de m’en débarrasser… ! Je n’ai pas le cœur de m’en défaire… ! Vous, vous aurez Ernestine, mon meilleur modèle, haute technologie et surtout fidélité ; une dure à cuire, la maison Singer me là offerte en signe de bons et loyaux services envers sa marque… ! Vous convient -elle… ?’
‘…Oui, bien sur et j’ai même hâte de l’entendre susurrer .. !’
‘…Ah ah… ! Et bien elle va vous enchanter, vous commencerez demain si vous êtes libre.. !
‘…Je le suis… ! Je vous suis très reconnaissant M. Elie… !’
‘…Vous serez selon votre vœu, payée à la semaine ou au mois au prix de 13 frs de la journée pour votre production, d’autre part vous aurez une prime de 3 frs par pièce terminée après la 7 ième… ! Ici certaines ouvrières me confectionnent plus de 12 fourrures/ jour.. !’ (NDLR. Un franc d’époque équivaut à 1 franc 40 avant l’arrivée de l’Euro, salaire moyen 280 Frs … selon le calcul de ….M. Meyer)
‘…Oh, cela me convient parfaitement, Monsieur Elie, l’important est que je vous satisfasse… !’
‘…Bon alors à demain, ne faites pas attention à Madame Irène, la cheftaine, elle est un peu dure mais au fond c’est un très bon cœur, je la laisse commander mais c’est moi qui décide en dernier recours… !’
‘…Je la respecterai quoiqu’il arrive… !’
‘…Voilà ma fille, donc à demain matin, nous commençons à 8 huit heures précise. Déjeuner entre 13 et 14 heures. Nous terminons à 18 heures… !’
Adèle remercie son nouveau patron. Elle est satisfaite des modalités de son embauche et elle espérait gagner assez d’argent grâce à son savoir-faire.
Sur le chemin du retour, elle fait ses comptes en multipliant les heures par le prix convenu et escompte faire tout au plus deux moumoutes dans les premiers jours nonobstant les 7 demandées, et augmenter ainsi son pécule journalier. En route, elle fait part de sa nouvelle embauche à Pierre lors d’une nouvelle entrevue chez Fred. Il partage sa joie.
Chez elle, elle informe sa cousine sur l’évènement et lui propose de partager le loyer dés sa première paye, ainsi que ses frais de bouche et autres petites charges.
Tout va donc pour le mieux pour Adèle Parmentier.
Quelques mois plus tard, le jeune couple se marie en présence des deux familles et de leurs proches, dans une salle louée pour la circonstance, du côté de la Chapelle, à Paris. Ils emménagent dans un appartement de trois pièces du côté de Belleville et comme promis, la maman de Pierre se résout, presque manu militari, à les suivre emportant avec elle tous les souvenirs de famille. Une chambre lui est attribuée. Les premiers jours sont pénibles pour elle, par la suite elle se résigne et prend goût à l’ambiance familiale. Elle retrouve même une certaine envie de sortir pour se changer les idées. Elle se fait quelques amies au café de Belleville, La Vielleuse, là où un quatuor de bonnes femmes venues juives d’Afrique du nord viennent palabrer, sans fin. Elle commence à les apprécier et c’est souvent sous les petites boutades de sa bru qu’elle sort chaque dimanche, sans coquetterie, pour aller rencontrer ‘ ces belles femmes pieds noirs toutes natures et plaisantes’ comme elle le disait.
Un an plus tard, Adèle tombe enceinte. Malgré cela, elle demande à son patron de continuer à travailler sur sa machine. Monsieur Elie, bon père, consent sous la seule condition, qu’elle mette un bémol à sa production afin ne pas être trop surmenée car durant toute cette année, elle produisit bien plus que les autres employées allant jusqu’à confectionner plus de 9 moumoutes dépassant largement la norme établie.
Monsieur Elie était satisfait par cette jeune femme travailleuse, sobre, qui s’attelait sérieusement à sa tache au point qu’il lui fait, un jour, une confidence dans son bureau…
-‘…Adèle, je suis satisfait de votre travail, et je compte vous nommer cheftaine à la place de madame Irène, elle se fait vieille et en plus elle semble épuiser sur sa machine… ! Je ne veux pas précipiter les choses et je souhaite que cela vienne de sa part, licencier une femme qui fait partie des meubles, depuis plus de 40 ans me donne mauvaise conscience…. ! Je vous apprends aussi que vous serez augmentée de 0,50 Frs de l’heure sur votre salaire mensuel…. ! ’
-‘…Oh ...! Merci.... Mr Elie….. ! En ce qui concerne Madame Irène, vous avez raison, attendez qu’elle fasse le premier pas, après tout, vaut mieux que cela vienne d’elle que de chez vous.. !’
C’est ce qui arrive quelques mois plus tard, Irène démissionne à 58 ans après de bons et loyaux services.
Tout va pour le mieux dans le foyer des Berthier.
A suivre…