Souvenirs de Tunisie, dialogues, cuisine, littérature, poésie, divers
Par Albert SIMEONI
Paris le 8/3/2005.
Tous les évènements narrés dans cette nouvelle sont imaginaires et ne peuvent constituer un
plagiat d’aucune œuvre connue.
Monsieur Elie sort enfin de sa chambre. Pierre est debout laissant faire le religieux puisqu’il est pour le moment le chef de maison ; le maître de cérémonie pour un soir.
Les enfants de l’ancien patron confectionneur de moumoutes à Paris, bien silencieux, sont assis autour de la
table attendant les instructions de leur père, pour s’asseoir.
Edouard est dans les bras de sa grand-mère, Aurèlie. On lui pose un petit calot. Adèle et Aurèlie sont ceintes d’un foulard. Le religieux, enfin prêt, commence par bénir ses 'hôtes'
et la maison.
Adèle et Aurèlie se tiennent à côté de Olga. Pierre, la tête couverte par un calot est juste légèrement en retrait de l’homme de la torah.
M. Elie commence, un verre de vin à la main, une prière personnelle. Il entonne ses premiers versets emprunts de trémolos dans la voix. Une voix douce puis forte par moment tout en se faisant basse par instant. Il demande pardon à D ieu, de n’avoir pas pu respecter trois repos sabbatiques, dans le camp d’internement. Ses yeux s’embuent, sans qu’aucune larme ne vienne perturber sa lecture, et à mesure qu’il fait son mea culpa, Aurèlie et Adèle sont prises d’une intense émotion, bien qu’elles ne comprennent rien à l’hébreu mais elles devinent à son regard levé vers le ciel, ses suppliques.
Puis arrive dans la foulée le Yom Hachichi récité toujours avec une voix rauque, basse et grave digne d’un meilleur chanteur d'opéra
de Paris. Tantôt modulable, tantôt rectiligne. Il chante ce rituel, plusieurs fois séculaire qui annonce le lendemain d’un jour sacré. Un jour qui n’est pas comme les autres et qui ne le
sera jamais. La famille Bethier écoute pour la première fois de leur vie, une prière juive et pas n’importe laquelle ; celle qui donne le coup d’envoi d’un repos hebdomadaire tel
que D ieu l’a prescrit. Ils remarquent M. Elie jouir intensément de son premier Shabbat de liberté.
Aurèlie détourne la tête. Elle n’en peut plus. Adèle fait un effort surhumain pour se retenir tandis que Pierre écoute, la gorge nouée, ce passage des
textes sacrés lu, chez lui, pour un vendredi saint. Bien qu’il ne comprenne rien lui aussi à ce que raconte l’ancien employeur de sa femme, il est pris d’une tristesse
infinie.
M. Elie comprend ce qui va se passer. Il leur fait signe de ne pas pleurer, mais d’écouter avec calme et sérénité la suite.
La prière prend fin. Les enfants entonnent d’une voix 'mezzo', des chants hébraïques de leurs pays de naissance, apprises dans leur jeune age.
Edouard attentif, semble heureux.
M. Elie procéda par la suite au partage du pain, le motsi. Il sert tout le monde.
Ensuite, Olga et les femmes prennent le contrôle des choses en main.
Le dîner est servi. Au menu, du poisson accompagné de riz blanc et de tout un assortiment de salades et de légumes mijotés à feu doux. M. Elie semble satisfait, par toute cette chaleur
chrétienne qui côtoie une atmosphère juive polonaise dans cette maison étrangère qui lui ouvre les bras.
Puis il discoure un moment sur l’aspect du vendredi soir et de celui du shabbat.
Ses ‘convives’ écoutent attentivement les paroles de l’ancien patron, du pressenti moribond, qui a eut la chance d’avoir eut la vie sauve. Il repense à ces journées d’horreur qui suivirent
‘sa capture’ et à ces milliers de familles qui, dans un état déplorable, quémandaient des nouvelles de leurs enfants perdus dans la foule. Il ressent une étrange douleur à ce souvenir mais son
regard ne trahit aucune haine envers ces bourreaux. Il reporte tous ces évènements sur la fatalité, et non sur le compte de D ieu car le seigneur n’est pas coupable de quoi que se soit, et aussi
et surtout parce que M. Elie est un homme de bienfaits, qui ne culpabilise personne.
L’amour de la torah lui interdit ce genre de mauvaises pensées, sur ce que D ieu crée ou fait par sa seule volonté.
La soirée se termine bien tard alors que les enfants de M. Elie dorment déjà.
Le lendemain, le jour de repos est sanctifié par M. Elie, qui passe toute la journée à prier tandis que sa femme Olga et les femmes dialoguent, dans le salon sur tout ce qu’il leur passe par la tête.
Pierre, de son côté, passe sa journée en farniente attendant avec impatience le reste de sa mission.
Le soir, M. Elie fait ‘sortir le shabbat’ en compagnie de ses ’ouailles’ toujours attentifs à ses recommandations et prières.
A suivre…
Albert SIMEONI
Paris le 8/3/2005.
Tous les évènements narrés dans cette nouvelle sont imaginaires et ne peuvent constituer un plagiat d’aucune œuvre connue.