" Si vous le voulez, l'Histoire se répètera – avait elle dit en hébreu en insistant sur chaque syllabe. Et de
suite après, avec un grand sourire, elle traduisit, dans un français "tsabar" ce slogan qui concluait son discours d'encouragement au pied de la Metsada. Nos applaudissements couvrirent ses
dernières paroles. Nous possédions des Lettres Sionistes et ce mot code que Théodore Herzl avait forgé ne nous était pas étranger. Nous aimions son français. Nous aimions sa gestuelle assertive
et cependant souriante. Elle nous plaisait. Nous l'aimions. "Elle est sympathique et fort jolie, chuchotais-je à David, sans la perdre un instant des yeux".
Elle était brune, d'un brun de prune comme seules les filles brunies au soleil méditerranéen le sont. Elle était brune
et jolie et semblait nous dire, comme dans Le Cantique des Cantiques, "Ne soyez pas surpris de mon teint halé : c'est le soleil qui me l'a donné". Ces traits étaient marqués,
prononcés même. Ses pommettes saillantes, accentuaient l'acuité de son regard. Celui-ci exprimait une force intérieure et rayonnait d'un charisme que sa voix assertive soulignait. Il effaçait
toute velléité d'opposition. Et cependant, la chaleur de son sourire adoucissait ce sentiment de rudesse qui semblait émaner de son discours. Ceux à qui elle s'adressait ne pouvaient lui répondre
qu'avec grâce. Ce mélange insolite d'assurance soulignée et de douceur, avait le pouvoir de charmer son public, au sens fort du terme.
Celui-ci lui répondait avec une sorte de respect teinté d'affection. Elle avait le don de créer autour d'elle une sérénité qui nous remplissait d'aise.
Mais ce qui nous charmait le plus en elle, nous les garçons de notre groupe, c'était sans aucun doute cette attirance
de fille du désert qu'elle exerçait sur nous. Ces vers du Cantique des Cantiques, que scandait notre professeur de Tanakh au Lycée Juif de Paris où j'avais fait mes études, me revinrent à
l'esprit : "Tu es belle, ô mon amie, tu es belle, tes yeux sont des colombes".
"Avec un chef pareil je suis prêt - et même je me réjouirai, de participer à tout combat, chuchotai-je à David !
" David haussa les épaules et, moqueur, me répondit : "Depuis hier tu ne cesses d'en faire la femme idéale et unique !
Mais prends garde, elle n'est pas faite pour toi ! Elle appartient à un autre monde et à une mentalité tout à fait différente de la notre ! Et la preuve, elle nous demande cet effort d'ascension
sur la Metsada afin de nous rapprocher des combattants du Palmakh, ces commandos de la guerre d'indépendance d'Israël. Mais réponds-moi sincèrement, quel rapport y a-t-il entre eux et nous?
Pourquoi nous faut-il peiner comme eux ? Quel intérêt y a-t-il en cela ? Tu as entendu, comme moi, ce que Sara lui a répondu lors de son discours sur "la volonté qui sait vaincre toute faiblesse
et qui peut surmonter toute difficulté". A mon sens Sara a complètement raison ! Pourquoi un tel effort si nous pouvons arriver sur la Metsada par le téléphérique, qui n'est pas là pour les
chiens ? Nous ne sommes pas ici pour passer un examen d'éducation physique ou pour un entraînement militaire, mais pour visiter un haut lieu de l'histoire Juive et apprendre une nouvelle page de
notre passé lointain ! Toute son explication sur cette escalade, dont la difficulté a pour but de nous rapprocher de notre histoire, est complètement anachronique pour ne pas dire absurde
!"
Au fond de moi-même, je reconnaissais que David n'avait pas tort. Toute l'histoire de l'humanité, me dis-je, est en
effet une longue lutte, une recherche sans fin pour réduire l'effort que l'homme doit fournir afin de mieux vivre. Et cela, depuis son expulsion du paradis. Tout progrès en ce sens a toujours été
traduit comme une victoire. Grâce à ce combat continu, il est parvenu à repousser ses limites et à exprimer son habilité à apprivoiser les forces de la nature. Ce n'est pas pour rien, me
dis-je, que Prométhée a subi un tel supplice ! Cependant, sur le moment, je refusais de suivre toute logique et soutins de plein cœur les idées de cette jeune
officier de Tsahal, qui nous servait de guide, de cette jeune femme au pied léger qui grimpait devant moi le Sentier du Serpent, sans souffler. Et à ce moment même, je décidai de haïr Sara.
Les idées de notre guide me paraissaient lumineuses. C'était comme si, dans son discours, elle s'adressait
personnellement à moi. Par contre, la pensée de Sara me semblait émaner d'une logique vaine et vouée à l'échec. Elle conduisait à l'appauvrissement de l'âme. Je sentais que les idées de Sara
cherchaient à briser cet élan vital qui s'était emparé de nous depuis la veille et qui élevait nos esprits et notre spiritualité. Par contre, les conversations que nous avions eues avec Nourit,
la veille, autour du feu de camp, avaient provoqué en nous un certain bonheur, et en moi un déclic existentiel qui avait écarté toutes les inhibitions et les écrans qui me cachaient
l'authenticité de ce " bonheur de vivre " que j'étais en train de découvrir.
Elles avaient éveillé au plus profond de moi-même des horizons spirituels nouveaux, dont je n'avais pas pris conscience
jusqu'alors. Depuis des mois, pendant que je préparais mon voyage en Israël, je sentais que certains remous existentiels bouillonnaient en moi. Je sentais que certains changements étaient en
gestation en moi. Comme les courants sous marins fissurent les hautes falaises, ce malaise indéfini que je traînais après moi depuis des années et qui me sapait l'âme, semblait se dissoudre
depuis mon arrivée en Israël. Il m'apparaissait que les paroles de Nourit avaient agi sur moi comme un catalyseur. Ces dires de la veille et de ce matin, portaient en eux une idée lumineuse dans
son évidence. Ils m'avaient secoué - et je n'étais pas le seul. Leur force de persuasion découlait de leur simplicité. Je sentais à présent que j'étais à même de déchiffrer ces
sentiments, ces poussées de l'âme, de les assumer. Aussi décidais-je qu'il me fallait à tout prix, reprendre la conversation où nous l'avions laissée la veille. " Nous deux seuls cette fois, me
dis-je, sans David, sans Sara et les autres. "
Je m'efforçais donc de rattraper Nourit sur ce Chemin du Serpent, qu'elle gravissait avec une aisance
décourageante. "C'est évident me dis-je ! C'est tellement évident et clair, que cela entraîne l'entendement de tout homme sain de
corps et d'esprit ! C'était comme si je redécouvrais une idée vraie que j'avais jadis connue. Le Ménon de Platon, et son jeune esclave inculte "redécouvrant" une solution au problème de
géométrie, que Socrate lui soumettait, me revint comme un éclair à l'esprit. Les idées qu'avançait Nourit et la manière qu'elle avait de les présenter me semblaient familières. C'est comme si
elles avaient été en moi depuis toujours et que j'avais connue Nourit sous un autre ciel, dans d'autres temps. Et puis, cette rencontre au cœur de ce désert de Judée, qui avait connu tant de
mystiques et de "fous de Dieu"; cette rencontre qui tenait du surréalisme, entre une jeune combattante de l'Armée d'Israël et un groupe de jeunes étudiants juifs, intégrés sans bavures en France,
et venus - contre toute logique - prendre connaissance des conditions de leur immigration éventuelle dans le pays de leurs ancêtres, tenait de l'utopie. Et cependant, me dis-je, l'Utopie de Herzl
s'était révélée réaliste. Elle avait généré Ben-Gourion", comme l'Utopie de Moïse avait généré Josué..."
J'accélérais le rythme, distançais encore mes camarades et arrivai à sa hauteur. Le fusil en bandoulière, elle avançait d'un même pas et semblait tout à son aise. Je m'efforçais à faire bonne figure,
mais elle vit bien que j'étais à bout de souffle et trempé de sueur. Je ne sais si c'était par pitié ou par respect pour celui qui s'entêtait à emboîter ses pas, mais au bout de quelques instants
elle s'arrêta, me sourit et me désigna la file des "grimpeurs" qui s'était complètement disloquée et avançait péniblement par petits groupes espacés, ne répondant plus aux encouragements des
moniteurs.
"Je parles assez bien l'hébreu, lui dis-je. J'ai fait mes études secondaires au lycée juif de Paris, et à l'université
j'étudie les Langues sémitiques et l'Histoire. Je voudrais que nous continuions la conversation que nous avons eue hier soir." Elle me sourit de nouveau, et sans un mot se remit à gravir le
sentier. Chose étrange, je n'en fus pas même irrité. J'acceptais son autorité sans sourciller. Il me parut que cette ascension de la Metsada, à ses cotés, écartait les parois qui nous séparaient,
ces "barrières insurmontables" qu'avait soulignées David. Cependant, la luminosité aveuglante, la chaleur insoutenable et cet effort continu qu'exigeait cette escalade, agissaient comme un
creuset qui me rapprochait d'elle ; il me semblait que j'avais déjà gravi, dans un passé lointain, à ses cotés, ce Sentier du Serpent. Au bout de quelques instants, elle me sourit de nouveau, me
demanda mon nom, sembla l'apprécier, et se tut jusqu'à l'échelle qui terminait notre ascension sur la Metsada.
Mais à l'instant où nous parvînmes à son sommet, nous n'avions plus cessé de parler.
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Ah ! Merci. Je voyais qu'il manquait quelque chose,<br />
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alors j'ai fait un petit changement, c'est plus calme<br />
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pour lire à tête reposée.<br />
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Bisous<br />
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M
Morgane
24/08/2009 17:49
Toujours très profonde la suite de l'histoire, elle soulève plein de questions ou de réponses si on ne se pose plus ces questions.....<br />
Bon alors j'attends la suite<br />
Belle soirée à toi et douce nuit mon p'tit Camus<br />
gros bisouillous
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A ton service jolie fée,<br />
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La nouvelle étant longue je l'ao partagée en épioides.<br />
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Bonne soirée, la suite viendra,<br />
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Mais d'abord les bisous.<br />
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